Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux


Édition du lundi 7 février 2022
Aménagement numérique du territoire

Égalité des Français devant le numérique : une ambition réaffirmée par Jean Castex

Samedi, Jean Castex a prononcé un discours lors d'un déplacement en Ariège aux côtés du secrétaire d'État au Numérique Cédric O. L'occasion notamment pour le gouvernement d'attester son « souci de réarmer l'État territorial » et de faire de nouvelles annonces concernant le plan France Très Haut Débit (PFTHD).

Par Lucile Bonnin

C’est un argument qui revient souvent autour du sujet du déploiement de la fibre : la France n’a rien à envier à ses voisins. Son statut de bonne élève a encore été salué par Jean Castex, qui a pu « dire très tranquillement ici qu'on est l'un des pays européens les plus avancés dans le déploiement de la fibre » , lors d’un discours sur l'égalité des Français devant le numérique, prononcé samedi à Moulin-Neuf (Ariège). 

Mais si la France fait partie des premiers de la classe, il lui reste néanmoins des lacunes qui pénalisent durement certains territoires et citoyens. C’est surtout en terme de raccordements que le pays rencontre des problèmes. Évidemment, le déploiement est progressif et, le ministre le rappelle, le gouvernement « a mis là aussi le turbo, avec 55 % du territoire en zone blanche en 2018. Aujourd'hui, 85 % est couvert ou je vais le dire différemment, 15 % reste en zone blanche. »  Mais certaines zones ou certains raccordements demandent plus de moyens et plus de temps.

Afin de résorber ces inégalités, l'État et les pouvoirs publics souhaitent « rééquilibrer tout cela »  notamment pour « permettre le numérique pour tout le monde. »  « Le sujet, c'est que nous avancions et qu'on le fasse dans le cadre le plus adapté aux réalités territoriales » , a déclaré Jean Castex.

Doublement de l’aide guichet cohésion numérique des territoires

La principale annonce qui a été faite concerne le guichet « cohésion numérique des territoires ». Si le déploiement de la fibre avance à un rythme encourageant, (20 000 lignes ont été déployées par jour sur les six derniers mois), tous les locaux ne sont pas encore raccordés. 67 % des locaux sont éligibles à la fibre avec un objectif de 80 % fin 2022. 

En attendant, les solutions alternatives doivent être opérationnelles et accessibles pour celles et ceux qui n’ont pas encore eu la chance d’être raccordé. Ainsi, Jean Castex a annoncé que dans le cadre du « guichet cohésion numérique des territoires », une augmentation des subventions entrera en vigueur au mois d’avril. 

Ce dispositif déployé en 2021 permet aux particuliers et entreprises se trouvant dans les zones non couvertes par le réseau filaire de bénéficier d'un soutien financier pour investir dans des technologies très haut débit sans fil comme le satellite ou la 4G fixe, en attendant la fibre. 

Cette subvention qui était d’un montant de 150 euros va passer à 300 euros. « Cette aide sera même de 600 euros lorsque les personnes concernées auront des ressources qui ne leur permettront pas de faire face à cela. »  Les critères exacts pour toucher cette somme supérieure n’ont pas encore été détaillés.

Un déploiement qui s’appuie plus que jamais sur les acteurs locaux 

Dans le cadre du plan de Relance lancé en 2020, le numérique joue un rôle stratégique où l’État, les collectivités territoriales et les opérateurs privés peuvent collaborer. Comme il l’avait affirmé en juillet 2020, lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre et son gouvernement ont « le souci de réarmer l'État territorial. »  

Concrètement, il rappelle l’importance des préfets et sous-préfets et de ce que le gouvernement appelle « l’État de proximité » , notamment dans le maillage territorial des services publics. « Les chiffres sont clairs, entre 2010 et 2020, les effectifs de l'État territorial, ont diminué de 35 %. 35 % en dix ans, c'est considérable, indique le Premier ministre. En 2021 nous avons stoppé cela. Malheureusement, à l'arrivée, je crois qu'on est encore à 0,1 % ou 0,2 % (de baisse). » 

Pour remédier à ce problème, il a notamment annoncé que, « dans le budget 2022 » , des emplois seront recréés « dans ce qu'on appelle l'État déconcentré au niveau départemental. C'est extrêmement important, et la crise l’a encore révélé : on a besoin de collectivités territoriales, on a aussi besoin de l'État (…) ». 

L’accessibilité numérique : encore des progrès à faire 

Les inégalités d’accès au numérique et l'illectronisme sont des phénomènes directement liés à la question de l'égalité des Français dans le numérique. Pourtant, le Premier ministre n’a fait que survoler le sujet en admettant que « tout le monde n'a pas les moyens ou n'a pas d'ordinateur. Et ça, il serait tout à fait irresponsable de notre part de ne pas en prendre compte. » 

Il a rappelé alors que le déploiement de 4 000 conseillers numérique France service était en cours. Cependant, 4 000 conseillers ne sont pas encore opérationnels sur le terrain. Nombreux sont encore en formation et il semblerait même que le recrutement ne soit pas tout à fait terminé. On ne sait pas pour le moment combien de temps il faudra pour que ces conseillers soient actifs. Pour rappel, en septembre dernier, on comptait seulement 62 conseillers sur le territoire français. La patience semble être le mot d’ordre. 

Au-delà de ces fractures sociales et territoriales, Sylvain Nivard, président de l’Association Valentin-Haüy, alerte dans une tribune publiée dans Le Monde sur l’inaccessibilité des sites pour les personnes aveugles et malvoyantes, et l’échec de la loi Handicap de février 2005. « Sur les deux cent cinquante démarches administratives les plus utilisées par les Français, seules 20 % respectent les normes d’accessibilité » , déclare-t-il. Un fait qui va à contre-courant de cette ambition de faire du numérique pour tous une priorité politique et sociale. 

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