Maire-info
Le quotidien d’informations des élus locaux

Édition du lundi 19 octobre 2026

Violences urbaines

17 octobre : premier bilan d'une journée de chaos dans plus d'une vingtaine de villes

La France a connu une journée de violences d'une ampleur inédite, samedi 17 octobre, en marge de manifestations dont l'affluence a été presque totalement occultée par les scènes d'émeutes. Plusieurs bâtiments publics, dont des mairies, ont été pris pour cible, voire détruits.
© Mairie de Limoges

Dimanche 18 octobre au matin, le pays s’est réveillé groggy en regardant les images de dévastation d’innombrables centres-villes : mobilier urbain démoli, barricades incendiées, voitures, vélos, camions et engins de chantier calcinés, magasins détruits et pillés, transports en commun pris d’assaut, antennes de police caillassées et, ultime symbole de la violence des événements de la veille, la mairie de Limoges brûlée sous les yeux de la population médusée. 

Bâtiments publics attaqués

Contrairement aux manifestations précédentes, la violence ne s’est pas invitée en fin de cortège, au moment de la dispersion, mais dès le début, voire plusieurs heures avant, dans de nombreuses villes. La journée a commencé, samedi 17 octobre, au petit matin, par des actions pacifiques et plutôt bon enfant sur un certain nombre de ronds-points – rappel du mouvement des Gilets jaunes de 2018, l’affluence en moins : le plus souvent, ces actions n’ont rassemblé que quelques dizaines de personnes. 

En fin de matinée, alors que les manifestations devaient démarrer en début d’après-midi, les premières violences ont éclaté à Paris, mais aussi à Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Rennes… De façon manifestement organisée, les « black-blocs » ont investi les lieux avant les rassemblements et débuté les affrontements avec les forces de l’ordre, empêchant dans de nombreuses villes les manifestants de se réunir. Au-delà de ces affrontements, des petits groupes organisés ont attaqué un certain nombre de bâtiments publics, en commençant par la mairie de Marseille, l’office du tourisme de Lyon, place Bellecour – un monument historique, entièrement détruit par le feu –, la mairie de Lille, celles d’Angers, de Grenoble et de Calais, avant qu’en fin de journée, des émeutiers s’introduisent dans la mairie de Limoges et y mettent le feu. 

D’autres bâtiments publics ont fait l’objet de tentatives d’attaques ou d’intrusions pendant cette journée : une caserne de gendarmerie à Paris, place de la République, plusieurs commissariats ou antennes de police municipale, notamment à Marseille et à Brest. À Bordeaux, c’est la résidence de la préfète qui a été saccagée par des émeutiers. 

Tout au long de la journée, notamment à Paris, les affrontements se sont prolongés non seulement place de la République mais se sont étendus dans toute une partie de la capitale, au fur et à mesure que les émeutiers se dispersaient – avec l’objectif de se rapprocher de l’Élysée et de Matignon. En fin de journée, des affrontements éclataient place de la Concorde, sur les Champs-Élysées, sur les Grands boulevards – autant de lieux où manifestations et rassemblements étaient pourtant interdits par arrêté préfectoral. 

À partir de la fin d’après-midi, aux affrontements avec les forces de l’ordre se sont ajoutés les pillages : des centaines de magasins – au moins 1 500 selon le ministère de l’Intérieur – ont été détruits et pillés, allant de modestes boutiques de téléphonie mobile à de grandes enseignes du luxe, en passant par des magasins de sport, de vêtements, et des dizaines de supermarchés. Dimanche matin, le patron des magasins Carrefour, Alexandre Bompard, chiffrait les dégâts sur sa seule enseigne (50 magasins pillés) « en dizaines de millions d’euros », et « en centaines de millions sur tout le commerce français ». Dans plusieurs villes, seule l’intervention rapide des sapeurs-pompiers a réussi à éviter que les incendies des commerces se propagent aux immeubles attenants. 

Ce sont, en tout, plus d’une vingtaine de villes qui ont connu des épisodes de violences et de pillage – dont, outre celles que nous avons déjà évoquées, Metz, Nancy, Nice, Montpellier, Valence, Pau ou Rouen.

Presque 1 000 membres des forces de l’ordre ont été blessés pendant cette journée, dont 7 grièvement. Aucun bilan n’a été donné par le gouvernement concernant les manifestants, mais au moins deux blessés graves ont été relevés, tous deux âgés de 17 ans : un jeune homme a eu la main arrachée à Saint-Étienne, et une jeune fille a perdu un œil, à Mulhouse. Ce sont par ailleurs presque 2 400 personnes qui ont été interpellées, dont 855 à Paris.

