Édition du lundi 9 février 2026

Décentralisation
Décentralisation : le gouvernement veut-il transférer une partie de ses dépenses aux collectivités ?
Le Premier ministre a donné, en fin de semaine dernière, une interview à plusieurs quotidiens de la presse régionale pour dévoiler son calendrier législatif pour les mois à venir. Trois textes devraient être présentés sur la décentralisation, avec la volonté affichée de permettre des économies pour l'État. 

« La France a un budget ! ». Sébastien Lecornu, dans l’interview qu’il a accordée à Ouest-France et d’autres quotidiens régionaux, se félicite que sa « méthode » ait finalement permis d’aboutir à un compromis sur le budget, alors que « peu y croyaient ». S’il a dû certes rompre – « à regret » – sa promesse de ne pas faire usage du 49.3, il estime avoir eu raison de le faire, car « un entêtement personnel aurait privé la France d’un budget ». 

Nucléaire et éolien terrestre

Et maintenant ? Après cet interminable feuilleton de plus de quatre mois pour parvenir à faire adopter un budget, le Premier ministre égrène les sujets qui vont être à l’ordre du jour dans les mois à venir, se défendant de toute volonté d’inaction. 

La première urgence, pour le chef du gouvernement, est la programmation pluriannuelle de l’énergie – avec une annonce importante : celle-ci sera signée « en fin de semaine », donc d’ici au vendredi 13 février. En préparation depuis 2021, la « PPE » a déjà pris beaucoup de retard puisqu’elle aura dû être publiée en 2023. 

Sébastien Lecornu annonce que cette PPE mettra en musique les annonces faites par le chef de l’État lors de son discours de Belfort, en février 2022 : ce seront bien « six EPR » (réacteurs nucléaires de nouvelle génération) qui seront planifiés dans la PPE. Emmanuel Macron, en 2022, avait évoqué la mise en service d’un premier réacteur en 2035, mais cette échéance paraît aujourd’hui difficilement tenable.

Autre annonce importante : le gouvernement n’a aucune intention de réduire la part des énergies renouvelables. Sébastien Lecornu décoche en passant une pique contre « certains acteurs politiques » (Bruno Retailleau, en l’occurrence) qui ont « laissé courir le bruit qu’il y aurait un moratoire ». « Ces querelles d’hier opposant le nucléaire et les renouvelables sont idiotes ». La PPE va donc prévoir de vastes investissements « dans l’éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie ». En revanche, le gouvernement semble bien s’orienter vers un ralentissement de l’éolien terrestre, « source de conflit localement » : plutôt que de privilégier le développement de nouveaux parcs, Sébastien Lecornu souhaite aller vers « la remotorisation des parcs existants avec des turbines plus puissantes ». 

Décentralisation : la charrue avant les bœufs ?

Autre chapitre très attendu : la décentralisation. On se rappelle que depuis son entrée en fonction, en septembre, Sébastien Lecornu a évoqué une nouvelle loi de décentralisation qui, depuis, se fait attendre, avec de nombreuses annonces contradictoires : le Premier ministre avait un temps évoqué une adoption avant les municipales – ce qui paraissait pour le moins utopique –, alors que sa ministre de la Décentralisation, Françoise Gatel, indiquait il y a quelques semaines encore que ce serait peut-être « un sujet pour la présidentielle de 2027 ». 

Finalement, Sébastien Lecornu a tranché : la décentralisation sera bien un sujet du quinquennat actuel et n’attendra pas 2027, et fera l’objet de trois projets de loi. Un premier texte va être présenté très rapidement, avant le 22 février. Il portera sur « une cinquantaine de mesures de simplification et de clarification » sur « la vie des collectivités locales ». Le Premier ministre n’en dit pas plus sur le contenu de ce texte ni sur son articulation avec le « méga-décret » de simplification dont la publication est toujours en attente. 

Le deuxième texte « suivra », après les élections municipales. Il portera sur « la réforme de l’État, la décentralisation et la clarification d’un certain nombre de compétences ». 

Une fois encore, tout cela est bien précipité : ces textes vont donc être concertés quelques semaines avant les élections municipales – à un moment où les élus locaux sont, pour la plupart, occupés à bien autre chose.

