Maire-info
Le quotidien d’informations des élus locaux

Édition du lundi 5 octobre 2026

Ecole

Mouvement lycéen : le gouvernement tente de déminer le terrain

Alors que le mouvement de protestation des lycéens s'est poursuivi vendredi 2 octobre malgré la fermeture préventive de 400 lycées et qu'une nouvelle journée de mobilisation est attendue demain, le ministre de l'Éducation nationale et le Premier ministre ont proposé de premières réponses « pour répondre aux difficultés des lycéens ». 
© X.com

Vendredi 2 octobre, ce sont 564 établissements qui ont « fait l’objet d’actions ou de perturbations », a annoncé le ministère de l’Éducation nationale en fin de journée. C’est nettement moins que la veille (1 207 établissements), mais les chiffres sont difficilement comparables dans la mesure où plusieurs centaines d’établissements (400) faisaient l’objet d’une fermeture administrative. 

Comme la veille, ce mouvement a été le théâtre de violences, notamment à Paris, Pantin, Strasbourg, Rennes, Belfort. Dans plusieurs régions, les conseils régionaux chiffrent à plusieurs millions d’euros au minimum les dégâts occasionnés par ces violences. On retiendra également le chiffre inhabituellement élevé des interpellations donné par le ministère de l’Intérieur vendredi soir : il s’élève à 5 000 pour l’ensemble de la semaine. 

« Plan d’action » sur le remplacement

Vendredi après-midi, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a reçu les organisations lycéennes et étudiantes. Celles-ci ont regretté que cette rencontre ait lieu si tard – alors que le mouvement avait débuté depuis une quinzaine de jours – et se sont dites globalement « déçues » des propositions du ministre. Lors d’un point presse improvisé après cette réunion, Édouard Geffray a reconnu que certaines revendications des lycéens sont « tout à fait légitimes » et a mis l’accent sur la nécessité de revitaliser la « démocratie lycéenne ». Il a annoncé le lancement, dès aujourd’hui, d’une « plateforme de concertation » sur internet, où chaque lycéen pourra « répondre à deux questions très simples : quelles sont vos difficultés ? quelles sont vos attentes ? ». « Ils seront lus, ils seront crus », a poursuivi le ministre, tout en indiquant que les réponses seront compilées à l’aide de … l’intelligence artificielle. Il n’est guère probable que cette initiative suffise à calmer la colère d’une partie de la jeunesse. 

Réponse plus concrète aux demandes des lycéens, particulièrement agacés par le non-remplacement des enseignants absents : le lancement dès cette semaine d’un « grand plan d’action sur le remplacement des professeurs », afin de les accélérer « sensiblement » notamment dans les classes à examen. 

Le ministre a par ailleurs annoncé la (énième) réouverture d’une réflexion sur « les rythmes scolaires ». Mais aucune décision ne sera prise à court terme, vu la proximité des échéances électorales : le ministre entend lancer « un travail de fond » mais a d’ores et déjà annoncé qu’il n’avait pas l’intention de lancer une réforme qui s’appliquerait à la rentrée prochaine. 

Réparations d’urgence

C’est ensuite le Premier ministre lui-même, relativement discret sur le sujet pendant toute la semaine dernière, qui a pris le relais, en publiant (sur X) dans la soirée du dimanche 4 octobre une « lettre aux ministres » de quatre pages, afin de leur fixer une « feuille de route avec cinq chantiers ». 

« À partir de ce lundi 5 octobre, les cours devront reprendre partout où la sécurité et l'état des locaux le permettent. »

Sébastien Lecornu, Premier ministre

Sébastien Lecornu tient, lui aussi, à affirmer que les « inquiétudes » portées par les lycéens et les personnels de l’Éducation nationale sont « légitimes » : « Cours non assurés, locaux dégradés, longues journées, angoisse de l’orientation, sentiment général de ne pas être entendus », liste le Premier ministre. Il n’en dénonce pas moins « les violences et les tentatives d’instrumentalisation », et demande que « les cours reprennent » dès aujourd’hui « partout où la sécurité et l’état des locaux le permettent ». Là où les cours ne peuvent reprendre, il demande aux proviseurs, en lien avec « les recteurs, les préfets, les élus régionaux et les maires », d’informer les familles sur un calendrier de reprise. 

