Édition du jeudi 11 septembre 2025

Social
10 septembre : pas de blocage du pays, mais mobilisation d'une partie de la jeunesse
Si le pays n'a pas été « bloqué » hier, la journée d'actions et de manifestations a tout de même réuni, selon le ministère de l'Intérieur, quelque 197 000 personnes, en dehors de tout cadre syndical. C'est essentiellement la jeunesse qui s'est mobilisée. 

Le ministre démissionnaire de l’Intérieur, Bruno Retailleau, s’est félicité de la « mise en échec » du blocage du pays, hier soir, tout en reconnaissant que le mouvement a davantage mobilisé que ce qu’escomptait le Renseignement territorial : alors que ce dernier, la semaine dernière, tablait sur 100 000 participants, ce sont 197 000 manifestants qu’ont comptés hier les services du ministère de l’Intérieur. 

Mais la stratégie mise en œuvre par Beauvau – à savoir un déploiement particulièrement massif de forces de l’ordre pour empêcher les blocages de s’installer – a été payante : les autoroutes, rocades, gares, centres logistiques visés par les « bloqueurs » ont rapidement été débloqués. On peut néanmoins penser que même sans ce déploiement policier, le nombre de personnes mobilisées lors de cette journée était très largement insuffisant pour réellement bloquer le pays, comme le mouvement en affichait l’ambition. Ce, en particulier, parce qu’il n’y a quasiment pas eu de grève, hier, pas de mobilisation massive des salariés du privé comme du public. Du fait, peut-être, de la très grande tiédeur – pour ne pas dire méfiance – des organisations syndicales vis-à-vis d’un mouvement dont elles n’étaient pas à l’origine, les gros bataillons de salariés sont restés à l’écart d’un mouvement surtout marqué par la présence de jeunes lycéens et étudiants. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :  celui de 197 000 participants est, par exemple, à comparer à celui de la première manifestation contre la réforme des retraites du 19 janvier 2024, qui avait compté 1,12 million de participants selon le ministère de l’Intérieur. 

Une partie de la jeunesse mobilisée

Pour autant, le ministère de l’Intérieur n’a pas forcément raison de crier victoire. Si, en effet, le mouvement n’a pas atteint ses objectifs, il révèle néanmoins une forme d’exaspération dans la jeunesse qui devrait alerter le gouvernement. Les arguments de l’exécutif, consistant à dénoncer la main « de l’extrême gauche et de l’ultra gauche » derrière un mouvement qui a été, en plusieurs endroits, marqué par des violences et des dégradations, ne suffisent pas pour expliquer la mobilisation souvent assez massive de jeunes dont tous, loin de là, ne sont pas des « casseurs ». 

D’ailleurs, le nombre de rassemblements et de manifestations décompté par le ministère de l’Intérieur est plus de deux fois supérieur au nombre « d’actions de blocage » (596 contre 253), ce qui signifie que, malgré la volonté affichée du mouvement de « tout bloquer », de nombreux participants avaient plus classiquement envie de défiler pour exprimer une colère, une exaspération parfois diffuse, à la fois sur la situation politique bloquée, la dégradation des conditions de vie et d’enseignement, la crise climatique, la montée de l’extrême droite ou les risques de guerre – autant de thèmes mentionnés dans les slogans et sur les panneaux brandis par les manifestants. Beaucoup d’entre eux exprimaient une forme de dégoût de la politique et de désillusion sur la possibilité de voir les choses évoluer par la voie électorale – ce qui n’a rien de surprenant au vu de la situation politique du pays. Mais la revendication la plus largement partagée au sein des cortèges reste le départ d’Emmanuel Macron. Si le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, a été la cible de bien des quolibets, c’est bien le chef de l’État qui reste le point de cristallisation de l’exaspération. 

Des violences relativement contenues

La journée a été également marquée par des tensions entre forces de l’ordre et manifestants, avec un bilan final de 521 interpellations et, dans quelques grandes villes, des feux de poubelle et des dégradations de mobilier urbain. Mais il n’a guère été constaté, comme lors de certaines manifestations récentes, de destructions massives de commerces – bris de vitrines, pillages ou incendies. 

Il reste à savoir si cette journée a été l’expression éphémère du ras-le-bol d’une partie – minoritaire – de la jeunesse du pays ou, au contraire, le début d’un mouvement de contestation plus profond. Et par ailleurs, si cette ébullition d’une partie de la jeunesse peut s’agréger avec le mouvement social – ce qui serait plus inquiétant pour le gouvernement. La réponse à ces questions viendra les jours prochains – plusieurs manifestations se sont conclues, hier, par la décision de manifester à nouveau aujourd’hui – et surtout la semaine prochaine, le jeudi 18 septembre, où ce sont cette fois toutes les organisations syndicales qui ont appelé à la grève. 