Une mobilisation malgré tout massive

Ces graves incidents ont réussi à totalement occulter la mobilisation pour le pouvoir d’achat et pour soutenir le mouvement des lycéens qui étaient prévues le 17 octobre. Pourtant, ces manifestations ont été massives, puisque le ministère de l’Intérieur a compté entre 550 000 et 600 000 manifestants, soit plus du double de la journée de manifestations du 13 octobre. Pour mémoire, la première manifestation du mouvement des Gilets jaunes, le 17 novembre 2018, avait compté 290 000 manifestants, selon les chiffres du ministère. 

Samedi 17 octobre, toujours selon la place Beauvau, il y avait 110 000 manifestants à Paris, 32 000 à Toulouse, 20 000 à Lyon et à Nantes, 7 000 à Bordeaux… Mais les affrontements, destructions et pillages qui ont marqué cette journée ont occupé l’essentiel de la couverture médiatique, en particulier sur les chaînes d’information continue, masquant une mobilisation populaire qui reste particulièrement forte et symptomatique d’un profond malaise dans le pays. 

Des maires « sidérés » et « en colère »

Après ces événements – qui ont repris de façon sporadique le lendemain, en particulier à Paris –, l’heure est au bilan et aux premières polémiques sur les responsabilités de ce désastre. 

De nombreux maires se sont exprimés samedi et dimanche pour dire leur « colère », pas seulement contre les émeutiers mais aussi contre le ministère de l’Intérieur, estimant que ces événements ont été insuffisamment préparés et que le déploiement des forces de l’ordre a été sous-dimensionné. C’est le cas en particulier du maire de Marseille, Benoît Payan, qui a déclaré avoir été obligé « d’appeler le président de la République » pour obtenir, en cours de journée, l’envoi de CRS supplémentaires. En outre, selon lui, les forces de l’ordre présentes ont laissé faire les casseurs pour ne se concentrer que sur les manifestants. Il se dit ce matin « sidéré » par « l’incapacité de l’État à organiser les forces de l’ordre et anticiper ».

« Comment est-ce qu'on a pu être si débordés, et surtout si rapidement, dans tout le pays ? »

Grégory Doucet, maire de Lyon

À Limoges, le maire Guillaume Guérin a dénoncé « un dysfonctionnement dans la chaîne hiérarchique » et un manque de munitions du côté des forces de l’ordre. À Lyon, où plus de 200 commerces ont été saccagés en plus de la destruction par le feu de l’office du tourisme, le maire Grégory Doucet s’indigne : « Comment est-ce qu’on a pu être si débordés, et surtout si rapidement, dans tout le pays ? ». Il appelle le gouvernement à « tirer les leçons, en matière de préparation, d’anticipation mais aussi d’intervention ». 

À Paris enfin, le préfet de police a essuyé de nombreuses critiques sur le fait d’avoir tant tardé à définit un itinéraire de manifestation – qui n’a été connu que samedi matin – ce qui a empêché les forces de l’ordre et les services de la ville de se préparer à un cortège potentiellement violent, par exemple en enlevant les voitures, poubelles, conteneurs à bouteilles, etc. 

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu ce matin « prendre (sa) part de responsabilité » et avoir mal anticipé « la participation qui était manifestement supérieure à ce que nous avions prévu ». Il a présenté sa démission au chef de l’État, qui l’a refusée, au nom de « de la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre dans le contexte actuel ». 

Violences urbaines

Emmanuel Macron : une déclaration en forme d'aveu d'impuissance

Au lendemain des émeutes survenues le 17 octobre, le président de la République a prononcé une allocution solennelle qui n'a été marquée par aucune annonce – ni recul pour répondre aux revendications des manifestants, ni durcissement du maintien de l'ordre face aux violences. Une allocution qui laisse une impression de paralysie de l'exécutif.

L’allocution du chef de l’État, après une journée marquée par des violences inédites dans de nombreuses villes du pays, était évidemment très attendue, et toute la journée, les rumeurs les plus folles ont circulé sur les réseaux sociaux. Le président de la République allait-il décréter l’état d’urgence ? Annoncer sa démission ? Voire, redoutaient les plus alarmistes, utiliser l’article 16 de la Constitution pour prendre les pleins pouvoirs ? 

Finalement, le chef de l’État n’a rien annoncé et, au-delà des mots évidemment très durs contre les émeutiers et les pilleurs, a donné l’impression d’être démuni. 