Le Premier ministre développe ensuite les « cinq chantiers » que le gouvernement doit lancer, au premier rang desquels, « dès cette semaine », le lancement d’un « traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus ». Le ministère de l’Éducation nationale dispose de dix jours pour mettre en place ce plan, le « premier bilan » devant être établi le 16 octobre.

Deuxième chantier : les locaux. Même si le Premier ministre rappelle que l’entretien des lycées est « une compétence exclusive » des régions, il annonce que l’État « pourra accompagner » celles qui en font la demande. Il demande que l’accent soit mis sur des équipements et réparations prioritaires : « Salles de classe équipées, sanitaires propres et équipés, chauffage, matériel indispensable. » À plus long terme, une réflexion doit être menée d’ici « fin octobre » pour permettre d’engager des travaux en matière « d’adaptation aux fortes chaleurs » avant l’été prochain. 

Parcoursup maintenu

Sur les rythmes scolaires au lycée, le Premier ministre demande qu’une réflexion soit engagée établissement par établissement, « avec les personnels et les élus lycéens » et « en associant les autorités locales responsables du transport ». Par ailleurs, le gouvernement « travaillera avec les équipes, les collectivités et les associations » pour faciliter l’accès des lycéens « au sport, à la culture et aux espaces de vie collective ». Des améliorations tangibles doivent être mises en place « pour la rentrée des vacances de la Toussaint ». 

Sébastien Lecornu évoque ensuite Parcoursup, dont plusieurs syndicats lycéens demandent la suppression pure et simple. Le Premier ministre ne va pas dans cette direction mais demande au ministère « des améliorations réelles pour la campagne 2027 », avec plus de « transparence » sur les critères et un effort de pédagogie pour aider les lycéens à « comprendre les critères retenus ». 

Dernier chantier enfin : la démocratie lycéenne. Le Premier ministre demande que les Conseils de vie lycéenne (CVL) soient « réunis et consultés à temps », et que leurs propositions reçoivent de façon systématique « une réponse motivée ». 

Sébastien Lecornu attend, sur tous ces sujets, des propositions concrètes de ses ministres « avant fin octobre » avec « un coût, un financement et un calendrier ». Il procédera dès lors « aux arbitrages nécessaires » eu égard « aux contraintes de nos finances publiques ». 

« Casseurs payeurs »

Ces engagements suffiront-ils à éteindre le feu ? On le saura aujourd’hui et surtout demain, à l’occasion de « l’acte III » de la mobilisation, auquel appellent quasiment toutes les organisations lycéennes et étudiantes, ainsi que des syndicats de salariés. Ce matin en tout cas, blocages et manifestations ont repris dans de nombreuses villes – Paris, Lille, Nice… – ce qui laisse à penser que les propositions gouvernementales n’ont pas convaincu. Selon le ministère, 473 lycées sont « perturbés » ce matin, et des échauffourées ont déjà éclaté à Paris et à Lille notamment.

Sur la question des réparations des dégâts provoqués par les débordements de la semaine dernière, enfin, le gouvernement a annoncé son intention d’accélérer l’examen de son projet de loi « casseurs-payeur » (lire Maire info du 18 septembre), qui pourrait être débattu au Sénat dès ce mois-ci. Pour mémoire, ce texte prévoit une nouvelle forme de responsabilité civile « collective » : toute personne présente à un rassemblement prohibé serait responsable civilement des dégâts, même si elle ne les a pas commis elle-même. Par ailleurs, le texte prévoit que les dommages et intérêts puissent être prélevés sur les allocations familiales et les aides au logement. 

