| Édition du vendredi 27 mars 2026 |
Elections municipales
Parité, abstention, votes blancs et nuls : les leçons des élections municipalesÂ
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Le ministère de l'Intérieur a publié les statistiques définitives concernant les élections municipales, confirmant une tendance à la baisse de la participation qui touche l'ensemble des communes. La parité progresse, mais l'application de la loi étendant le scrutin de liste à toutes les communes continue de faire débat.
Les urnes sont rangées et toutes les communes ont désormais un nouveau conseil municipal, à l’exception des 68 où aucune liste ne s’est présentée et où la commune est désormais gérée par une délégation spéciale, en attendant de nouvelles élections municipales. Il est donc temps de tirer un premier bilan de ce scrutin, marqué par l’entrée en vigueur de deux nouvelles lois : celle qui a étendu à toutes les communes le scrutin de liste paritaire, marquant la fin du panachage, et celle qui a modifié le mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille. Ces évolutions ont concerné un peu moins de la moitié du corps électoral, soit 25 millions d’électeurs.
1 526 seconds tours
Le premier tour a mobilisé presque 900 000 candidats, et il a permis d’élire directement un conseil municipal dans neuf communes sur dix : un second tout n’a été nécessaire que dans 1 526 communes.
La proportion des communes où un second tour a été nécessaire dépend de la taille de celles-ci : si seulement 0,8 % des communes de moins de 1 000 habitants ont dû organiser un second tour, ce chiffre monte à 59 % dans les communes de 30 000 à 100 000 habitants et à plus de 90 % pour les villes de plus de 100 000 habitants.
Cette répartition est logique : plus il y a d’habitants, plus le nombre de listes en présence est potentiellement élevé. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, l’écrasante majorité des scrutins se sont déroulés avec une ou deux listes en présence, et dans ces deux cas, le résultat est acquis dès le premier tour.
La parité progresse
Conséquence mécanique de l’extension du scrutin de liste paritaire à toutes les communes, le nombre de femmes candidates a augmenté lors de ce scrutin, ainsi que la proportion de femmes maires. À l’heure où nous écrivons, les conseils municipaux d’installation n’ont pas encore eu lieu dans les communes qui ont organisé un second tour, mais en s’appuyant sur le nombre de listes où des femmes étaient têtes de liste au second tour et l’ont emporté, on peut estimer qu’à l’issue de ce scrutin, environ 7 900 femmes sont maires, soit 22,6 % du total. En 2020, ce total était de 19,8 %. Il y a donc bien progression, bien que lente – ce qui, en l’espèce, ne tient pas à la loi mais à la difficulté des hommes à céder leur place en tête de liste.
On notera que, contrairement aux préjugés courants, cette prédominance masculine en tête de liste est un peu moins marquée dans les petites communes que dans les grandes : dans les communes de moins de 3 500 habitants, il y a eu autour de 23 % de femmes maires élues, contre 18 % dans les villes de plus de 20 000 habitants. Sur les 42 villes de plus de 100 000 habitants du pays, seules 8 auront une femme pour maire (1).
Quant à la proportion des femmes dans les conseils municipaux, elle devrait s’approcher de la parité (entre 48 % et 49 %), sans l’atteindre donc : à partir du moment où les trois quarts des listes étaient conduites par un homme et que le nombre de candidats sur une liste est toujours impair, toute liste conduite par un homme comprend un homme de plus, ce qui explique la différence sur le nombre total.
Les faits sont têtus, et en la matière il s’agit presque d’une tautologie : la loi étendant la parité à toutes les communes … a fait progresser la parité. Il apparaît donc paradoxal de faire, comme certains commentateurs le font ces derniers jours, un lien entre cette réforme et le nombre encore trop faible de femmes maires.