« Extrême gravité »

Qualifiant la situation de « moment d’une extrême gravité » du fait des agissements « de factieux issus de groupuscules d’ultra-gauche rejoints par de nombreux délinquants », Emmanuel Macron s’est indigné : « Qu’ont-ils dans la tête ? Comment des Français peuvent-il faire ça à la France ? ». « Nous ressentons tous ce soir de la colère et de la honte », a-t-il ajouté, avant d’exprimer son « soutien » aux forces de l’ordre, « à tous nos maires et nos élus » et aux « commerçants ». 

« Il faut entendre la colère et agir sur ses causes, et faire respecter fermement l'ordre républicain. »

Emmanuel Macron

Le chef de l’État a promis la « transparence » sur le déroulement des événements et exigé « un suivi judiciaire exemplaire » : « Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser ». Mais il a aussi voulu exprimer sa « compréhension » des « inquiétudes » des manifestants sur « le coût de la vie » et celles de la jeunesse « sur l’avenir, les conditions de vie et d’études, la capacité à (…) trouver sa place dans la société ». Il se donne donc une « double responsabilité » : « Entendre la colère et agir sur ses causes, et faire respecter fermement l’ordre républicain ». 

Vraie-fausse annonce

En guise de réponse aux troubles, le chef de l’État a voulu « donner une méthode claire » : « Dans le contexte actuel, les préfets prendront les décisions en lien avec les maires pour protéger nos villes, nos bâtiments publics et nos commerces, y compris en allant jusqu'à interdire quand il le faut certains rassemblements. » Cette déclaration ressemble à une annonce, mais n’en est pas une : c’est déjà ce qui se passe à chaque manifestation, que les préfets ont déjà le droit d’interdire s’ils jugent qu’il existe un risque de trouble à l’ordre public. Il faut noter que dès hier, le préfet de la Guadeloupe a instauré un couvre-feu pour les mineurs dans les communes de Pointe-à-Pitre et des Abymes. La maire de Denain (Nord), Anne-Lise Dufour-Tonini, a fait de même dans sa commune, interdisant aux mineurs se sortir entre 21 h et 6 h du matin jusqu'au dimanche 25 ocotbre inclus.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a exigé que « l’ensemble des partis politiques et des organisations professionnelles et syndicales » prennent position pour « condamner sans ambiguïté toutes les violences et appeler au calme ». Ces formations seront réunies par le Premier ministre « afin d’obtenir des positions claires et publiques ». Plusieurs commentateurs se sont interrogés, après l’allocution du chef de l’État, sur l’opportunité de cette mise en demeure des partis et des syndicats, surtout en pleine campagne électorale. 

Enfin, le président de la République a appelé chacun à « se mettre autour d’une table » pour « construire des réponses » aux inquiétudes de la jeunesse. Il a laissé entendre que des réunions se tiendraient autour du Premier ministre cette semaine avec les « élèves, étudiants, enseignants, représentants des organisations patronales et syndicales, collectivités territoriales, parlementaires », pour « travailler à des propositions concrètes ». Ce qui suscite, là encore, bien des interrogations : ce ne sont ni « les organisations patronales et syndicales » ni encore moins « les collectivités territoriales » qui peuvent prendre les décisions réclamées par la jeunesse, comme l’abrogation de Parcoursup ou l’octroi de plusieurs milliards supplémentaires pour l’éducation, mais bien le gouvernement. 

Une déclaration critiquée de toute part

La prise de parole du chef de l’État a été presque unanimement fustigée par la classe politique, jusque dans le propre camp d’Emmanuel Macron. 

À droite, c’est son absence d’annonce sur le maintien de l’ordre qui a été critiquée, le président du RN, Jordan Bardella, parlant d’un pouvoir « lâche et désorienté » tandis que la candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, évoquait « un pouvoir macroniste à bout de souffle, épuisé ». Le candidat LR à la présidentielle, Bruno Retailleau, a fustigé un chef de l’État « totalement dépassé, incapable d’opposer la force de l’Etat à la chienlit qui menace la République ». 

À gauche, c’est plutôt le manque de réponses à la colère sociale qui a été dénoncé, mais aussi « l’impréparation » de l’exécutif avant les événements du samedi 17 octobre. Marine Tondelier (Les Écologistes) a appelé à la démission du ministre de l’Intérieur face à un « désastre absolu », Yannick Jadot (soutien de Raphaëm Gluksmann) a parlé d’un pays « sans gouvernail ni capitaine », tandis que les porte-parole de La France insoumise ont jugé « irresponsable de prendre la parole pour ne rien dire ». 