Budget

Fonds vert, missions locales : les autres mauvaises surprises du projet de loi de finances pour 2027

Au fur et à mesure du décryptage du projet de loi de finances présenté la semaine dernière par le gouvernement, les petites lignes apparaissent et elles recèlent parfois de très mauvaises surprises. Le Fonds vert, par exemple, pourrait être finalement moins élevé que prévu. 

Le gouvernement taille dans les budgets de presque tous les ministères, mais il avait promis que le Fonds vert (de son nom officiel « Fonds d'accélération de la transition écologique dans les territoires ») allait à nouveau augmenter et être porté à un milliard d’euros. Promesse tenue, à première vue, puisque le total du Fonds vert, dans le projet de budget, atteint bien cette somme (ou presque : 984 millions d’euros). Mais il n’est pas sûr que la totalité de cette somme aille aux collectivités, qui sont pourtant censées être les uniques destinataires de ce Fonds. Explication. 

« Supercherie » sur le Fonds vert

Ce sont nos confrères de La Gazette des communes qui ont repéré ce qui ressemble bien à un tour de passe-passe pour priver subrepticement les collectivités locales de 200 millions de Fonds vert. 

Rappelons tout d’abord que même à un milliard d’euros, le Fonds vert 2027 reste bien en dessous de la promesse initiale : lorsqu’il avait été lancé par Christophe Béchu en 2023, le Fonds vert s’élevait à 2 milliards d’euros et est même passé à 2,5 milliards, avant de faire les frais de coupes budgétaires drastiques jusqu’à tomber, l’an dernier, à 835 millions d’euros en autorisations d’engagement. Le passage à un milliard en 2027, présenté comme une hausse, n’était donc qu’un début de rattrapage des crédits perdus au fil des années.

Mais ce rattrapage est en trompe-l’œil, quand on regarde dans le détail la décomposition des crédits « par titre et par catégorie », ce qui est possible en consultant le document budgétaire relatif à ce programme. Et là, surprise : alors qu’en 2026, les autorisations d’engagement au titre des « transferts aux collectivités territoriales » du Fonds vert était de 835 millions d’euros, elles tomberaient pour 2027 à … 662 millions. Une nouvelle ligne est apparue dans le tableau décomposant les dépenses du Fonds vert, ligne qui n’existait pas l’an dernier : « Dépenses pour immobilisations corporelles de l’État », autrement dit, les dépenses liées à la rénovation des bâtiments de l’État – et elle est dotée de 200 millions d’euros. Il semble donc que l’État va prélever sur le Fonds vert 200 millions d’euros destinés à financer ses propres besoins en matière de rénovation des bâtiments. Résultat, certes le Fonds vert va augmenter, mais la part disponible pour les collectivités territoriales, elle, va diminuer ! 

Une discrète petite manœuvre que Jean-François Debat, président du Comité des finances locales, qualifie dans La Gazette de « supercherie ». D’autant que la petite hausse du Fonds vert annoncée par le gouvernement était déjà compensée, si l’on peut dire, par une baisse de 300 millions d’euros du Fonds chaleur. Au final, si cette nouvelle ligne budgétaire au bénéfice de l’État se confirme, les collectivités seront donc doublement perdantes, à la fois sur le Fonds vert et sur le Fonds chaleur.

Les missions locales à la diète

Autres perdantes de ce projet de budget : les missions locales. On s’en doutait, dans la mesure où le gouvernement avait annoncé une baisse assez drastique des crédits du ministère du Travail, mais les documents le confirment : les missions locales vont voir leurs crédits baisser de 5,5 %. C’est donc « la troisième année consécutive » de baisse, fulmine l’Union nationale des missions locales (UNML) – baisse qui atteint au total 18 % depuis 2024. « Pendant ce temps, le taux de chômage des jeunes explose : 21,6 %, trois fois plus qu'en Allemagne. La réponse du gouvernement tient en une ligne budgétaire : retirer encore des moyens à celles et ceux qui les accompagnent », s’agace Stéphane Valli, maire de Bonneville et président de l’UNML : « On ne peut pas déplorer le décrochage des jeunes le matin et supprimer les moyens de les raccrocher l'après-midi. Que dit-on aux 13 800 professionnels des missions locales ? Faites mieux avec moins ? Ce discours ignore la réalité du terrain. »