D’autant que cette évolution aura certainement des conséquences positives dans la durée : l’augmentation importante du nombre de femmes élues va constituer un vivier dans lequel naîtront sans doute un certain nombre des femmes maires de demain. D’autant plus que, parité oblige, là où un maire homme est élu, la deuxième de liste est forcément, partout, une femme. Il sera intéressant, lorsque toutes les municipalités seront constituées, de se pencher sur l’évolution du nombre de premiers adjoints femmes : il sera forcément en forte hausse.
Baisse de la participation : à qui la faute ?
Au-delà de la parité, le chiffre le plus marquant de ce scrutin concerne la participation : celle-ci, traditionnellement très élevée lors des élections municipales, s’érode lentement. Si l’on ne tient pas compte du scrutin de 2020, qui s’est tenu en pleine épidémie de covid-19, les chiffres sont sans appel : sans remonter aux presque 80 % de participation aux municipales de 1977, le chiffre était de 65,1 % en 2008, 63,5 % en 2014 ; et il n’est plus que de 57,1 % en 2026.
Les adversaires de la loi ayant étendu le scrutin de liste paritaire à toutes les communes se sont, depuis, empressés de mettre cette baisse de la participation sur le compte de cette loi. Mais les choses ne semblent pas forcément si simples.
Premier constat : les petites communes ont, comme toujours, davantage voté que les grandes : dans les communes de moins de 1 000 habitants, les électeurs ont été environ 64 % à se rendre aux urnes, contre un peu moins de 52 % dans les grandes villes.
Mais en revanche, le taux de participation a davantage diminué dans les petites communes que dans les grandes : les habitants des communes de moins de 1 000 habitants votaient, en 2014, à 75 %, soit 11 points de plus que cette année.
Plusieurs parlementaires ont pris la parole, ces derniers jours, pour expliquer que cette baisse était due à la réforme du mode de scrutin. C’est le cas du député RN Éric Salmon, qui a pris la parole à l’Assemblée nationale le 25 mars pour dire que cette réforme a « fragilisé la démocratie locale », parce qu’elle a conduit à ce que dans 68 % des communes de moins de 1 000 habitants, il n’y avait qu’une seule liste. Même réaction des sénateurs Vincent Louault et Cédric Chevalier (Horizons), qui dans un communiqué publié le 25 mars, estiment que la réforme « a rendu la constitution de listes beaucoup plus difficile » et donc conduit à la multiplication de listes uniques, avec comme conséquence la baisse de la participation. Le député LR Philippe Gosselin, sur la même position, a même déjà déposé une proposition de loi pour abroger la réforme du mode de scrutin.
Il est évident que la présence d’une liste unique a fait diminuer la participation : selon les calculs de Maire info, il y a presque 20 points d’écart de participation entre les petites communes où il n’y avait qu’une liste (59 % de participation) et celles où il y en avait au moins deux (76,4 %). Mais on peut commencer par souligner que presque 60 % de participation dans les communes à « liste unique », alors que le résultat était mathématiquement connu d’avance, est un chiffre considérable qui apparaît comme un signe de vitalité démocratique : six électeurs sur dix se sont déplacés, soit par esprit citoyen, soit dans la volonté de légitimer démocratiquement le conseil municipal, fût-il automatiquement élu.
Mais une autre question se pose : le fait qu’il n’y ait qu’une seule liste est-il seulement dû, comme l’affirment ces parlementaires, à la réforme du mode de scrutin ? Pas si simple, expliquait dans Le Monde, hier, le chercheur au Cevipof Pierre-Henri Bono, selon qui le nombre de communes moyennes n’ayant qu’une liste a bondi, passant de 12 % en 2008 à 31 % en 2026 pour les communes de 3 500 à 5 000 habitants, et de 32 % à 48 % pour les communes de 10 000 à 20 000 habitants ! Ces communes n’étaient pas concernées par la réforme du mode de scrutin. Il s’agit donc d’une tendance générale.