Plus douloureux peut-être pour le chef de l’État, le candidat Horizons, Édouard Philippe, ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, ne s’est guère montré plus enthousiaste après cette allocution : « J’aurais préféré, comme des millions de Français, des décisions et des initiatives permettant le retour à l’ordre et le rétablissement de l’autorité de l’État », a twitté dans la soirée le maire du Havre, concluant par un cruel : « Notre pays a besoin d’être commandé. »

Lui aussi ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal a lui aussi attaqué l’allocution du chef de l’État, en contrepoint, ce matin sur RTL, estimant qu’il faut « des décisions fortes » et sous-entendant donc qu’elles n’ont pas été annoncées. « On ne peut pas faire dans la dentelle » face aux casseurs, a martelé le candidat. « Tous les moyens, y compris administratifs, doivent être utilisés : perquisitions administratives, assignations à résidence, état d’urgence s’il le faut ». 

Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières et nouveau président d'Intercommunalités de France, a lui aussi interpellé le chef de l'État, sur X, lui assénant que « si la sécurité était une vraie priorité, le projet de loi renforçant les pouvoirs des polices municipales n’attendrait pas d’être inscrit et voté à l'Assemblée nationale depuis 8 mois. Il aurait permis aux 29 000 policiers municipaux d’épauler encore mieux leurs collègues, d’utiliser des drones pour protéger les bâtiments municipaux (article 6), d’élargir les contrôles d’identité (articles 2 et 3), etc. ». 

Du côté des organisations syndicales de salariés comme de lycéens et d’étudiants, on se montre particulièrement déçus : « C’est toujours le vide absolu », a jugé Sophie Vénétitay, dirigeante du Snes-FSU, tandis que l’Unef dénonce un président « à côté de la plaque » qui n’a donné « aucune solution pour la jeunesse ». 

Projet de loi casseurs-payeurs

En guise de réponse politique, l’exécutif compte par ailleurs sur le projet de loi « casseurs-payeurs » qui doit être examiné le 27 octobre par le Sénat. Ce texte, déjà controversé avant même son examen, réintroduit un principe de « responsabilité collective » pour toute personne qui resterait présente sur les lieux d’un rassemblement après ordre de dispersion par les forces de l’ordre. Le dispositif, inspiré de la « loi anti-casseurs » en vigueur dans les années 1970 et abrogée en 1981. Le principe est le suivant : il n’y aurait pas besoin d’avoir soi-même commis des dégradations pour en être civilement responsable, la simple présence sur les lieux étant considérée comme une « faute » entrainant la responsabilité civile. 

Le projet de loi permettrait aussi de « prélever » les dommages et intérêts sur certaines prestations sociales (allocations familiales et aides au logement), « dans le respect d’un reste à vivre ». 
L’examen de ce projet de loi, fin octobre, promet de rudes batailles parlementaires et, certainement, juridiques, de nombreux spécialistes du droit public jugeant ce dispositif inconstitutionnel. 

Violences urbaines

Après les violences urbaines, l'AMF exprime « l'écœurement et la révolte » des maires et appelle à des rassemblements devant les mairies

Dès hier, l'AMF a appelé les maires et conseils municipaux à « ses rassembler » devant les mairies aujourd'hui à partir de midi, en signe de protestation après les violents événements du samedi 17 octobre. L'association a également envoyé, hier soir, une lettre à tous les maires. 

Dès dimanche après-midi, le président de l’AMF, David Lisnard, s’est rendu à Limoges – ville dont il est originaire – pour apporter son soutien au maire, Guillaume Guérin, devant la mairie encore fumante de la commune, lors d’un rassemblement qui a réuni quelque 7 000 Limougeauds. « Je tiens, au nom des maires de France, à affirmer, au-delà de mon émotion, mon soutien, le soutien de tous les maires de France (…) et qui tous aujourd’hui se disent ‘’Je suis Limougeaud’’. » 

Toute la journée, les réactions de maires se sont enchaînées – ceux des villes touchées par les émeutes mais pas seulement, y compris dans les petites communes. On retiendra, par exemple, la « lettre ouverte » envoyée à la presse par le maire de Foulayronnes (Lot-et-Garonne, 5 500 habitants), Bruno Dubos. « Ces violences ont frappé nos villes moyennes, nos préfectures, nos centres anciens : cette France de province que l'on croyait à l'abri. Nos bourgs et nos villages regardent leurs voisins blessés avec inquiétude et une indignation légitime », écrit le maire. « La mairie est la maison de tous. On y déclare une naissance, on y célèbre un mariage, on y accompagne un deuil. On y retire sa carte d'identité, on y trouve de l'aide dans un moment difficile. Qui frappe une mairie, à Limoges comme dans la plus petite commune, frappe chacun de ses habitants et atteint la République au plus près des gens. » 

« Une attaque contre la paix civile »

L’AMF ne dit pas autre chose. Après avoir appelé les maires et les conseillers municipaux à se réunir aujourd’hui, à partir de midi, devant les mairies, estimant que « ces attaques graves portées contre les institutions démocratiques constituent un vrai risque pour toute la nation » et finalement « contre les libertés publiques de tous les Français », l’AMF a envoyé, dans la soirée, une « déclaration » à tous les maires de France, que Maire info a pu consulter. 