« On ne peut pas déplorer le décrochage des jeunes le matin et supprimer les moyens de les raccrocher l'après-midi. »

Stéphane Valli, président de l'UNML

L’UNML demande instamment au gouvernement de rétablir les crédits, a minima, au niveau de 2026, et de « garantir à chaque mission locale un financement sécurisé, pour que les territoires ne s'effondrent pas ». Elle rappelle que « couper dans l’insertion n’est pas de la rigueur, c’est de la dépense à terme », car les jeunes qui décrochent, ce sont « des milliards à payer demain, des années de RSA, de soin… Précisément tout ce que les missions locales évitent en amont ». 

L’UNML annonce que sans rétablissement des crédits, « le réseau se mobilisera, dans tous les territoires, auprès des élus et citoyens ». 

Logement

Construction de logements : des mises en chantier en hausse, mais encore loin des niveaux d'avant-crise

Les ouvertures de chantiers ont progressé, en août, pour le troisième mois consécutif alors que le nombre de permis de construire accordés a légèrement baissé, selon des données provisoires publiées par le ministère de la Ville et du Logement. Des niveaux qui restent, toutefois, près de 10 % inférieurs à la moyenne des cinq dernières années. 

Des mises en chantier qui progressent, mais un nombre de permis de construire qui reflue ces trois derniers mois. C’est ce que révèlent les données provisoires publiées, la semaine passée, par le Service des données et études statistiques (SDES) du gouvernement. 

Alors que la construction neuve est confrontée à une grave crise depuis plus de trois ans provoquée par l'augmentation des coûts de construction et de la hausse des taux d'intérêt, un projet de loi du gouvernement visant à l’enrayer est attendu à l’Assemblée dans les prochaines semaines, après avoir déjà été adopté par le Sénat. Il prévoit notamment de construire 400 000 logements neufs par an.  

On se souvient qu’au printemps, le gouvernement s’était réjouit d’un bond important (de 33 %) des permis de construire qu'il percevait comme une « relance manifeste » du logement, le niveau d’autorisations ayant renoué temporairement avec la période d’avant-crise. Les promoteurs étaient alors restés très prudents face à ces « variations mensuelles » et aux conséquences du conflit au Moyen-Orient sur leur secteur.

Permis : stabilité depuis le début de l’année

Comment la situation a-t-elle évolué depuis ? En août, le nombre de ces permis de construire accordés a légèrement reflué de 1,1 % par rapport au mois précédent (après avoir été stable en juillet et connu une baisse de 4,6 % en juin), pour atteindre les 29 749 logements autorisés à la construction. 

Une « très légère baisse » qui s’explique par un « léger recul des autorisations de logements individuels » qui ont chuté de 2,1 %, explique le Service des données et études statistiques du gouvernement. En parallèle, les permis accordés pour des logements collectifs sont restés quasi stables, avec un peu plus de 18 000 autorisations.

« Sur l’ensemble des huit premiers mois de l'année 2026, le niveau mensuel moyen des autorisations est au même niveau que celui observé sur l’ensemble de l’année 2025 », constate ainsi le SDES, qui note que, sur un an (de septembre 2025 à août 2026), ce sont près de 370 000 logements qui ont été autorisés à la construction. Des niveaux qui restent, toutefois, encore bien loin de ceux d’avant-crise puisqu’ils s’établissent à « 9,7 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes ». 

En outre, localement, les situations divergent énormément et laissent apparaître de fortes inégalités territoriales. Une quarantaine de départements ont ainsi vu leur nombre de permis de construire accordés chuter, certains jusqu’à 55 %, quand d’autres bénéficiaient d’une progression allant jusqu’à plus de 96 %.