Consultations

D’ici là, une actualité politique plus classique va reprendre le devant de la scène, avec la suite des « consultations » menées par le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, avec les forces politiques présentes à l’Assemblée. L’autre actualité de la journée d’hier, la passation de pouvoir entre François Bayrou et Sébastien Lecornu, est un peu passée inaperçue au milieu des manifestations, mais on aura noté la volonté du nouveau Premier ministre de « rompre », « pas seulement sur la forme » mais « aussi sur le fond », avec la politique de son prédécesseur. Sébastien Lecornu, pourtant connu pour être plutôt rond et conciliateur, s’est montré assez humiliant avec François Bayrou en lui assénant, dans la cour de Matignon et devant toute la presse, qu’il allait falloir désormais être « plus créatif » et « plus sérieux » dans la façon de travailler. 

Dans l’après-midi, l’ancien maire de Vernon s’est entretenu avec les responsables du « socle commun » (Renaissance, Horizons, MoDem et LR). Ce matin, il reçoit la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avant les chefs des oppositions. Avec un objectif : tenter de mettre tout le monde d’accord sinon sur une participation au gouvernement, du moins sur un contrat de « non-censure » lors de la discussion budgétaire. Ce qui risque de s’avérer un exercice particulièrement difficile : la France insoumise a d’ores et déjà annoncé hier déposer sa première motion de censure, tandis que Jordan Bardella, pour le RN, a déclaré hier : « Soit il y aura rupture, soit il y aura censure. » 




Polices municipales
Ce que contient le projet de loi sur l'extension des prérogatives des polices municipales
Le gouvernement sortant a déposé devant le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, début septembre, un certain nombre de textes censés être examinés le 17 septembre prochain. Parmi eux, le très attendu projet de loi sur l'extension des prérogatives des polices municipales. Explications. 

C’est quelques jours avant la chute du gouvernement Bayrou que celui-ci a déposé plusieurs textes devant le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) pour examen : pas moins de sept projets de décrets « portant mesures de simplification dans la gestion des ressources humaines de la fonction publique territoriale » et un projet de loi, celui issu des discussions lors du Beauvau des polices municipales et visant à étendre les prérogatives de celles-ci. 

Sûreté vs sécurité

Ce texte, texte élaboré en étroite concertation avec l’AMF et que Maire info a pu consulter, se donne l’ambitieux objectif de permettre « une réforme d’ensemble des polices municipales et des gardes champêtres », notamment en faisant évoluer leurs prérogatives. 

Sachant les associations d’élus très attachées à ce que les policiers municipaux restent sous l’autorité des maires, et à ce que leurs missions ne se confondent pas avec celles des forces de l’ordre nationales, les auteurs du projet de loi ont tenu à réaffirmer cet état de fait dès l’article 1er du texte : les agents de la police municipales (PM) et les gardes champêtres travaillent « sous l’autorité du maire » et « en association avec les forces de sécurité de l’État », et concourent « au bon ordre, à la sûreté, à la tranquillité et à la salubrité publiques ». Pas de révolution donc, puisque l’on reste dans des domaines qui relèvent du pouvoir de police des maires, dont la « sécurité » ne fait pas partie. Le nouveau texte précise toutefois que les PM « concourent aux actions de prévention de la délinquance, en coordination avec les forces de sécurité de l’État ». 

Compétences judiciaires

Mais l’essentiel vient après : l’objet réel de ce projet de loi est bien de rendre possible une extension des prérogatives des PM en leur donnant « une compétence judiciaire élargie ». Ce point a été tout l’enjeu des discussions du Beauvau des polices municipales. L’AMF, au cours des discussions, n’a pas rejeté l’idée d’une telle extension des prérogatives des PM, mais à une condition expresse : que le choix soit laissé aux maires de le décider ou de le refuser. 

Le gouvernement a respecté cette demande : l’article 2 du texte prévoit que le maire « puisse décider » que certaines compétences de police judiciaire soient confiées à ses policiers municipaux. Il s’agit notamment de permettre aux policiers municipaux et aux gardes champêtres « de constater certains délits limitativement énumérés », précise l’exposé des motifs, afin de pouvoir « mettre en œuvre la procédure d’amende forfaitaire ». Cette évolution aura une conséquence directe : ces tâches se feront « sous le contrôle direct et effectif du procureur de la République » et non sous celui du maire. 