Cette « érosion de l’offre politique » semble donc être un problème est bien plus profond qu’une simple question de mode de scrutin. Les raisons en sont probablement les mêmes que celles qui expliquent l’augmentation de l’abstention : le désintérêt – voire la défiance – pour la vie politique, le sentiment que « cela ne change rien », la crise et les difficultés de la vie quotidienne qui éloignent les citoyens de la « chose publique ».
La question à se poser, pour les politiques et pour le législateur, est sans doute plutôt celle-ci : comment faire revenir vers la vie politique – qu’il s’agisse de voter ou de s’engager – ceux qui en sont aujourd’hui le plus éloignés ? Et cette question ne se pose pas, loin de là, que dans les communes rurales : bien plus préoccupant que le taux de participation dans celles-ci, qui reste élevé on l’a dit, est le nombre de votants dans les communes de banlieue les plus pauvres. Il faut rappeler qu’à La Courneuve, à Villeurbanne, à Vaulx-en-Velin, à Bagnolet, à Aubervilliers ou à Échirolles, le taux de participation est partout inférieur à 50 %, quand il n’approche pas les 40 %.
Blancs et nuls en hausse
La présence d’une liste unique dans de nombreuses communes a eu une autre incidence : celle de l’augmentation notable des votes blancs et nuls, qui atteint autour de 15 % dans beaucoup de communes à liste unique (atteignant parfois 50 %, dans de rares cas). Il faudra des études beaucoup plus approfondies pour connaître la proportion de bulletins nuls issus d’une erreur des votants, qui auraient pu croire qu’il était toujours possible de rayer des noms… ou d’ailleurs d’un acte volontaire exprimant leur rejet de cette réforme. Mais comme l’a dit le député Salmon à l’Assemblée nationale, il y a aussi un « message clair » : « Quand il n’y a plus de choix, les électeurs expriment leur refus autrement. » On peut être tenté de répondre : et alors ? Les votes blancs et nuls sont précisément faits pour cela – exprimer son insatisfaction face à « l’offre » proposée. Il faut espérer que les électeurs qui se sont montrés mécontents de ne pouvoir voter pour une seule liste y gagneront l’envie, aux prochaines élections, de monter la leur.
Vitalité renouvelée
Un autre aspect peut en effet être mis en avant : c’est la façon dont les choses se sont déroulées dans les petites communes où – nouveauté –, deux listes ont été en présence. L’analyse des résultats montre que dans beaucoup de ces communes, le résultat final a été serré, avec des écarts souvent inférieurs à 10, voire 5 points. Cela veut dire qu’il y a eu une véritable compétition démocratique dans ces communes, « projet contre projet » comme l’espéraient les défenseurs de la réforme. Dans de très petites communes, des réunions publiques organisées pendant la campagne ont vu une affluence massive, avec un véritable regain d’intérêt pour une campagne électorale qui, auparavant, pouvait sembler « ronronner ». Dans ces communes, la présence d’une liste concurrente a également eu l’avantage de pousser l’ancienne équipe municipale à sortir de la routine pour convaincre les électeurs de voter pour elle – et parfois, comme c’est arrivé dans un certain nombre de cas, à être battue pour ne l’avoir pas fait, par excès de confiance.
Ce constat mène à espérer qu’aux prochaines échéances, instruites de l’expérience de celle-ci, bien plus de communes verront deux listes s’affronter. Peut-être faut-il réfléchir à donner un « coup de pouce » à cette tendance, en diminuant le nombre de candidats à trouver pour constituer le conseil municipal ? Cette question a été abordée au Parlement ces derniers mois, mais abandonnée. Elle reste posée.
Il faut regarder en face la réalité de la hausse de l’abstention : elle est préoccupante, notamment parce qu’elle touche désormais les élections municipales qui en étaient jusqu’à présent relativement protégées. Il s’agit d’un problème politique profond, qui doit interroger tant le gouvernement que le législateur… et les maires eux-mêmes. Mais à ce problème, il n’existe ni réponse toute faite ni solution simpliste. Et remettre en cause, comme le demandent certains parlementaires, les nouvelles règles de parité en pensant que cela va résoudre le problème de la baisse de la participation semble bien illusoire, pour ne pas dire que cela reviendrait à lâcher la proie pour l’ombre.