Mais le plus inquiétant est ailleurs. Le Premier ministre, en effet, ne cache pas ses intentions : « La situation de nos finances publiques (rend) urgent de recentrer l’État sur certaines missions, il doit donc s’en remettre plus clairement à d’autres acteurs publics (…) pour exercer certaines compétences ». Et de citer, en exemple, « les transports, le logement ou le médico-social ». 

Beaucoup de points étonnent ou inquiètent dans ces déclarations. D’abord, le fait de citer le transport, qui est déjà presque totalement décentralisé. Ensuite, et surtout, l’argument selon lequel le mouvement de décentralisation prévu a pour cause « la situation de nos finances publiques », ce qui sous-entend clairement qu’il y a là une volonté d’économies budgétaires pour l’État. 

Mais les associations d’élus se sont pourtant montrées très claires : si la décentralisation prévue signifie des transferts de compétences sans moyens de les exercer, ce sera un casus belli. Et en l’espèce, on ne voit pas ce que le Premier ministre a à proposer : il ne parle pas de rendre des marges de manœuvre aux collectivités via l’impôt local et souhaite, en même temps, que l’État fasse des économies en décentralisant des compétences… Ces annonces ont de quoi faire surgir une certaine méfiance.

Sébastien Lecornu prévoit un troisième texte sur « la simplification » de la Métropole du Grand Paris. 

Enfin, il annonce que la question des « ressources financières locales » va faire l’objet d’une « mission parlementaire », qui va être désignée « dans les prochains jours ». Combien de temps aura cette mission pour rendre ses conclusions, et quelles seront-elles ? On l’ignore. Mais il ne faudrait pas mettre la charrue avant les bœufs : présenter un texte modifiant l’actuel équilibre des compétences entre l’État et les collectivités avant d’avoir résolu la question des « ressources financières locales » paraitrait, pour le moins, contre-productif. 




Elections municipales
Paris, Lyon, Marseille et communes de la métropole de Lyon : des règles particulières pour l'organisation du scrutin des 15 et 22 mars
Le ministère de l'Intérieur a publié une dernière circulaire sur l'organisation des élections, dédiée aux cas spécifiques des villes de Paris, Lyon et Marseille. Une organisation dont la complexité paraît d'ores et déjà considérable.

C’est le dernier étage de la fusée : après une série de textes publiés sur l’organisation matérielle des élections municipales dans l’ensemble des communes, l’affichage électoral, l’accessibilité des bureaux de vote, le nuançage des listes, le ministère de l’Intérieur traite les cas particuliers : celui des communes dans lesquelles sont utilisées des machines à voter a été traité fin janvier (lire Maire info du 28 janvier). Il restait la question des modalités du scrutin à Paris, Lyon et Marseille, qui a fait l’objet d’une circulaire spécifique en fin de semaine dernière. Et il faut bien les 28 pages de cette circulaire pour tenter d'expliquer un dispositif qui risque de donner des migraines à plus d'un maire. 

Deux ou trois scrutins

Pour mémoire, le principal changement, dans ces trois communes, est induit par la loi du 11 août 2025 qui y a profondément modifié le mode de scrutin : deux élections concomitantes vont s’y dérouler, les 15 et 22 mars, voire trois à Lyon. En effet, cette loi dispose que les conseillers d’arrondissement (à Paris, Lyon et Marseille) seront désormais élus à part, lors d’un scrutin distinct de celui qui permettra l’élection du conseil municipal, à Lyon et Marseille, et du Conseil de Paris. À Lyon, le troisième scrutin permettra d’élire les conseillers métropolitains.

Par ailleurs, dans toutes les communes de la métropole de Lyon (hors Lyon) auront lieu deux scrutins : l’élection des conseillers municipaux de chaque commune et celle des conseillers métropolitains. 

Tout l’enjeu de ces élections sera donc d’organiser les bureaux de vote « de façon à éviter toute confusion dans l’esprit des électeurs », souligne le ministère de l’Intérieur.

Listes d’émargement

Le ministère précise qu’à l’issue de la réunion de la commission de contrôle des listes électorales (entre le 19 et le 22 février), il est possible de ne publier qu’un seul tableau des inscriptions et radiations pour les deux (ou les trois) scrutins. Il est également utilement rappelé que les ressortissants européens inscrits sur les listes complémentaires ne sont pas autorisés à prendre part à l’élection des conseillers à la métropole de Lyon (mais peuvent, en revanche, voter aux élections municipales). 