L’AMF ne cache pas sa colère contre les émeutiers mais pas plus ses interrogations sur la doctrine de maintien de l’ordre du gouvernement.

« Ces actes très graves ont été prémédités et leurs auteurs, qu’ils soient des ‘’ultras’’ politisés ou des casseurs venus s’en prendre aux commerces, sont dangereux, organisés, armés, déterminés », écrit l’AMF, exprimant « l’écœurement et la révolte » de tous les « maires, conseillers municipaux et agents du service public ». L’association exprime sa « solidarité » tant aux commerçants qu’aux habitants face « aux actes de vandalisme ignobles », mais aussi à « tous les maires et élus locaux qui ont dû faire face en première ligne à ces faits, ainsi que tous les agents communaux qui se sont mobilisés dès la nuit de samedi à dimanche pour réparer des dégâts ».

« La responsabilité des habitants et de ceux qu'ils ont élus est de se lever contre ces actes qui nous menacent tous et de dire ‘'stop'' »

AMF

Pour l’association, l’attaque d’une mairie est un acte « qui va bien au-delà du symbole » : c’est « une attaque organisée (…) contre la paix civile et nos libertés publiques ». De plus, les violences du 17 octobre « ont porté une atteinte grave à la liberté d’expression et celle de manifester, que les manifestants ont souhaité exercer, eux, en respectant l’ordre public ». 

Mais il ne suffit pas de condamner ces violences, juge l’AMF, qui s’interroge aussi sur « la responsabilité de l’exécutif ». Ces événements, estime-t-elle, « ont marqué l’échec de la doctrine d’emploi des forces de l’ordre et montré l’insuffisance criante de leurs moyens d’intervention ». Il faut donc « changer » cette doctrine et donner aux forces de l’ordre « les moyens d’agir ». 

L’association demande instamment au Premier ministre de « répondre aux demandes de rencontre qui lui ont été exprimées par les maires ». 

« La responsabilité des habitants et de ceux qu’ils ont élus est de se lever contre ces actes qui nous menacent tous et de dire ‘’stop’’. Nous devons mobiliser la force civique de notre pays, bien plus puissante que ceux qui sèment le chaos. Les maires y contribueront autant qu’il le leur sera possible », juge l’AMF, qui demande également aux « forces politiques, sociales et syndicales » de « condamner sans réserve ces agissements ». 

« Une mairie brûlée, c’est notre République attaquée ! »

D’autres associations d’élus se sont exprimées depuis samedi. France urbaine, dans un communiqué, dénonce des « violences urbaines extrêmes », « intolérables ». « Les grandes villes et chefs-lieux notamment ont été la cible de saccages inqualifiables contre des mairies, des bâtiments publics, des sites commerciaux », dont l’incendie de la mairie de Limoges est « emblématique » car la mairie est « le visage de la République, un sanctuaire que personne ne devrait oser avilir ». L’association demande que « des moyens exceptionnels d’ordre public » soient « déployés sans délai » pour protéger la population et l’espace public. Elle demande une rencontre « dans les meilleurs délais » avec le Premier ministre, afin « qu’il réponde, sans polémique, à nos incompréhensions ». 

Villes de France, quant à elle, « dénonce toutes les atteintes portées hier aux mairies, institutions et bâtiments publics de France, symboles de notre République. Une mairie brûlée, c’est notre République attaquée ! ». L’association qui regroupe les villes moyennes exprime sa « solidarité à tous les commerçants » et juge que « plus que jamais, nous devons défendre les fondements de notre République et de notre pacte démocratique ». 

L’Anel (Association nationale des élus des littoraux) a également publié un communiqué ce matin, pour appeler elle aussi aux « rassemblements » devant les mairies : « La République ne peut accepter que ceux qui la servent et la représentent soient pris pour cibles. Lorsqu’une mairie est attaquée, lorsqu’un élu est menacé ou qu’un service public est empêché d’accomplir sa mission, c’est l’autorité même de nos institutions qui est mise en cause », déclare Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et président de l’Anel.

◎ Focus Finances locales

Budget 2027 : entre appel à la démission et menace de censure, la « colère glaciale » et le ressentiment des départements 

Dénonçant le « mépris » du Premier ministre, absent vendredi à leurs Assises, les présidents de départements ont fait part de leur vive inquiétude et de leur colère face aux nouvelles coupes budgétaires annoncées pour 2027. Arrivée avec de maigres concessions, la ministre de la Décentralisation, Françoise Gatel, s'est retrouvée à discourir devant une salle quasi vidée de son auditoire.