(1) Aix-en-Provence, Dijon, Grenoble, Nantes, Rennes, Saint-Denis (La Réunion), Strasbourg et Toulon.
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Finances locales
Pour renforcer la cohésion territoriale, la Cour des comptes préconise de réduire les inégalités de ressources toujours « excessives » entre collectivités
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Bien que de nombreux dispositifs existent pour atténuer les écarts de richesse entre collectivités, la Cour des comptes les juge encore bien trop « limités ». Face aux inégalités « considérables » qui persistent, elle suggère « d'amplifier et de mieux cibler » la péréquation.
La cohésion des territoires est « affaiblie » par la disparité du niveau des ressources financières dont bénéficient les collectivités. C’est ce que constate la Cour des comptes dans son nouveau rapport public annuel, publié mercredi, dans lequel elles estime qu’il convient « d’amplifier et de mieux cibler » la péréquation pour remédier à cette situation.
Consacré, cette année, au thème de la cohésion territoriale et l’attractivité des territoires, le rapport de l’institution de la rue Cambon s’interroge, dans un de ses chapitres, sur le rôle que jouent les collectivités dans ce domaine et les moyens mis à leur disposition. Car si ces dernières exercent des « compétences homogènes », elles disposent de « ressources inégalement importantes » et ce, pour « des raisons en grande partie étrangères à leurs choix politiques ou à la qualité de leur gestion », assurent les magistrats financiers.
Des inégalités « considérables »
En cause notamment, les dispositifs de péréquation qui, s’ils permettent d’atténuer les écarts de richesse entre les collectivités, n’empêcheraient pas les inégalités de ressources d’être « encore excessives ». Un état de fait qui « affecte la cohésion des territoires et l’attractivité de celles des collectivités, urbaines ou rurales, peu à même de financer une offre de services publics abondante et de qualité », selon eux.
Malgré les nombreux dispositifs existants pour atténuer les écarts de richesse entre elles, la péréquation n’aurait finalement qu’une « portée limitée » puisqu’elle ne représente en moyenne qu’une « part réduite » des recettes de fonctionnement des collectivités : 6,3 % pour les communes et les intercommunalités, 4,9 % pour les départements et 0,1 % pour les régions
« De fait, les inégalités de richesse entre collectivités après péréquation restent considérables au détriment de l’attractivité pour les entreprises et les ménages des territoires défavorisés par leurs structures économiques, la sociologie de leurs habitants ou leur géographie », détaille la Cour qui souligne que « les différences de capacité d’action des collectivités qui en résultent contribuent à des inégalités de chances entre leurs habitants ».
Pour rappel, les dispositifs de péréquation étaient évalués à 14,4 milliards d’euros au total en 2024. D’un côté, 10,2 milliards d’euros de péréquation verticale qui permettent de moduler les transferts financiers de l’État aux collectivités, via la DGF essentiellement. Et de l’autre, 4,2 milliards d’euros de péréquation horizontale qui s’opèrent via des prélèvements de recettes sur les collectivités les plus riches avant d’être réaffectées à celles qui sont les plus défavorisées. Le fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales (Fpic) en est l’un des exemples. Cette péréquation horizontale serait, toutefois, « en grande partie au point mort » avec des concours qui « stagnent », selon la Cour.
Manque d’efficacité et défauts de conception
« Nombreux et complexes », ces dispositifs procurent certes « des ressources notables à un grand nombre » d’entre elles, mais « ils manquent d’efficacité », regrettent également les magistrats financiers, qui pointent « le caractère insuffisamment redistributif de ses dispositifs ». Résultat, les effets de la péréquation sont « amoindris ».