En revanche, il est nécessaire d’extraire « une liste d’émargement par scrutin », « y compris lorsque ces scrutins ont lieu dans la même salle de vote ». « Pour éviter toute discordance entre les listes d'émargement pour les différents scrutins, s'agissant notamment de procurations établies tardivement, [les maires sont] invités à éditer concomitamment les listes d'émargement pour chaque scrutin au sein d'un même bureau de vote, de telle façon que les mêmes informations concernant un électeur figurent sur chaque liste d'émargement sur laquelle il apparaît ». Dans les communes de la métropole de Lyon, il faudra expurger de la liste d’émargement les ressortissants européens pour les élections métropolitaines. 

Pour les élections municipales, seules les communes de 2 500 habitants ou plus sont concernées par l’obligation, pour les candidats, de remettre les bulletins de vote à la commission de propagande. En revanche, pour les élections métropolitaines de Lyon, toutes les communes sont concernées par cette obligation, y compris celles de moins de 2 500 habitants. 

Afin, là encore, d’éviter toute confusion, les enveloppes seront de couleurs distinctes pour les différents scrutins : celles des élections municipales seront de couleur kraft. Il faudra donc d’autres couleurs pour les élections aux conseils d’arrondissement et pour les élections métropolitaines, qui seront, de toute façon, fournies par les préfectures. 

Le registre des procurations, lui, sera commun aux deux (ou trois) scrutins, puisqu’une procuration est valable pour tous les scrutins ayant lieu le même jour.

Emplacements d’affichage

Comme partout, les emplacements d’affichage sont tirés au sort. Mais à Paris et Marseille, deux tirages auront lieu, et à Lyon, trois. Dans les communes de la métropole de Lyon, hors Lyon, il y aura également deux tirages au sort, l’un pour les emplacements dédiés aux municipales et l’autre pour ceux consacrés aux élections métropolitaines.

Dès le 2 mars (démarrage de la campagne officielle), les séries de panneaux devront être installées, « de telle sorte que les électeurs puissent distinguer celle qui concerne l'élection municipale de celle qui concerne l'élection des conseils d'arrondissement, et pour Lyon ainsi que les communes de la métropole de Lyon, de celle de l'élection métropolitaine », par exemple un laissant un espace entre les séries de panneaux. 

Agencement des bureaux de vote

Un « soin particulier » devra être apporté à l’agencement des bureaux de vote pour éviter la confusion chez les électeurs : chaque bureau de vote devra être « dédoublé ou triplé » pour que les suffrages de chaque scrutin soient recueillis « séparément ». 

Il est exclu de mutualiser la table de vote, l’urne, la table de décharge et la liste d’émargement, qui seront donc systématiquement dédoublées ou triplées. Les maires peuvent, au choix, aménager chaque scrutin dans des salles différentes ou dans la même salle. Dans le cas d’une salle commune, il conviendra de « nettement séparer » les deux (ou trois) parties de la salle, d’aménager des parcours de vote distincts et clairement délimités par « un obstacle continu » (barrière, rubalise…). Il est fourni, dans la circulaire, des schémas représentant les configurations possibles.

Il est, en revanche, possible de mutualiser les affiches d’information générale et le Code électoral. Mais les affiches « spécifiques à chaque scrutin » doivent être affichées dans chacun des bureaux de vote, notamment celle qui présente les cas de nullité des bulletins de vote. 

Détail très important : lorsque l’option d’une salle de vote unique a été choisie, il est possible de mutualiser entre les deux ou trois bureaux les fonctions de président et de secrétaire du bureau de vote. Les assesseurs, en revanche, ne peuvent être mutualisés, et doivent être au nombre minimal de deux pour chaque scrutin. Il faudra donc a minima quatre assesseurs par salle de vote à Paris et Marseille et six par salle de vote à Lyon. 