Mises en chantier : trois mois de hausses successives

Du côté des mises en chantier, le gouvernement pourra se féliciter de l’augmentation de 4,1 % du nombre de logements en construction en août, après deux hausses en juillet (+ 5,8 %) et en juin (+ 1,8 %). Une progression qui s’expliquerait par « la légère augmentation des mises en chantier de logements individuels et collectifs » de respectivement 2,8 % et 4,9 %, selon le SDES.

L’exécutif pourra aussi se réjouir d’avoir dépassé la barre des 300 000 logements construits sur un an (avec 300 244 logements exactement), et du fait que, depuis le début de l'année, « le niveau mensuel moyen des mises en chantier est supérieur de 21,2 % à celui observé sur l’ensemble de l’année 2025 ». Mais là aussi, ces statistiques sont bien en deçà des niveaux d’avant-crise puisqu’ils s’établissent à « 9,5 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes ». 

À l'échelle locale, les variations sont aussi importantes. Une vingtaine de départements ont ainsi vu leur nombre de mises en chantier évoluer négativement, certains subissant des baisses de près de 30 % sur un an, quand d’autres profitaient de hausses allant jusqu’à 96 %.

La promotion immobilière s’enfonce

Face aux impacts de la guerre sur le secteur, la Fédération française du bâtiment (FFB) avait réclamé au printemps « d’ajuster les dispositifs existants et de mettre en place un plan d'aide pour le bâtiment (GNR, gasoil et demande de création d’un observatoire de l’établissement des prix des matériaux du BTP) ». 

Alors que les entreprises et les artisans du secteur auraient perdu au moins 100 000 emplois depuis 2022, le président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) de France, Pascal Boulanger, a alerté, début septembre, sur la situation de son secteur, qui ne cesse de s’enfoncer dans la crise. 

Au deuxième trimestre, les ventes de logements « en bloc » aux bailleurs sociaux se sont ainsi effondrées de près de 41 %, tandis que les réservations de logements neufs ont enregistré une baisse de plus de 23 % par rapport à la même période en 2025.

Le dispositif fiscal Jeanbrun n’aurait ainsi pas eu les effets escomptés. « J’avais parié sur 4000 ventes par mois avec le ministre. Nous sommes plutôt entre 150 et 200 par mois », a déploré Pascal Boulanger, alors que le gouvernement a promis d’améliorer le dispositif dans son projet de budget pour 2027.

Les logements vacants se réduisent

En parallèle, on peut souligner que la part de logements vacants continue de baisser, selon une étude de l’Insee parue également la semaine dernière. « La part des logements vacants (est passée entre 2019 et 2026) de 8,1 % à 7,6 %, et leur nombre (a diminué) de près de 20 000 sur la même période », selon l’Institut qui estime à 2,9 millions le nombre de logements vacants en 2026 et à 3,8 millions le nombre de résidences secondaires ou de logements occasionnels.

« Après avoir baissé de 1982 à 2005, la part des logements vacants a augmenté fortement entre 2005 et 2019, passant de 6,2 % à 8,1 %, retrouvant ainsi le niveau de 1982 (7,9 %) », rappelle l’Insee qui estime que, « sur cette période, le nombre de logements vacants a augmenté 3,1 fois plus vite que l’ensemble du parc de logements ». 

Par ailleurs, la part de logements vacants reste « maximale dans les communes hors unité urbaine (7,9 % en 2026) » et « minimale dans les unités urbaines de 100 000 habitants ou plus (7,4 %) et à Paris (7,3 %) ». 

Depuis 2020, la part de ménages propriétaires accédants a diminué et est passé de 21,4 % à 19,8 % en 2026. La part des logements loués par des bailleurs publics a, elle aussi, baissé légèrement depuis 1997, passant de 18,7 % à 17,3 % en 2026, constate l’Insee.

Climat

Le lourd tribut de l'élevage à la sécheresse et aux canicules

Mortalité des volailles, abattages anticipés, production de lait en baisse : l'élevage paie un lourd tribut à la chaleur et à la sécheresse de cet été.

