Maire-info
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Édition du vendredi 20 février 2026
Agriculture

Projets de retenues d'eau : le gouvernement veut « débloquer » la situation en urgence

Le Premier ministre a annoncé hier que 13 « projets hydrauliques » vont être débloqués « immédiatement » et que plusieurs mesures vont être prises pour « faciliter la création de retenues d'eau en agriculture ». De quoi s'agit-il ?

Par Franck Lemarc

Le Premier ministre a présidé une réunion interministérielle hier sur la question des retenues d’eau. Un sujet qui, au vu de l’actualité météorologique, prend un relief particulier.

Éviter la perte d’eau

Bien des agriculteurs et des experts se désolent en effet que la quantité inédite de pluie qui tombe sur le pays depuis plus d’un mois va, pour l’essentiel… aboutir finalement dans la mer. Cela fait 37 jours qu’il pleut chaque jour en France, ce qui est un record (le précédent, de 32 jours, datait de 2023). Ces pluies extrêmement abondantes, sans compter la neige qui est tombée en très grande quantité sur plusieurs massifs et n’a pas encore commencé à fondre, provoquent les inondations catastrophiques que l’on sait, mais toute cette eau è en particulier quand les nappes phréatiques sont saturées – finira par s’écouler par les rivières et les fleuves jusqu’aux estuaires. En dehors des lacs de barrage, il existe encore trop peu, selon certains experts, de retenues qui pourraient servir à stocker l’eau de pluie afin de la réutiliser pendant les périodes de sécheresse sans avoir à solliciter les nappes phréatiques. 

Comme le déclarait hier dans les médias un spécialiste de l’irrigation : « Nous devons en avoir la certitude : ne pas stocker l’eau qui est en excès l’hiver pour la réutiliser quand elle manque l’été, c’est une folie qui revient à souffrir doublement, en subissant à la fois les inondations et les sécheresses ». Sans entrer dans l’épineux débat sur les « méga-bassines », la question des retenues d’eau se pose donc aujourd’hui avec une acuité particulière. Mais elle a aussi ses détracteurs, qui mettent en avant, avec raison, que les retenues d'eau ne sont pas une solution magique et ont aussi des inconvénients, comme celui de ralentir le rechargement des nappes phréatiques après une période de sécheresse. 

Avant même cette crise, le Premier ministre avait annoncé, le 13 janvier dernier, que le gouvernement avait décidé de se pencher sur ce chantier et de « libérer un maximum de projets hydrauliques agricoles bloqués », notamment « ceux à taille humaine », précisait-il, soucieux de ne pas risquer de relancer la bataille de Sainte-Soline. 

Il avait alors notamment été demandé aux préfets de « recenser »  de façon exhaustive tous les projets de leur département.

Déblocage, simplification, financement

Les résultats de ce recensement ont été dévoilés à l’occasion du comité interministériel qui s’est tenu hier. Les préfets ont comptabilisé « 35 projets en instruction, 82 projets en cours de contentieux et 390 projets hydrauliques incomplets et non déposés par les agriculteurs ». Les raisons en sont multiples : « Manque de financement, manque de porteur de projet, complexité de la réglementation qui empêche le dépôt même du dossier », indique Sébastien Lecornu. 

Sur les 35 projets « en instruction », 13 vont être « débloqués immédiatement », dans l’ouest et le sud-ouest du pays, mais aussi dans la Nièvre, en Saône-et-Loire et en Haute-Savoie. De nouvelles « salves »  de déblocage devraient intervenir tous les trois mois. 

Au-delà, le gouvernement va s’attacher à faire aboutir les 390 projets en suspens et encore non déposés. Il est tout d’abord demandé aux préfets de se montrer « proactifs »  à destination des porteurs de ces projets et de créer des « cellules hydrauliques régionales », incluant « les services de l’État et les établissements publics », pour « suivre l’avancement des projets » . Pour « mieux construire »  les projets, l’appui des Chambres d’agriculture sera sollicité pour faire de l’assistance à maîtrise d’ouvrage. 

Par ailleurs, le projet de loi urgence agricole, qui doit être dévoilé au moment du Salon de l’agriculture et débattu en juin au Sénat, comprendra des mesures de « simplification des contraintes réglementaires ». Le Premier ministre annonce également une prochaine circulaire sur les milieux humides. 

Enfin, le gouvernement a pris la décision de « tripler »  le fonds hydraulique agricole, en le faisant passer de 20 à 60 millions d’euros, ce qui avait déjà été annoncé il y a un mois par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Des prêts à long terme de la Banque des territoires seront également débloqués. 

Les préfet sont désormais priés de rendre compte de l’avancée des projets « tous les trois mois ». 

Ces démarches, conclut le Premier ministre, « s’inscrivent dans la continuité des travaux engagés ces dernières années — Varenne de l’eau, Plan eau, conférences territoriales sur l’eau. Ces travaux ont pour but d’assurer un juste équilibre dans l’usage de la ressource, d’adapter les usages et les territoires au changement climatique, et s’assurer de la protection des captages d’eau potable dédiés à la consommation humaine. » 

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