Concernant les isoloirs, la circulaire n’est pas d’une clarté sibylline, puisqu’il est à la fois indiqué qu’il n’est « pas nécessaire » de les dédoubler … mais que « chaque isoloir doit être affecté à un unique scrutin ». On retiendra cette dernière règle, qui est confirmée par les schémas fournis en annexe : il n’est pas possible de mutualiser les isoloirs.
Le reste de la circulaire est consacré au dépouillement et à la transmission des résultats. Attention : les règles habituelles restent de mise dans ces scrutins multiples : au moins quatre scrutateurs doivent être désignés pour le dépouillement de chaque scrutin – ce qui obligera à trouver 8 scrutateurs par salle de vote à Paris, Marseille et dans les communes de la métropole de Lyon hors Lyon, et douze à Lyon. 




Politique de l'eau
Une proposition de loi pour protéger l'eau potable examinée cette semaine à l'Assemblée nationale
Une proposition de loi visant à protéger les captages d'eau potable portée par le député écologiste de Loire-Atlantique Jean-Claude Raux va être examinée en séance le 12 février prochain.

Le texte déposé par le député Jean-Claude Raux en décembre 2025 sera finalement discuté en séance publique à l’Assemblée nationale jeudi, à l’occasion de la journée d’initiative parlementaire du groupe Écologiste et Social.

Près de 33 000 captages d’eau potable fournissent, en France, les deux tiers de l’eau consommée. La protection de ces captages est une priorité mise en avant depuis la loi sur l’eau de 1992. Plus de 14 000 captages ont été fermés au cours des dernières années, du fait de leur pollution par les pesticides ou les nitrates, et le mouvement s’accélère : du fait du dérèglement climatique, la baisse du niveau des nappes phréatiques augmente mécaniquement la concentration en polluants.

Au-delà des traditionnels pesticides et nitrates, les chercheurs mettent aussi en avant ces dernières années les nouveaux dangers liés aux Pfas – les fameux « polluants éternels » dont la présence n’était pas testée il y a quelques années encore, et dont on découvre peu à peu qu’ils sont présents partout. « En 2024, 19,20 millions de Françaises et Français ont bu au moins une fois une eau non conforme », estime le député. 
Pour faire face, la priorité, selon Jean-Claude Roux, est de mieux protéger les aires d’alimentation des captages (AAC), c’est-à-dire ces zones de surface dans lesquelles l’eau s’infiltre pour alimenter une ressource souterraine en eau. 

Deuxième round 

Ce n’est pas la première fois que ce texte fait l’actualité. Le député du groupe écologiste et social avait déposé une première version d’une proposition de loi pour protéger durablement la qualité de l'eau potable en octobre 2024, finalement remplacée par une autre version déposée en décembre 2024. Le texte avait été adopté en commission à l'Assemblée nationale en février 2025 mais rejeté par les députés en séance publique (lire Maire info du 13 février 2025)

On assiste donc à une deuxième tentative de la part du député de la Loire-Atlantique qui a déposé en décembre 2025 cette proposition de loi pour protéger l'eau potable.

Par rapport aux autres textes portés par le député, le texte a été allégé, maintenant une seule mesure phare. L’article 1er du texte propose de rendre systématique la définition d’aires d’alimentation des captages et à obliger l’autorité administrative compétente à élaborer, sur ces aires, « un programme pluriannuel d’actions » pouvant aller jusqu’à la limitation ou l’interdiction d’occuper un sol ou d’utiliser des intrants. Il est ensuite proposé, à compter de 2030, d’interdire l’utilisation d’engrais azotés ou de produits phytopharmaceutiques de synthèse dans les périmètres des AAC.

Le contexte politique n’est pourtant pas davantage favorable à l’adoption d’un tel texte. En effet – après les manifestations du monde agricole qui ont marqué la fin de l’année 2025 et le début de 2026 – Sébastien Lecornu a décidé d'un « moratoire sur toutes les décisions relatives aux questions de la politique de l’eau jusqu’à l’inscription de la loi d’urgence en Conseil des ministres ». Ce texte devrait être inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres d’ici le Salon de l’agriculture qui a lieu du 21 février au 1er mars prochain.

1 100 captages prioritaires

Après son passage en Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire à l’Assemblée, le 4 février dernier, la proposition de loi a été strictement recentrée sur les 1 100 captages prioritaires. Au total, 36 amendements ont été déposés en commission. 

Les captages prioritaires sont recensés dans le cadre des engagements nationaux issus du Grenelle de l’environnement et désignés par arrêté du représentant de l’État dans le département. La liste des captages prioritaires est mise à jour, pour chaque bassin, lors de la révision des schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux.