Une situation qui s’explique notamment par des « défauts de conception des dispositifs de péréquation eux-mêmes ». Parmi les six défauts de conception relevés par la Cour, on peut retenir le « manque de sélectivité » qui conduit notamment à rendre éligibles à la fraction « péréquation » de la dotation de solidarité rurale (DSR) plus de 33 000 communes, soit 97,8 % des communes de moins de 10 000 habitants.
La Cour déplore également « une prise en compte mal assurée des charges des collectivités », « un potentiel financier qui omet de manière injustifiée des recettes fiscales libres d’emploi pour les collectivités » ou encore « une prise en compte partielle de l’effort fiscal ». Sans compter le « maintien à l’écart d’une part prépondérante des concours de l’État aux collectivités, "fossilisés" en fonction de données historiques sans lien avec la situation actuelle des collectivités ».
« À tort, la complexité des dispositifs de péréquation tend à faire de la répartition des ressources entre les collectivités une question technique qui serait réservée à quelques spécialistes, alors qu’elle concerne au premier chef les citoyens et leurs représentants », fait-elle aussi valoir.
Accroître le fonds de péréquation horizontale
Dans ce contexte, la Cour formule donc plusieurs recommandations qui ont vocation à être « mises en œuvre au cours de la période couverte par les mandats municipaux 2026-2032, de manière progressive et concertée avec les représentants des collectivités » – qui ne devraient, loin s’en faut, pas tous être favorables à ces préconisations.
L’objectif est d’« amplifier » et de « mieux cibler » la péréquation afin qu’elle soit « plus forte et mieux conçue ». Les magistrats financiers souhaitent donc, en premier lieu, « basculer intégralement, au sein de la DGF, les montants des dotations forfaitaires des communes et des départements et de la dotation de compensation des intercommunalités vers les dotations de péréquation » dans le but d’« éliminer les biais contre-péréquateurs ».
Ils préconisent également de « répartir intégralement » les transferts de recettes de la TVA aux collectivités « en fonction de critères péréquateurs de ressources et de charges fondés sur des données contemporaines », à l’exception des sommes affectées au Fonds national d’attractivité économique des territoires.
Par ailleurs, Ils suggèrent d'accroître le montant de « l’ensemble des fonds de péréquation horizontale » et « réviser les critères de versement du fonds de solidarité régional afin d’en faire bénéficier de nouvelles régions ». Enfin, ils proposent de « renforcer le rôle péréquateur des intercommunalités, notamment en généralisant à la totalité d’entre elles l’obligation d’établir un pacte financier et fiscal ».
Reste que tout cela devra se faire « sans accroître les transferts financiers de l’État aux collectivités, contraints par l’impératif du redressement des finances publiques ».
Du côté des associations d'élus, on peut noter que si l’AMF dit être « favorable » à l’amélioration de la péréquation et de ses mécanismes et partage « une partie des constats » de la Cour, elle est toutefois « en désaccord profond avec la plupart des préconisations formulées ».
Que ce soit sur « le basculement de l’intégralité des parts forfaitaires de la DGF vers les dotations de péréquation », « la recommandation de répartir la quasi-totalité des recettes de TVA transférées aux collectivités en fonction de critères péréquateurs » ou bien encore s’agissant de la recommandation d'accroître le montant des fonds de péréquation horizontale et « l’obligation de constituer des pactes financiers et fiscaux pour les communautés de communes et d’agglomération [qui] serait une erreur stratégique ».
Alors que la DGF devrait baisser « dans plus de la moitié des communes » cette année, on peut rappeler que le Comité des finances locales a décidé que la hausse globale de 300 millions d'euros des dotations de péréquation (DSR et DSU) sera, cette année, davantage financée par les communes – à hauteur de 80 % du fait de l'effort déjà important demandé aux EPCI dans le budget 2026.
Consulter la partie du rapport consacrée à la péréquation.