« Non, je ne démissionne pas et je ne ferme pas ma gueule ! » La ministre de la Décentralisation, Françoise Gatel, a dû faire face à l’accueil chahuté des présidents de département, lors de la clôture de leur 95e Assises à Reims, la grande majorité d’entre eux ayant quitté la salle et lancé quelques huées à son arrivée à la tribune. 

« Quand la technocrature impose des décisions à l'encontre de ses convictions, on adopte une attitude chevènementiste et on démissionne ! », avait tonné, quelques instants plus tôt, le président centriste du conseil départemental du Calvados, Jean-Léonce Dupont. Bien loin de l’ambiance nettement plus feutrée de la Convention des Intercommunalités de France, où la ministre se félicitait encore la veille d’avoir reçu « un accueil très responsable et très républicain ». Deux salles, deux ambiances donc. 

« Mépris »

Particulièrement remontés contre le projet de budget pour 2027 de l’exécutif, les départements ont, une nouvelle fois, dénoncé la volonté de l’État de leur « faire les poches » et ont été ulcérés par l’absence du Premier ministre, qu’ils ont vécue comme « une forme de mépris », si ce n’est « une absence de courage à affronter les difficultés ». 

Les élus départementaux réclamaient, en effet, la présence en personne de l’ancien président du conseil départemental de l'Eure pour qu’ils leur expliquent ses choix budgétaires, notamment la coupe de « plus de 1,8 milliard d’euros » – soit un quart de leur épargne brute, selon leur calcul – à laquelle ils vont devoir faire face, malgré les difficultés auxquelles ils sont déjà confrontés.

« Au niveau de la méthode, je crois qu’on peut faire mieux », a ironisé le président de Départements de France, François Sauvadet (UDI). « Je n’ai eu aucun échange avec le Premier ministre depuis juillet, excepté deux courriers en 15 jours qui ne sont pas de nature à calmer le sentiment d’incompréhension et de colère », a-t-il pesté. « Est-ce que c'est engager un dialogue responsable et respectueux ? », a encore critiqué le président de la Côte-d'Or.

« J’aurais aimé […] un petit coup de fil pour dire comment ça se passe », mais au lieu de cela, c’est donc une simple « missive » qu’il a reçue dans laquelle il est proposé « une rencontre » le 16 novembre. Le problème est que celle-ci sera « corsetée » et « ne portera que sur quelques points », alors que les principales associations d’élus avaient demandé, mercredi, dans une déclaration commune, à être reçues par le Premier ministre pour amender le budget pour 2027. 

« Un État en faillite [qui] met en faillite les départements » 

« L'État nous fait les poches, alors que nous ne sommes pas responsables du déficit public », a dénoncé François Sauvadet, regrettant que les collectivités soient « sans cesse pointées du doigt ». « Jamais nous n’avons été aussi maltraités financièrement et paradoxalement, jamais nous n’avons été aussi attendus sur nos missions », a-t-il critiqué, se disant « inquiet et en colère ». 

« L'État nous fait les poches, alors que nous ne sommes pas responsables du déficit public. »

François Sauvadet, président de Départements de France

« On n'est jamais trahi que par ses amis », a condamné de son côté le président LR du Conseil départemental de la Haute-Marne, Nicolas Lacroix, menaçant de « demander aux parlementaires de censurer » le gouvernement « si rien n’est fait ». Quant à Jean-Léonce Dupont, il a vilipendé « une technocrature qui ne respecte pas sa parole, qui ment, qui triche et qui rackette ». « Le gouvernement d'un État en faillite met en faillite les départements ! », a-t-il dénoncé, exprimant sa « colère glaciale ».

« Je veux bien qu'on dise que l'État est en train de vous faire les poches, mais c'est faux ! », a rétorqué Françoise Gatel, devant une salle aux trois quarts vide donc, estimant que « l'État prend sa part, la sphère sociale aussi et, ensuite oui, les collectivités ». 

« Vous n’êtes pas responsable du déficit, je ne l’ai jamais dit, et vous avez des budgets équilibrés, a convenu celle qui vient d’être réélue sénatrice d’Ille-et-Vilaine à la fin du mois de septembre. Mais il n’empêche, en 2020, quand il y a eu la covid, je n’ai entendu personne s’opposer aux aides aux entreprises et aux personnels. […] Quand il y a eu la crise énergétique, deux ans après, avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, est-ce que quelqu’un a râlé contre le bouclier énergétique des collectivités ? ». 