C’est avec l’adoption d’un amendement proposé par la députée macroniste Nathalie Coggia que le texte a pris une autre tournure. L’amendement adopté en commission recentre les dispositions sur les captages prioritaires uniquement. Les préfets devront également « prendre des mesures de restrictions ou d’interdictions sur les zones les plus contributives, déterminées par la collectivité, au sein de ces captages prioritaires avec une obligation de résultat. Un décret pourra déterminer une liste de captage non-concernés par l’obligation de « résultats » pesant sur le préfet, en raison de leurs caractéristiques spécifiques, et notamment de leurs taux de pollution. »

D’autres modifications ont été introduites dans le texte comme la mise en place systématique de zones soumises à contrainte environnementale (ZSCE) au sein des aires d’alimentation du captage. Le but : renforcer le cadre réglementaire de la ZSCE et mettre autour de la table préfet, collectivités et agriculteurs géographiquement concernés.

Pour le rapporteur du texte, la nouvelle version du texte est « un premier pas certes insuffisant mais significatif pour s’assurer d’avancer sur les captages les plus vulnérables ». Le changement d’échelle est en effet important : seulement 1100 captages seront concernés contre quelque 7 600 captages visés dans le texte originel. 

C’est, selon la commission, un « compromis » qui pourrait permettre au texte d’être adopté en séance jeudi. Reste à voir si ces tentatives de rééquilibrage du texte auront été fructueuses. L’année dernière, une proposition de loi similaire qui proposait l'interdiction de l'utilisation et du stockage de produits phytopharmaceutiques et d'engrais minéraux dans les zones de protection des aires d'alimentation des captages, à compter du 1er janvier 2031 a été rejetée au Sénat. Là aussi le périmètre d’interdiction avait été resserré, mais en vain. Malgré le volontarisme des députés favorables à ce texte, le risque qu’il connaisse le même destin que son homologue du Sénat ne peut pas être écarté si facilement… 




Élections
Proportionnelle : des personnalités de la gauche et du bloc central demandent que le débat soit rouvert
Plusieurs dizaines de responsables de la gauche et du bloc central appellent, dans une tribune publiée hier, au retour de la proportionnelle pour les prochaines élections législatives. 

Comment « débloquer une mécanique politique manifestement grippée et redonner de la vitalité démocratique à notre société » ? À cette question, 70 personnalités politiques de diverses tendances répondent en demandant l’instauration de la proportionnelle aux prochaines législatives.

Gauche, MoDem et EPR

Parmi elles, on notera la signature de l’ancien président de la République François Hollande (PS), des anciens Premiers ministres Élisabeth Borne (Ensemble pour la République) et Bernard Cazeneuve (ex-PS), d’une série d’anciens ministres PS et macronistes (Clément Beaune, Agnès Buzyn, Aurélie Filipetti, Carole Delga, Agnès Pannier-Runacher, Najat Vallaud-Belkcaem, Cécile Duflot…), et enfin de plusieurs dizaines de députés PS, écologistes, MoDem ou Ensemble pour la République. Le patron du MoDem, Marc Fesneau, fait partie des signataires, tout comme la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, et le constitutionnaliste Benjamin Morel. 

C’est donc une coalition de personnalités de ces différentes forces politiques qui souhaitent voir rouvrir ce chantier promis, depuis 2017, par Emmanuel Macron, mais jamais abouti – même si François Bayrou, pendant son bref passage à Matignon, s’y était lui aussi engagé. 

Les signataires rappellent que la France est « le seul pays d’Europe » à utiliser le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour élire ses députés (ce qui ne signifie pas que les autres utilisent tous le scrutin proportionnel : la Grande-Bretagne par exemple, fait usage du scrutin uninominal à un tour, où le gagnant du premier tour emporte directement le siège). Le système actuel, rappellent-ils, « a été conçu pour dégager de larges majorités au sein de l’Assemblée nationale, au risque que celle-ci reflète mal la diversité des opinions des citoyens. Il s’agissait de permettre au camp victorieux de gouverner seul, sans avoir à faire de concessions ». 

Une arme anti-RN ?