Des millions de volailles mortes étouffées par la chaleur, vaches et moutons envoyés à l'abattoir en prévision du manque de fourrage et une crise de l'alimentation animale qui plane sur toutes les filières... L'élevage paye un lourd tribut aux canicules et à la sécheresse.

Mortalité et abattages précoces

La mortalité a particulièrement touché les volailles, surtout en juin dans les grandes régions d'élevage Bretagne et Pays de Loire, dont les bâtiments sont moins équipés que dans le Sud. Plus de trois millions de volailles de chair et près d'un million de poules pondeuses, soit environ 2 % du cheptel, sont mortes cet été, selon les interprofessions Anvol et CNPO. C'est malgré tout moins que lors de la canicule de 2003, qui a poussé les éleveurs à se préparer.

Les porcs du Grand Ouest ont également été affectés, selon l'interprofession Inaporc, qui relève une surmortalité des truies de 0,8 % avec un impact qui se mesurera sur la baisse du nombre de porcelets dans les prochains mois. Si les bovins commencent à montrer des signes de stress thermique au-delà de 25°C, la surmortalité est plus difficile à mesurer. Mais les chutes liées à la fatigue, avec des blessures qui conduisent à l'abattoir, ont augmenté avec la chaleur.

En août, les abattages d'ovins ont progressé de 1,7 % sur un an tandis que les abattages de gros bovins ont augmenté de 3,3 %, selon le ministère de l'Agriculture. « Conséquence des fortes chaleurs et de la sécheresse de l'été », les éleveurs semblent anticiper la mise à la reforme des ovins et vaches laitières notamment « par crainte d'un manque d'herbe à l'automne et de prix de fourrage élevés », selon son service statistique Agreste. L'élevage de poissons, de coquillages et de crustacés a aussi souffert, avec des pertes considérables pour ces filières.

Baisses de production

Des éleveurs laitiers ont constaté des baisses de production allant jusqu'à 30% de lait en moins sur les semaines les plus chaudes. 

Les premières périodes de chaleur ont eu le plus d'impact avec une baisse de la collecte de lait de vache de 1,1 % en mai puis de 1,3 % en juin. En juillet, la collecte s'est stabilisée, la production étant traditionnellement moindre en été. La hausse des abattages est le signe d'une arrivée de viande que le marché peine à absorber, les viandes bovine et ovine étant en recul dans la consommation des Français.

En revanche, pour les périodes de pic de consommation, comme à Pâques pour les agneaux, la viande pourrait manquer si trop de brebis sont envoyées à l'abattoir. Pour les œufs, outre une ponte moins abondante avec la chaleur et des calibres d'œuf plus petits, la canicule aura des impacts sur l'ensemble de l'année. En effet, la filière tente de répondre à la demande croissante d'œufs et prévoit une progression de 2 % de la production en 2026 après 0,8 % en 2025, grâce à de nouveaux poulaillers et un allongement de la durée de vie des poules. 

Mais c'est précisément la durée de vie d'une poule - un peu plus d'un an dans les systèmes intensifs - qui fait que la hausse de la production sera ralentie: lorsqu'un éleveur perd une partie de ses poules avec la chaleur, il ne peut accueillir de nouveaux animaux notamment pour des raisons sanitaires avant la fin d'un cycle.

Crise sur l'alimentation

La crise sous-jacente qui pèse sur l'ensemble de l'élevage est celle de l'alimentation. Le manque de pluie a empêché l'herbe de pousser. L'importation de foins pose la question de la disponibilité dans les pays voisins, mais aussi celle de la spéculation sur les prix. La récolte de céréales françaises et particulièrement du maïs qui sert de fourrage est attendue au plus bas à cause de la chaleur. Le soja et la betterave sont également touchés.

Le Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale (Snia) a averti que les cahiers des charges demandant une alimentation d'origine française devraient être adaptés (comme c'est déjà le cas pour certaines appellations) en raison du manque et du coût des matières premières françaises. Cela s'ajoute aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur certains ingrédients (vitamines, acides aminés, minéraux et oligoéléments qui ne sont plus majoritairement fabriqués en France), selon le Snia.