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Élus
Les magistrats devront rencontrer personnellement les nouveaux maires « dans les meilleurs délais »
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Dans une circulaire adressée à tous les présidents de tribunaux et procureurs, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, leur demande de rencontrer rapidement les maires nouvellement élus pour « leur présenter leurs prérogatives ».
Signée le 25 mars, cette circulaire repérée par nos confrères de La Gazette des communes s’adresse aux présidents des cours d’appel et des tribunaux judiciaires ainsi qu’aux procureurs.
Il leur est rappelé que l’action des maires « est déterminante tant pour prévenir la délinquance que pour assurer l’exercice (des) libertés publiques ». Aussi, le ministre de la Justice juge « essentiel » que les maires nouvellement élus soient « accompagnés » et éclairés sur « l’articulation de certaines de leurs missions avec celle de l’autorité judiciaire ».
Il est donc demandé aux magistrats « d’organiser une rencontre dans les meilleurs délais » – « dans les deux mois prochains », a ajouté le ministre à la main – pour leur présenter leurs prérogatives notamment en tant qu’officiers de police judiciaire et d’état civil.
Réunion de présentation et de sensibilisation
Les procureurs, en lien avec les préfets, devront réunir les maires (nouvellement élus ou pas) pour « leur présenter les attributions qu’ils exercent au nom de l’État ». Cette réunion est, rappelons-le, une obligation légale prévue par l’article L2122-34-1 du Code général des collectivités territoriales.
Le ministre propose de mettre à l’ordre du jour de ces réunions, au-delà de la présentation des attributions des maires en tant qu’officier d’état civil, prévue par la loi, « les attributions du maire en matière de prévention de la délinquance ». Ils devront être « sensibilisés à l’importance de la tenue des conseils locaux ou intercommunaux de sécurité et de prévention de la délinquance », note le ministre, et avertis de « la nécessité de développer l’offre de postes de travail d’intérêt général pour favoriser l’insertion professionnelle ».
Gérald Darmanin souhaite également que cette réunion soit l’occasion d’évoquer les attributions du maire en matière de police judiciaire. En matière de police municipale, il est rappelé que « l’efficience du continuum de sécurité doit passer par la formalisation de conventions de coordination dont les procureurs de la République sont signataires, afin d’instaurer un climat de confiance mutuelle ».
« Immersion »
Les maires, poursuit le ministre, doivent avoir une bonne connaissance du fonctionnement de la justice. Il est donc conseillé aux magistrats d’organiser des « journées d’immersion au sein des juridictions », pendant lesquelles les maires pourraient assister aux audiences afin « d’illustrer la réalité quotidienne de l’activité juridictionnelle » et de « lever les incompréhensions mutuelles ». Le ministre ne propose pas, ce qui est peut-être dommage, la réciproque, à savoir des journées « d’immersion » des magistrats dans le quotidien des maires, ce qui pourrait peut-être aussi permettre de lever quelques « incompréhensions ».
Le ministre encourage les magistrats à signer avec les maires des « protocoles » sur l’échange d’informations, et à leur rappeler « leur droit à être informés des suites réservées aux signalement effectués ». Les maires peuvent également être informés par écrit en cas de condamnation d’une personne qu’ils emploient (article 11-2 du Code de procédure pénale).
Enfin, Gérald Darmanin rappelle que depuis la loi du 21 mars 2024 sur la sécurité et la protection des maires et des élus locaux, le procureur peut (dans les communes de 1 000 habitants et plus) utiliser un espace (panneau) mis à disposition par la commune pour « diffuser toute communication en lien avec les affaires de la commune ».
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Emploi
Le passage à la retraite ferait reculer le taux de pauvreté, selon la Drees
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Le taux de pauvreté des personnes nouvellement retraitées s'établissait à 8,3 % en 2020, alors qu'il était encore de 12,4 % pour ces mêmes personnes un an plus tôt. Toutefois, ces dernières « modifient peu leur position dans l'échelle des niveaux de vie ».
