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Édition du vendredi 11 septembre 2026
Agriculture

Agriculture : la sécheresse et la canicule créent des tensions en série

Le réseau des Chambres d'agriculture a fait part de son inquiétude sur l'état de l'agriculture française lors d'une conférence de presse organisée dans ses locaux, à Paris le 8 septembre. En parallèle, le gouvernement a bien demandé de décaler la signature des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) du prochain cycle.

Par Bénédicte Rallu

[Cet article est initialement paru dans Maires de France]

« Il s’agit d’une crise sans précédent : nous n’avons quasiment pas eu d’eau entre le 15 mai et le 15 août. Il n’y a pas beaucoup d’organismes végétaux qui résistent aux pics de températures que nous avons connus cet été », entame Sébastien Windsor, président de Chambres d’agriculture France et agriculteur en Normandie. L’année 1976 n’est plus LA référence en matière de sécheresse.

Avec une grande différence : « 1976 était un accident, [la sécheresse] de 2026, il faudra apprendre à vivre avec, anticipe Guillaume Lefort, vice-président du réseau et agriculteur en Seine-et-Marne. Il faut préparer les agriculteurs à l’avenir et au changement climatique ». Question également de souveraineté alimentaire.

Bilans catastrophiques

Les premiers bilans chiffrés 2026 sont déjà catastrophiques avec baisse de la production et des rendements à peu près dans tous les secteurs. Sur le maïs, la perte s’élèverait déjà à plus d’1 milliard d’euros, les pertes sur les légumes iraient de 10 % à 100 %, les volailles et les porcs ont subi une mortalité importante, le fourrage manque, la collecte et la qualité du lait sont en baisse, etc. A cela s’ajoute la hausse de charges (carburants et engrais). « Les tensions sur les trésoreries sont sans précédent. Nous avons beaucoup d’inquiétudes sur la pérennité de beaucoup d’exploitations », alerte Sébastien Windsor. Et tous les coûts de cette sécheresse ne sont pas encore connus.

Les Chambres d’agriculture espèrent que le plan annoncé de 1,2 milliard d’euros du gouvernement pour aider le secteur puisse arriver dans les exploitations dès 2026. Ces aides pourraient être débloquées à partir de « budgets libres existants », ensuite reportés dans le projet de loi de finances 2027. Le réseau reste toutefois « vigilant »  sur le PLF 2027 dont dépend une bonne partie des mesures du plan gouvernemental…

Autre facteur à prendre en compte : aux pertes 2026 s’ajouteront d’autres pertes au moins en 2027 car, par exemple en arboriculture, l’impact d’une telle sécheresse a un impact sur la production de plusieurs années. Ou encore semer sur un sol asséché va moins bien fonctionner. Moins de trésorerie signifie aussi baisse de la production à venir car les agriculteurs risquent de devoir « décapitaliser », c’est-à-dire par exemple faire abattre des bêtes faute de pouvoir les nourrir, ce qui automatiquement fait baisser le chiffre d’affaires l’année suivante en raison de la réduction de la capacité de production.

« On ne pourra pas sauver tout le monde » 

Les Chambres d’agriculture sont les portes d’entrée de ces aides. « On sait qu’on ne pourra pas sauver tout le monde », prédit Guillaume Lefort. « Nous devrons aider certains agriculteurs à changer de métier, ou à prendre une pré-retraite pour ceux qui sont proches de la retraite. Il y a plein de petits facteurs qui vont faire que les exploitations pourront se relever. » 

Parmi ces facteurs, le réseau demande que l’agriculture puisse travailler en fonction de cycles et non plus de dates car « pour s’adapter au changement climatique, on doit s’adapter au vivant ». Outre le changement d’approche, à plus court terme, le secteur réclame « toutes les dérogations possibles »  qu’elles soient administratives, techniques (comme déroger aux obligations de semer lorsque l’on ne peut pas le faire).

Stockage et irrigation de l'eau

L’un des gros sujets porte évidemment sur l’eau et les besoins en stockage comme en irrigation. « Les lignes commencent à bouger depuis cet été », estime Arnaud Delestre, premier vice-président des Chambres d’agriculture de France et agriculteur dans l’Yonne. « On voit bien qu’en hiver on a plus d’eau avec les inondations et l’été on a moins d’eau avec la sécheresse. 83% du territoire a été concerné par des arrêtés sécheresse. Le stockage de l’eau est un facteur de résilience. L’eau ne sert pas que les agriculteurs, elle sert les populations, à produire l’alimentation, à lutter contre les incendies. Il faut sortir des ornières idéologiques. Et nous travaillons déjà à des nouvelles méthodes d’irrigation comme le goutte à goutte ». Les Chambres d’agriculture ont lancé un programme « Climaterra »  pour adapter l’agriculture au changement climatique.

La loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, votée cet été, ouvre davantage de possibilités sur l’eau. Les Chambre d’agriculture ont aussi réussi à se faire entendre pour faire suspendre jusqu’à la fin de l’année toute signature des Schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) afin que les schémas pour la période 2028-2033 intègrent les nouvelles mesures de la loi et prennent davantage en compte la voix des agriculteurs. Et surtout tirent les leçons de l’été.

La signature des Sdage sera bien reportée

Une décision confirmée par un courrier adressé aux comités de bassin - daté du 7 septembre et révélé par le média Contexte - de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui demande bien de décaler la signature de ces schémas directeurs, conformément au vœu du Premier ministre exprimé en janvier dernier.

Le 17 juin dernier, les Chambres d’agriculture de France avaient adopté une motion en ce sens, considérant que la concertation avec le monde agricole avait été insuffisante et que la complexité accrue des documents nuisait à leur appropriation. « L'année 2026 a été marquée par une succession de crises et de tensions, notamment dans le monde agricole, aggravées cet été par des épisodes caniculaires et des sécheresses d'une intensité exceptionnelle. Depuis le début de l'année, le gouvernement a engagé de nombreux travaux et concertations afin de répondre aux préoccupations exprimées par les acteurs agricoles, notamment l'élaboration de la loi d'urgence pour la protection et à la souveraineté agricoles (UPSA) dont plusieurs articles concernent spécifiquement la politique de l'eau », écrit la ministre pour justifier le décalage.

Elle demande aux comités de bassin de prendre en compte dans les Sdage « l’évaluation de [leur]s impacts socio-économiques sur l’agriculture »  (le ministère promet qu’un document cadre pour cette analyse leur sera envoyé mi-septembre) et d’ajuster les orientations des Sdage « rendues nécessaires par les autres dispositions de la loi UPSA ». Les comités de bassin qui avaient leur délibération prévue lors des prochains jours sont appelés à « proposer au vote une motion dont le contenu permette les ajustements nécessaires, et non une délibération formelle ».

Pour les trois comités de bassin qui ont délibéré avant le vote de la loi d’urgence sur l’agriculture du 18 août (Corse, Rhin-Meuse, et Rhône-Méditerranée), « une nouvelle délibération sera nécessaire ». Les Sdage ainsi complétés devront être soumis à délibération « d’ici fin décembre ». La ministre assume le retard qui sera pris en conséquence au regard de l’échéance du 21 décembre 2027 prévue par la directive-cadre sur l'eau.

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