Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 13 mars 2026
Aménagement numérique du territoire

Tandis que les abonnements à la fibre progressent, des déploiements disparates persistent

Dans un bilan publié hier, l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) indique qu'en 10 ans, la part des abonnements internet fixe en fibre optique est passée de 5 % à 82 %. Mais des irritants sont toujours constatés au niveau des déploiements.

Par Lucile Bonnin

Les abonnements ADSL perdent du terrain, tandis que les abonnements à la fibre explosent. La situation scrutée par l’Arcep depuis plusieurs années représente logiquement ce qui a été impulsé par le Plan France très haut débit et par l’initiative des opérateurs de fermer définitivement l’ancien réseau cuivre. Le pays achève un changement radical de technologie. 

L’année 2021 a marqué un premier tournant avec 14,5 millions d'accès actifs sur la fibre contre 14,4 millions pour l'ADSL. L’Arcep a publié hier les résultats de son suivi du marché des services fixes à haut et très haut débit à fin décembre 2025, montrant une fois encore la percée importante de la fibre.

De bons résultats en abonnements et couverture 

Le gendarme des télécoms met d’abord en avant le fait qu’en 10 ans, la part des abonnements internet fixe en fibre optique est passée de 5 % à 82 %. « Fin 2025, le nombre d’abonnements internet à haut et très haut débit fixe atteint 33 millions, peut-on lire dans l’observatoire. La croissance trimestrielle du nombre d’abonnements internet est supérieure à celle observée un an auparavant : + 160 000 abonnements au cours du quatrième trimestre 2025, contre + 90 000 au quatrième trimestre 2024. » 

Un succès qui n’est pas sans lien avec la progression du taux de couverture du territoire. L’Arcep observe en effet qu’au 31 décembre 2025, la France compte 42,4 millions de locaux raccordables à la fibre optique, soit une couverture de 94,3 %. Il faut cependant noter que près de 2,6 millions de locaux restent à rendre raccordables.

Déploiements et coûts d’exploitation 

Ces bons résultats ne doivent pas occulter les irritants qui persistent dans ce grand chantier qu’est le déploiement de la fibre. 

Plusieurs retards ont été pris dans le déploiement de cette nouvelle technologie. Ces toutes dernières années, des ralentissements dans le déploiement de la fibre ont été constatés dans deux zones particulièrement. Le point noir se situe surtout au niveau des zones très denses (communes à forte concentration de population) qui compte au total 106 communes et représente près de 6,4 millions de locaux. Les déploiements dans les zones moins denses d’initiative privée ont aussi fortement ralenti. Aussi appelées zones Amii (Appels à manifestation d'intention d'investissement), elles se situent en dehors des agglomérations – contrairement aux zones très denses.

Les opérateurs se sont cependant engagés auprès de l’Arcep pour « rattraper »  ces retards, mais les résultats peinent encore à se faire sentir en 2025. Le rythme des déploiements ralenti naturellement avec la fin des déploiements dans plusieurs territoires mais il n’en demeure pas moins qu’il reste 840 000 locaux à rendre raccordables en zones moins denses d’initiative privée et 460 000 en zones très denses. 

Dans les communes rurales des zones moins denses ne faisant pas partie des zones moins denses d'initiative privée, il reste également beaucoup à faire. Les déploiements y sont réalisés par les collectivités territoriales dans le cadre de réseaux d’initiative publique (RIP) ou par des opérateurs privés, dans le cadre d’appels à manifestation d’engagements locaux (AMEL). En 2025, « 150 000 locaux ont été rendus raccordables dans les zones moins denses par les Réseaux d’initiative publique où il reste 1 210 000 locaux à rendre raccordables »  et « 15 000 locaux ont été rendus raccordables dans les territoires concernés par des « AMEL »  où il reste 60 000 locaux à rendre raccordables ».

La dynamique des déploiements en zone RIP, jusqu’ici particulièrement positive, est cependant menacée par la fragilité du modèle économique de financements des Réseaux d’initiative publique (Rip) portés par les collectivités. Ces réseaux couvrent pourtant aujourd’hui près de 70 % du territoire et plus de 40 % de la population. Le sénateur de l’Ain et président de l’Avicca, Patrick Chaize, a déposé le 10 décembre dernier une proposition de loi visant à garantir l’équilibre économique de l’exploitation de ces réseaux par un mécanisme de péréquation (lire Maire info du 27 novembre). Sans solution concrète apportée à cette problématique, d’autres retards seront certainement à prévoir, notamment dans le chantier de décommissionnement du cuivre. 

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