Le constat peu paraître contre-intuitif, mais le passage à la retraite fait baisser le taux de pauvreté des personnes concernées, selon une étude publiée hier et réalisée par la Direction de la recherche des études de l’évaluation et des statistiques (Drees) qui a, pour la première fois, produit une analyse de la variation du niveau de vie au moment du départ à la retraite (de 2012 à 2020).
La pauvreté chute de 4 points en passant à la retraite
Ce travail réalisé en partenariat avec l'Institut des politiques publiques (IPP) permet ainsi de constater que le taux de pauvreté des personnes nouvellement retraitées s’établissait à 8,3 %, alors qu'il était encore de 12,4 % pour ces mêmes personnes au cours de l'année précédant leur départ à la retraite. Soit une baisse de 4,1 points de pourcentage.
Et ce résultat n’est pas le fruit du hasard puisqu’il se retrouve « de façon stable » pour l'ensemble des cohortes de nouveaux retraités de 2012 à 2020. À la différence près que la baisse se situait, selon les années, « entre 3,2 et 4,7 points de pourcentage ».
En outre, cette réduction du taux de pauvreté « s'observe parmi tous les groupes de nouveaux retraités, quel que soit le statut d'activité avant la retraite ou les conditions de départ ». Que ce soit des personnes encore en emploi, au chômage, en invalidité…
Moins surprenant, les inégalités entre catégories persistent après le départ à la retraite. « Bien que leur risque d’être pauvre diminue dans l’absolu, les personnes qui avaient un risque plus élevé de pauvreté juste avant la retraite en ont toujours un relativement plus haut que les autres après le départ à la retraite », expliquent les auteurs de l’étude.
Reste que la baisse a tendance à être plus forte dans les groupes où la pauvreté était la plus fréquente, comme les chômeurs (10,3 point), dont le taux de pauvreté recule à 12,1 % après leur départ en retraite, contre 22,5 % avant. La diminution était, en effet, beaucoup moins forte (0,7 point) pour les personnes en emploi juste avant la retraite (de 5,6 % à 4,9 %).
L’échelle des niveaux de vie « peu modifiée »
Bien que les inégalités se réduisent, les positions individuelles dans l'échelle des niveaux de vie évoluent modérément. Ainsi, « si le départ en retraite permet bien de réduire les inégalités de revenus (...) cette réduction reste d'ampleur modérée et le départ modifie peu la position des personnes dans l'échelle des niveaux de vie », souligne la Drees.
« La moitié des nouveaux retraités demeurent finalement dans la même catégorie de niveau de vie avant et après leur départ à la retraite tandis que 41 % évoluent dans une catégorie adjacente. Les personnes qui changent de catégorie se répartissent de façon presque uniforme entre ceux dont le niveau de vie s’améliore et ceux pour lesquels il baisse : 22 % des nouveaux retraités passent dans un groupe de niveau de vie plus élevé après leur départ à la retraite, tandis que 28 % d’entre eux passent dans une catégorie plus modeste », relèvent ainsi les auteurs de l’étude.
En ce qui concerne le montant des pensions, ces derniers considèrent que le niveau de vie est « relativement préservé ». En effet, la moitié des nouveaux retraités qui étaient encore en emploi avant leur départ ont une pension inférieure à 75 % de leur ancien revenu d'activité, l'autre moitié ayant une pension supérieure à ce niveau.
Reste que la baisse de revenu après la retraite « apparaît atténuée si l'on considère l'ensemble des revenus avant impôt du ménage de la personne nouvellement retraitée (baisse médiane de 14 %), et plus encore si l’on considère le niveau de vie (baisse médiane de 9 %) », juge la Drees qui note qu’un peu plus d’un tiers (35 %) des personnes en emploi juste avant la retraite voient même leur niveau de vie augmenter à la retraite.