CSG : 100 millions d’euros de plus

« La dette creusée par l’État relève aussi, au final, de dépenses et de services que nous avons dû mettre en place… », a tenté d’expliquer la ministre, en rappelant que sa « copie part du constat que nous avons plus de 3 500 milliards d’euros de dette et nous empruntons à 4,9 %, le taux record. Et si nous ne faisons rien, cela veut dire que nous laissons glisser les choses… »

Françoise Gatel a, toutefois, annoncé qu’elle ferait passer de 300 à 400 millions d'euros la part de contribution sociale généralisée (CSG) qui serait affectée aux départements en 2027 pour financer l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), tandis que le fonds de soutien de 100 millions d’euros – qui remplace le fonds de sauvegarde de 600 millions – pourrait voir ses critères de répartition « adaptés ». 

En parallèle, un « dispositif d'avances » pourrait être créé pour tenter de faire face aux dysfonctionnements dans le recouvrement de la taxe d’aménagement qui coûtent cher aux collectivités et menacent l’avenir même des Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE).

Bien insuffisant aux yeux des départements qui fustigent la nouvelle contribution progressive des collectivités à l'effort budgétaire (CPEB), l’écrêtement de la TVA ou encore la réforme du taux du fonds de compensation pour la TVA (FCTVA).
 

Violences urbaines

Les acteurs du tourisme redoutent les conséquences des émeutes

Incendies, pillages, mairies incendiées : les images des émeutes de samedi ont fait le tour du monde. Les acteurs du tourisme estiment qu' « au-delà des dommages matériels, ces événements menacent directement l'économie touristique ».

Ces dernières heures, les regards du monde entier sont tournés vers la France après les émeutes qui ont éclaté ce week-end dans plusieurs grandes villes. Au-delà de la réponse urgente de la gestion de crise, la question se pose des répercussions que cette crise aura, à plus ou moins long terme, au niveau international.

« Quelle image renvoyons-nous au monde ? », s’est alarmé le président de la Fédération des associations de commerçants et artisans parisiens (Facap) Thierry Véron dans les colonnes du Figaro. Beaucoup s’inquiètent des répercussions sur le tourisme français alors que les vacances de Noël approchent. L’incendie de l’office de tourisme de Lyon pourrait bien prendre valeur de symbole : celui d’un tourisme saboté par les émeutes.

Un écho dans la presse internationale

Incendies, violences, pillages, destructions : les images choquantes qui passent en boucle sur les chaînes de télévision françaises depuis samedi ont dépassé les frontières.

Dans le New York Times, on retrouve ces mêmes images des rues de Paris saccagées et de la mairie de Limoges calcinée. En dessous, on peut y lire : « Dimanche, les Français se sont réveillés dans des rues jonchées de verre brisé, avec les images de bâtiments publics calcinés, au lendemain des plus importantes manifestations que le pays ait connues depuis des années, qui ont basculé dans des émeutes violentes. »

La chaîne britannique BBC News a consacré plusieurs reportages à cette actualité française, envoyant ainsi plusieurs envoyés spéciaux à Paris. Une journaliste sur place pointe au lendemain des émeutes sur la place de la République un distributeur de billets « complètement démoli », un autre montre un commerce spécialisé dans le vin qui « a été dévalisé de la cave au grenier » tandis que la chef du service Europe de la chaîne estime que « partout en France, ces scènes de pillages et de violences ont sidéré et inquiété la population. »

Les voisins frontaliers de la France scrutent aussi la situation de près. Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung pointe un « chaos qui, en ce 17 octobre 2026, a surtout gagné les grandes villes du pays (...) restera sans doute une césure, un signal ». En Espagne, le journal El País se montre plus politique et sensationnaliste : « La France est descendue dans la rue et, entre manifestations, incendies et pillages, a acté la mort du macronisme. Elle l’a fait avec violence, comme elle en a l’habitude. Rage, colère, mais aussi peur de l’avenir. »

Certaines dépêches d’agences ont été reprises dans la presse asiatique notamment The Korea Times en Corée du Sud ou New Straits Times en Malaisie. Enfin, les évènements ont été largement « documentés » sur les réseaux sociaux, entre films amateurs et photos surréalistes, et la France s’est rapidement retrouvée en tête des hashtags et des sujets tendances. 

Avec ces images qui font le tour du monde – qui font d’ailleurs déjà l’objet d’une instrumentalisation politique dans certains pays – la France, première destination touristique mondiale, a de quoi s’inquiéter de cette mauvaise publicité qui pourrait entraîner des conséquences pour le commerce et les territoires.