Ce temps est, pour les signataires de cette tribune, révolu : la « fragmentation du paysage politique » fait que ces majorités larges « n’existent plus », et que le temps est donc venu « des compromis ». Aujourd’hui, poursuivent-ils, « les contraintes institutionnelles imposées par le maintien du scrutin majoritaire ralentissent voire bloquent souvent » le processus législatif, à l’heure où des décisions urgentes doivent être prises sur de nombreux sujets cruciaux. Or le mode de scrutin actuel favorise des élections « bloc contre bloc », ce qui a pour conséquence de « freiner dans tous les camps la recherche de compromis stables ». 

D’où un paradoxe : la composition de l’Assemblée nationale actuelle « ressemble à celle qui serait issue d’un scrutin proportionnel », mais ses membres demeurent dans une logique de « blocs », parce qu’ils ont en vue leur prochaine réélection. 

Au-delà, les signataires semblent craindre que l’actuel mode de scrutin puisse permettre à l’extrême droite de remporter, aux prochaines élections, la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Ce qui, en cas de victoire du Rassemblement national à la présidentielle de 2027, pourrait conduire à voir le pays « se transformer en régime autoritaire, comme Donald Trump cherche à le faire actuellement aux États-Unis ». 

Ce dernier argument semble, au fond, être le principal : car une instauration de la proportionnelle ne changerait pas fondamentalement, en effet, le visage de l’Assemblée nationale, sur la base des rapports de force actuels. Rappelons qu’en 2024, la gauche (alors rassemblée) avait remporté au premier tour 28,84 % des voix, le bloc central 21,8 % et le RN 33,4 % des suffrages. Sur cette base, avec un scrutin proportionnel, la gauche aurait eu 166 sièges, le bloc central 125 et le RN 192. Aucun parti n’aurait eu la majorité absolue, loin de là, et la situation serait grosso modo la même qu’aujourd’hui.

En revanche, le maintien du mode de scrutin actuel, pour 2027, laisse planer la possibilité de l’obtention par le Rassemblement national de la majorité absolue – a fortiori dans la foulée d’une victoire de ce parti à la présidentielle. C’est, semble-t-il, à cette perspective que semblent vouloir répondre les signataires de la tribune. 

Cette initiative sera-t-elle suivie d’effet ? Il est notable en tout cas que, dans le calendrier législatif qu’il a présenté en fin de semaine dernière (lire article ci-contre), le Premier ministre n’aborde absolument pas cette question, contrairement à son prédécesseur François Bayrou. Quant à la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, elle a clairement indiqué que la réforme n'est pas à l'ordre du jour. 

Conséquences hasardeuses

Par ailleurs, quelle type de proportionnelle les signataires veulent-ils mettre en place ? Ils ne le disent pas. On sait qu’il existe de multiples possibilités, depuis la proportionnelle intégrale avec liste nationale unique jusqu’à une proportionnelle partielle, sur un nombre de sièges restreints, en passant par des listes régionales comme c’est le cas pour les élections européennes.

Il sera également intéressant de voir comment le RN réagira à ce qui ressemble, en réalité, à une offensive institutionnelle contre lui – alors que ce parti a, de tout temps, réclamé lui aussi l’instauration de la proportionnelle. 

Reste à savoir enfin comment une telle réforme, à un peu plus d’un à peine de la présidentielle, serait vécue par les électeurs. À trop mettre en avant le fait que cette réforme aurait pour but d’empêcher le RN de parvenir à établir une majorité absolue, le risque n’est pas nul de voir une partie de l’électoral la ressentir comme une énième manœuvre, ce qui pourrait avoir comme conséquence d’accentuer la volonté de « dégagisme »…

Le débat est, en tout cas, lancé. 




Société
Municipales : un casse-tête pour les sondeurs
Un sondage dans une commune de 50 000 habitants est-il fiable ? Les municipales sont les élections les plus compliquées pour les instituts, qui se limitent à une poignée de grandes villes, au risque d'une image déformée du scrutin.

« Les municipales nous demandent un gros travail car il faut, sur une ville, chercher sa composition sociale, ses votes antérieurs, sa distribution par quartier. Pour une enquête nationale, on a déjà les données », résume Jean-Yves Dormagen de l'institut Cluster 17.

