Édition du Lundi 15 octobre 2018


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La pauvreté continue d'augmenter et touche toujours les mêmes catégories

S’il n’y a pas d’« explosion de la misère », « la pauvreté ne diminue plus en France ». Bien au contraire. C’est le constat fait par l’Observatoire des inégalités dans son premier rapport sur la pauvreté, publié la semaine dernière, dans lequel il s’inquiète de la forte proportion des familles monoparentales et des jeunes qui y sont représentés mais aussi de la persistance du chômage élevé.
Taclant notamment le Plan pauvreté présenté en septembre par le gouvernement – qui serait « une bonne illustration de […] politique qui, mesurant mal l’ampleur des difficultés, ne se dote pas des moyens à la hauteur » - , le président de l’Observatoire des inégalités, Noam Leandri, rappelle que, depuis dix ans (entre 2006 et 2016), « le nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté en France a augmenté de 628 000, de 4,4 millions à 5 millions » (sur la base d’un seuil de pauvreté situé à la moitié du revenu médian, soit 855 euros par mois).
Le taux de pauvreté est ainsi passé de 7,3 % à 8 % de l’ensemble de la population, avec une augmentation du nombre de ménages allocataires du RSA de 380 000, sur la même période. C’est un « retournement significatif », expliquent les auteurs du rapport car « il s’inscrit dans une histoire longue de diminution du taux de pauvreté, particulièrement marquée dans les années 1970 et 1980 ».
Des « signes d’amélioration » sont toutefois à mettre en avant même s’ils doivent être « mesurés ». Entre 2013 et 2016, le taux de pauvreté s’est stabilisé alors que le nombre de pauvres a baissé de 100 000 de 2011 à 2016, mais l’Observatoire met en garde face à la « phase d’incertitude » dans laquelle nous entrons avec une « croissance atone ».

Pas d’appauvrissement massif, mais un décrochage du niveau de vie
« Ce qui se passe […] n’est pas un appauvrissement massif des plus pauvres, mais une augmentation du nombre de personnes qui décrochent du niveau de vie des classes moyennes. Ces milieux les plus modestes accèdent de moins en moins aux standards de vie, et en particulier de consommation, qui sont les plus courants », indiquent les auteurs du rapport.
Mais qui sont les pauvres en France ? L’Observatoire en fait un portrait très complet : 25 % vivent dans une famille monoparentale, 67 % ont au plus un CAP, 35 % ont moins de 20 ans et 67 % habitent dans les grandes villes et leurs banlieues.
Ce qui fait dire aux auteurs du rapport que la pauvreté « ne frappe pas au hasard », ceux-ci détaillant leurs observations : plus d’un enfant sur dix vit sous le seuil de pauvreté « du fait des bas revenus de ses parents », 11,8 % des jeunes adultes de 20 à 29 ans sont touchés, « souvent les peu diplômés en difficulté d’insertion professionnelle », les personnes vivant dans un ménage immigré sont considérées comme tel 3,5 fois plus que les non-immigrés tandis qu’ouvriers et employés représentent à eux seuls près de 80 % des personnes pauvres. Les auteurs du rapport pointent également le taux de pauvreté des employés qui est 4,5 fois plus élevé que celui des cadres supérieurs, celui-ci touche 22 % des personnels des services aux particuliers (femmes de ménage notamment) alors que celui des non-diplômés est trois fois supérieur à celui des diplômés d’un bac + 2.
« L’augmentation du chômage, l’extension des contrats précaires et du temps partiel subi, l’alternance entre périodes d’emploi et de chômage ont fait le lit de la pauvreté pour une minorité de la population, qui subit comme une double peine, à la fois la privation matérielle et les exigences de flexibilité des mieux installés », analysent les auteurs du rapport.
Ainsi, « 7,6 % de la population » déclare, par exemple, « ne pas pouvoir s’acheter une deuxième paire de chaussures faute de moyens », « 4,8 millions de personnes ont dû faire appel à l’aide alimentaire en 2015 » et « près de quatre millions de personnes sont mal logées ».
Et l’Observatoire de rappeler que le modèle social français « fonctionne » et que, paraphrasant le président de la République, « l’on en a d’ailleurs pour notre pognon ». « Notre système développé de prestations sociales et familiales, auquel il faut ajouter notamment le rôle fondamental de l’habitat social et des services publics gratuits, permet à beaucoup de personnes très modestes d’éviter la misère et la rue », selon l’Observatoire qui souligne que « la France est l’un des pays d’Europe qui a le taux de grande pauvreté le plus bas ».
A.W.

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