Le monde du tourisme tire la sonnette d’alarme 

Dans un communiqué de presse commun, ADN Tourisme, l’Association Nationale des Élus des Territoires Touristiques (ANETT), la Confédération des Acteurs du Tourisme (CAT) et INNTO France demandent au gouvernement « des mesures immédiates pour rétablir la sécurité et préserver l’attractivité de la France ».

« Commerces saccagés, établissements vandalisés, bâtiments publics attaqués, sites et équipements touristiques dégradés : ces actes portent gravement atteinte à la sécurité de nos concitoyens, à la vie économique de nos territoires et à l'image de la France. »

Communiqué de presse des acteurs du tourisme.

Ils dénoncent d’abord la destruction des commerces et bâtiments estimant « inacceptable » que « des professionnels indépendants et des entreprises souvent familiales puissent voir en quelques heures les efforts d’une vie et leur outil de travail détruits » et que « des habitants et de nombreux visiteurs se retrouvent de surcroît exposés à des scènes de violence d’une telle ampleur ».

À plus long terme, ils s’inquiètent du fait que « ces événements menacent directement l’économie touristique » et notamment les hôteliers, restaurateurs, commerçants, gestionnaires de sites et d’équipements touristiques, grands magasins, organisateurs d’événements et acteurs de l’accueil.

« Les perturbations des déplacements, les fermetures d’établissements, les inquiétudes des visiteurs et les risques d’annulation de séjours fragilisent l’activité et l’emploi dans nos territoires », peut-on lire dans le communiqué.

Pour que le tourisme ne devienne pas « la victime collatérale de violences » les acteurs du tourisme demandent « à l’exécutif d’agir immédiatement pour assurer la protection des établissements, des commerces et des sites touristiques, accompagner les entreprises touchées, accélérer leur indemnisation et préserver la confiance des clientèles françaises et internationales ».

Incertitudes 

Si le président de la République a annoncé que le gouvernement apportera « des réponses aux commerçants » le gouvernement dispose de peu de leviers pour rassurer les visiteurs étrangers après ces évènements dans une situation budgétaire aussi tendue et à quelques mois des élections.

Les recommandations des gouvernements étrangers influencent cependant largement le choix des voyageurs. À l’heure où nous écrivons, plusieurs pays ont appelé leurs ressortissants à la vigilance, sans toutefois déconseiller de se rendre en France.

En réalité, les répercussions négatives qui sont à craindre concernent en premier lieu les nuitées dans la capitale et notamment les week-ends. Lors du mouvement des Gilets jaunes, les observatoires professionnels ont relevé un recul du taux de remplissage des hôtels parisiens, surtout les week-ends de manifestation, tandis que la semaine restait mieux orientée. Au premier semestre 2019, la fréquentation hôtelière francilienne n’avait presque pas baissé. L’effet avait donc été réel mais ponctuel, localisé et modéré. 

La comparaison avec les Gilets jaunes a néanmoins ses limites : les violences de ce week-end ont touché de nombreuses villes à la fois. Or le tourisme en France repose d’abord sur les Français, qui représentent la majorité de la consommation touristique. La confiance de la clientèle nationale à se rendre dans les grandes villes pendant les vacances – notamment celles de la Toussaint – pourrait donc être entamée. À ce stade, aucune donnée ne permet de savoir si l’effet sera aussi modéré qu’en 2019 ou plus durable... 

Journal officiel

Journal officiel du dimanche 18 octobre 2026
Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature
Arrêté du 14 octobre 2026 fixant le tarif prévu à l'article R. 543-310-2 du code de l'environnement pour la redevance relative aux actions de communication pour la prévention des incendies de forêt
Journal officiel du samedi 17 octobre 2026
Ministère de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation
Décret n° 2026-961 du 15 octobre 2026 portant modification de la nature et des modalités de dispense des épreuves physiques des concours d'accès aux cadres d'emplois de la filière police municipale et de l'examen professionnel d'accès par voie de promotion interne au cadre d'emplois des chefs de service de police municipale prévu à l'article 6 du décret du 21 avril 2011 portant statut particulier du cadre d'emplois des chefs de service de police municipale
Ministère de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation
Arrêté du 15 octobre 2026 modifiant l'arrêté du 25 octobre 1994 fixant le programme des matières des épreuves des concours pour le recrutement des agents de police municipale et de l'arrêté du 20 janvier 2000 fixant le programme des épreuves des concours pour le recrutement des chefs de service de police municipale
Ministère de la Ville et du Logement
Arrêté du 9 octobre 2026 modifiant l'arrêté du 29 mai 2015 relatif au contenu de la notice d'information annexée aux contrats de location de logement à usage de résidence principale
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