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Elections municipales
Municipales : le « privilège de l'âge » en cas d'égalité des voix en question
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Les règles du Code électoral, qui bénéficient aux plus âgés en cas d'égalité des voix, passent mal à Val-de-Scie, ville de Seine-Maritime de 2 600 habitants, où cet improbable scénario s'est produit dimanche au deuxième tour des municipales. Sept communes au total ont connu une égalité parfaite. Une pétition a été lancée pour réécrire la loi.
Lors du dépouillement, voix après voix, après recomptage, la liste du maire sortant Christian Suronne a récolté autant de bulletins (642) que celle de la liste citoyenne menée par Adèle Bourgis. Pour une victoire finalement accordée au maire sortant au privilège de l'âge, la moyenne d'âge des candidats de sa liste étant plus élevée.
« Au fur et à mesure des résultats, on a vu approcher l'égalité et on la redoutait parce que c'était évident qu'on était plus jeunes. C'était un peu la consternation », confie à l'AFP Adèle Bourgis, 37 ans, professeure de chant.
Même nombre de voix... mais 21 sièges de moins
Un sentiment de dépit encore accentué par la répartition des postes au conseil municipal à l'issue d'un calcul complexe. Sur les 27 sièges, la liste de Mme Bourgis, en obtient six.
« C'est fou, on représente quasiment 50 % de la population, puisqu'il y avait une troisième liste qui a fait un tout petit résultat et on va être représentés à 22 % au conseil ! », s'indigne Adèle Bourgis. « Alors qu'on a une démocratie un petit peu en difficulté, le message donné est catastrophique », cingle-t-elle.
Pour l’attribution du dernier siège – le 27e au conseil municipal – préférence a là aussi été donnée à l'âge, écartant ainsi Émilie Masseron, 43 ans, colistière d’Adèle Bourgis. « On est allé de déception en déception. Cette loi date du XIXe siècle, on est quand même au XXIe siècle ! Il faudrait que les choses changent alors qu'on demande aux jeunes de s'investir dans la politique », estime Émilie Masseron, qui travaille dans la communication.
Ce scénario rocambolesque a fait réagir de nombreux internautes, une pétition, demandant la réécriture de l'article L262 du Code électoral, a déjà été lancée sur le site de l'Assemblée nationale. Intitulée « Cas d'égalité aux élections : la valeur n'attend point le nombre des années ! », la pétition propose d'organiser une « gouvernance partagée », un troisième tour, « une alternance organisée » ou encore un tirage au sort.
Sept communes dans ce cas de figure
Sept communes au total ont connu une égalité parfaite au second tour des élections municipales.
Mais comment expliquer une telle prime à l'âge ? « C'est lié à l'histoire institutionnelle républicaine qui veut que l'âge soit associé à la sagesse et à la stabilité », explique le politologue Romain Pasquier. « Et, en cas d'égalité, il faut bien trouver une solution. Historiquement, la prime était au plus âgé dans des sociétés où il y avait beaucoup de jeunes. Mais effectivement, on peut se poser la question de la prime au plus ancien dans des sociétés qui déjà vieillissent : c'est vrai que c'est sans doute peut-être à revisiter mais ce sera difficile à faire évoluer », relève Romain Pasquier, directeur de la recherche à Sciences Po Rennes.
Pour manifester leur mécontentement, lors du conseil municipal d'installation, la liste perdante appelle tous ses soutiens à se rendre vendredi à 18 h 30 devant la mairie normande en brandissant une carte d'électeur.
Christian Suronne, 79 ans, qui siège au conseil municipal depuis 1977 et qui devrait entamer vendredi son cinquième mandat comme maire, dit « comprendre la frustration » de la liste perdante, se disant même « étonné » par la règle d'attribution des sièges. Mais « je n'en aurais pas fait tout un pataquès. Moi aussi, il y a des lois qui ne me plaisent pas. Mais je ne dis rien et je respecte la loi ».
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Journal Officiel du vendredi 27 mars 2026
Ministère chargé des Transports
Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature
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