◎ Focus Personnes âgées

Mobilité et isolement des aînés : près d'un million de personnes âgées « assignées à résidence »

Plus de 3 millions de personnes âgées en France se sentent isolées à cause de leurs difficultés de déplacement. C'est ce que montre un nouveau rapport des Petits frères des pauvres consacré aux mobilités et à l'isolement des personnes âgées.
© Victoria Viennet

Alors que la semaine nationale des retraités et des personnes âgées – aussi appelée Semaine bleue – débute aujourd’hui, la question de leur autonomie est au cœur des débats. Dans un rapport publié la semaine dernière, l’association les Petits frères des pauvres s’intéresse à la mobilité des plus âgés qui, lorsqu’elle se dégrade, mène parfois à l’isolement.

Isolement : un mal multifactoriel 

Selon un sondage mené auprès de 1 824 personnes de 60 ans et plus, près d’un million de personnes sont aujourd’hui « assignées à résidence » (5 % des 60 ans et plus). Comme les auteurs du rapport l’indiquent, la perte de mobilité ne survient pas « brutalement » mais par « un processus progressif de renoncements ».

Un facteur santé est à prendre en compte : 43 % des 60 ans et plus ont des douleurs ou maladies qui gênent leurs déplacements. Le rapport met aussi en avant un facteur davantage psychologique et social : 30 % des personnes âgées redoutent de chuter et 45 % après 80 ans. Cette crainte touche 37 % des femmes contre 21 % des hommes, et 34 % des personnes seules contre 25 % des personnes en couple.

Les soucis de mobilité peuvent aussi intervenir au sein même du logement de la personne âgée. 9 % des sondés rencontrent des difficultés à se déplacer dans leur logement, un chiffre qui passe à 28 % après 90 ans. 11 % des personnes âgés sont gênés pour accéder à leur chambre, à la salle de bains ou aux toilettes. Le rapport met en avant un autre obstacle important lié aux pannes d'ascenseur, qui imposent parfois « un isolement durant parfois plusieurs jours ».

En ce qui concerne l’espace public et les transports, 29 % jugent les trottoirs et aménagements inadaptés à la marche, 39 % en milieu rural et 59 % en Guadeloupe et Martinique. 79 % des personnes âgées conduisent, et 65 % d'entre eux estiment difficile de se passer de la voiture. 66 % n'ont pas l'habitude des transports en commun (75 % après 80 ans).

Par ailleurs, les personnes âgées en milieu rural cumulent les difficultés. Les départements comptant le plus de personnes de 75 ans sont des départements ruraux comme la Creuse, le Cantal, la Nièvre, le Lot, l'Ariège, la Corrèze ou encore la Haute-Loire. Selon une étude de l’UFC-Que choisir, en 2024, 32 % des communes ne disposent d’aucune desserte et 45 % de celles de moins de 1 000 habitants sont dépourvues de tout arrêt de bus ou de gare. « Dans certains départements ruraux (Gers, Dordogne, Lozère), plus de 60 % des habitants sont concernés », peut-on lire dans le rapport. 

Dans les zones rurales où la voiture est parfois indispensable, certaines personnes âgées sont frappées par une « double peine » d’ordre économique. Le taux de pauvreté des 65 ans et plus atteint 11,4 %, et 18,8 % pour ceux qui vivent seuls. Et lorsque les revenus sont inférieurs à 1 000 euros par mois, près d'une personne âgée sur deux ne conduit pas. Près d'une personne âgée sur quatre vivant avec moins de 750 € par mois a déjà renoncé à des soins faute de pouvoir se déplacer.

Des leviers locaux à actionner  

L’association évoque des pistes pour lutter contre l’isolement des personnes âgées au niveau local.