À Perpignan, l'Ifop a par exemple dû interroger des habitants dans pas moins de 22 quartiers pour avoir un échantillon représentatif, souligne son directeur Frédéric Dabi.

Les difficultés sont d'autant plus importantes qu'il faut viser large. « 5 % des Français ne sont pas inscrits sur les listes électorales et 25 % ne le sont pas dans la commune où ils résident », typiquement les étudiants, rappelle Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques. À Bordeaux, fin novembre, OpinionWay a ainsi constitué un échantillon représentatif de la population (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, quartier) de 1 007 personnes. Au final, 705 sont inscrites sur les listes, dont seulement 529 certaines d'aller voter, le chiffre-clé pour les intentions de vote.

Alors que les instituts travaillent pour les études nationales sur environ 1 000 inscrits, les enquêtes municipales, hors Paris, visent plutôt « 6 à 800 » personnes, explique Adélaïde Zulfikarpasic d'Ipsos-BVA, pour avoir a minima 400 votants certains. Mécaniquement, cela augmente un peu la marge d'erreur. « Un échantillon peut être bon à 300 et mauvais à 1 000. L’enjeu majeur, c’est sa représentativité », relativise cependant Jean-Yves Dormagen. Et, si les sondeurs se contentent de cette taille, c'est que, en dehors de Paris, « personne n'a dans ses fichiers un échantillon suffisant pour faire des enquêtes en ligne à Roubaix ou Grenoble », explique Frédéric Dabi. En conséquence, l'Ifop et Ipsos/BVA travaillent avec des enquêteurs au téléphone même si cela leur demande beaucoup plus de travail que par internet. « Il y a 20 ans, il fallait dix appels pour un entretien. Aujourd'hui, il en faut au minimum cinquante car les gens ne répondent plus », relève Adélaïde Zulfikarpasic.

15 000 euros l'enquête

Les enquêtes sont donc plus longues, jusqu'à deux semaines au lieu de deux jours pour une étude nationale, et donc plus coûteuses. « Ce sont des études à faible marge » financière, confirme Bruno Jeanbart d'OpinionWay. Les instituts disent facturer en moyenne 10 à 15 000 euros un sondage local, trois fois plus que pour une enquête nationale en ligne. C'est pourquoi, « dans la plupart des villes, on ne fera qu'un coup de sonde, ce qui ne permet pas de mesurer une dynamique électorale », regrette Frédéric Dabi. Tous instituts confondus, un seul sondage a par exemple été publié jusqu'ici sur Lille et il date de... septembre. Par rapport aux municipales de 2020, le patron de l'Ifop constate aussi un déclin des demandes des médias, reflet de la crise de la presse. Et, si un candidat commande et publie un sondage sur sa ville, il doit l'intégrer dans ses dépenses de campagne, ce qui peut en réfréner certains.

Conséquence de ces contraintes, Bruno Jeanbart juge « très compliqué » de faire des sondages dans des communes de moins de 20 000 habitants. Ipsos et Cluster 17 ne démarrent qu'à 50 000. 99 % des communes passent donc sous les radars, au risque que l'analyse de l'élection se fasse au prisme des seules grandes villes, comme lors de  « la vague écologiste » en 2020. « Le RN peut perdre dans les grandes villes et gagner dans des petites où on ne fait pas de sondages », reconnaît Adélaïde Zulfikarpasic. Par ailleurs, avec un seuil de 10 % facile à atteindre pour se maintenir au second tour et des possibilités de fusion de listes dès 5%, faire des sondages de second tour avant le premier devient périlleux. « À Paris, on peut se retrouver entre deux et cinq listes » au lendemain du 15 mars. « Impossible pour le sondé d'envisager autant de configurations. C'est l'offre du second tour qui sera déterminante », juge Bruno Jeanbart.






Journal Officiel du dimanche 8 février 2026

Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
Arrêté du 5 février 2026 modifiant l'arrêté du 16 juillet 2025 fixant les mesures de surveillance, de prévention et de lutte relatives à la lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse sur le territoire métropolitain
Journal Officiel du samedi 7 février 2026

Ministère de l'Intérieur
Arrêté du 26 janvier 2026 relatif au montant des contributions financières des services d'incendie et de secours au fonctionnement de l'infrastructure nationale partageable des transmissions pour l'année 2026

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