En ce qui concerne le logement des personnes âgées, le rapport plaide pour la mise en place de visites de prévention dans le parc social – réalisée par le bailleur dès que le locataire a plus de 60 ans ou occupe le logement depuis plus de 25 ans. L’association appelle également à davantage adapter les logements en pérennisant le dispositif MaPrimeAdapt'.

« Selon l'Agence nationale de l'habitat (Anah), 83 000 dossiers déposés fin 2025 sont encore en attente de traitement. L'impact de MaPrimeAdapt' reste pour le moment insuffisant pour atteindre l'objectif fixé de 680 000 logements adaptés d'ici 2032, dont 250 000 d'ici 2027. »

Les Petits frères des pauvres

Dans le champ de l’espace public, l’association recommande une « remise à niveau d'urgence des trottoirs » avec le soutien de la Banque des Territoires, des « diagnostics en marchant », des balades avec les habitants pour repérer les obstacles. Il est aussi proposé dans le rapport « d'intégrer le vieillissement dans les contrats de ville "Engagements Quartiers 2030" » ou encore de mettre en place des exonérations temporaires de CFE et de taxe foncière pour les commerces de proximité. Du côté de la santé, l’association encourage le développement des maisons de santé pluriprofessionnelles et demande d'« intégrer pleinement la question de la mobilité dans les politiques d'accès aux soins ».

L’association plaide aussi pour « généraliser les Plans d’action en faveur de la mobilité solidaire (PAMS) créés par la Loi d’orientation des mobilités (LOM) de 2019 – en priorité dans les territoires ruraux, périurbains et les quartiers insuffisamment desservis – alors que seuls 8 plans d’action ont été prévus sur les 248 bassins de mobilité créés suite à cette loi. »

Enfin, interrogé dans le cadre de ce rapport, Yves Goasdoué, président du Conseil national de la sécurité routière, demande « des alternatives crédibles » quand la conduite n'est plus possible, avec par exemple « du transport à la demande et des solutions de covoiturage de proximité ». Il appelle aussi à sécuriser les piétons : « un meilleur éclairage des passages piétons, un entretien renforcé des trottoirs ».

Permis de conduire  

Le président du Conseil national de la sécurité routière estime aussi que « l’aptitude à conduire doit être évaluée régulièrement tout au long de la vie ». La directive européenne d'octobre 2025 – qui met fin au permis de conduire à vie dans l'Union européenne en fixant une durée de validité limitée à 15 ans – laisse aux États membres le choix entre « une visite médicale, des formulaires d'auto-évaluation ou tout autre système d'évaluation ».

Si « l'âge, à lui seul, n'est pas un facteur de risque », rappelle Yves Goasdoué, président du Conseil national de la sécurité routière, « la France semble aujourd'hui s'orienter vers la solution de l'auto-évaluation », mais « aucun arbitrage n'a encore été rendu ».

L'Assemblée nationale a d'ailleurs adopté il y a quelques jours une proposition de résolution européenne « visant à abandonner le conditionnement du renouvellement du permis de conduire à une visite médicale obligatoire » portée par Vincent Descoeur, député du Cantal et Fabrice Brun, député de l’Ardèche. Les députés se félicitent d’un « choix de liberté qui conjugue prévention et sécurité routière avec la mobilité rurale dans nos campagnes, en particulier pour nos aînés qui, rappelons-le, ne sont pas ceux, loin de là, qui causent le plus d’accidents ».

Consulter le rapport. 

Journal officiel

Journal officiel du samedi 3 octobre 2026
Ministère chargé des Petites et moyennes entreprises
Décret n° 2026-921 du 2 octobre 2026 instituant une aide aux entreprises du secteur du bâtiment et des travaux publics utilisant du gazole non routier
Ministère de la Ville et du Logement
Arrêté du 30 septembre 2026 modifiant l'arrêté du 1er décembre 2015 relatif aux critères de qualifications requis pour le bénéfice du crédit d'impôt pour la transition énergétique et des avances remboursables sans intérêt destinées au financement de travaux de rénovation afin d'améliorer la performance énergétique des logements anciens
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