Le texte liste de façon précise les délits que pourraient constater les policiers municipaux. Parmi eux : la vente à la sauvette, le vol, l’entrave à la circulation, la conduite sans permis, l’occupation de hall d’immeuble, l’outrage sexiste ou sexuel ou encore l’usage de stupéfiants. Ils pourraient procéder à des contrôles d’alcoolémie, saisir des denrées ou des véhicules, accéder dans certaines conditions aux images de vidéoprotection. 

Autre innovation de taille : le texte prévoit que les PM et les gardes champêtres, une fois dotés de ces prérogatives, puissent procéder à des relevés d’identité après constatation de délits, afin de pouvoir dresser un procès-verbal. Ils pourraient également prescrire la mise en fourrière d’un véhicule et la restitution des animaux errants trouvés et identifiés.

Drones

Le titre 3 du projet de loi vise à doter les polices municipales de « nouveaux moyens », au premier rang desquels une expérimentation de l’utilisation de drones par les PM. Pour mémoire, une première tentative en ce sens avait été faite en 2021 par le législateur, mais le Conseil constitutionnel l’avait censurée. Le gouvernement a tenu compte des observations des Sages et propose de limiter l’utilisation des « caméras aéroportées » à certains usages précis : la sécurité des manifestations sportives récréatives et culturelles, la régulation des flux de transport, le secours aux personnes, la prévention des risques naturels et des atteintes à l’environnement, ,et enfin la protection des bâtiments communaux et intercommunaux « lorsqu’ils sont particulièrement exposés à des risques d’intrusion ou de dégradation ». Il serait strictement interdit de filmer l’intérieur des domiciles et leurs entrées. Le projet de loi liste de manière précise les autorisations et les conventions qu’il conviendrait de signer avant de mettre en œuvre une telle procédure. 

Par ailleurs, le projet de loi prévoit de pérenniser l’usage des caméras piétons pour les gardes champêtres (actuellement au stade de l’expérimentation), et « d’aligner » les conditions d’armement de ceux-ci sur celles des policiers municipaux. 

Formation et mutualisation

Le titre IV du projet de loi est consacré à la formation des PM et des gardes champêtres, afin de « parfaire le dispositif actuel ». On constate que, conformément aux demandes tant des associations d’élus que du CNFPT, ce dernier restera bien responsable de la formation des policiers municipaux : l’idée, très décriée, d’une école nationale de formation distincte du CNFPT, a été abandonnée. 

Le titre V concerne la mutualisation des PM et des gardes champêtres entre communes et intercommunalités, et prévoit « expressément » la possibilité de mutualiser ceux-ci « au sein d’un même EPCI ». Il est également prévu d’élargir le recours aux « assistants temporaires de la police municipale » dans le cadre de grands événements ou grands rassemblements, et « d’harmoniser les régimes de mise en commun temporaire » des effectifs de police municipale  pour faire face à des événements ponctuels – manifestations, afflux de population, catastrophes naturelles.

Enfin, le dernier titre du projet de loi a trait à la déontologie de ces agents – il étend notamment aux gardes champêtres le principe d’un « code de déontologie établi réglementairement », comme c’est déjà le cas pour les policiers municipaux. 

Ce projet de loi va-t-il survivre au changement de gouvernement, et être repris à son compte par le nouvel exécutif, ou sera-t-il victime des tractations entre le Premier ministre et les forces d’opposition ? Cette dernière option n’est pas la plus probable, parce que la plupart des dispositions de ce texte sont relativement consensuelles, d’autant plus que, répétons-le, toutes les options proposées sont à la main du maire… tout comme le principe même de la création d’une police municipale et de son armement. 

Il reste à espérer, si ce texte est finalement déposé par le gouvernement devant le Parlement, qu’il puisse être débattu largement en amont des élections municipales, ce qui est une autre affaire. 




Logement
Crise du logement : deux nouveaux rapports préconisent d'accélérer la transformation de bureaux
Les auteurs proposent de faire sauter les verrous financiers et réglementaires qui n'incitent pas - au contraire - à la transformation des bureaux en habitations, alors que celle-ci constitue une solution à la crise du logement. D'autant que « la vacance des bureaux est désormais structurelle et ne fera qu'augmenter ».

Alors que des tours de bureaux vidées de leurs travailleurs depuis la crise sanitaire côtoient des Français qui ont de plus en plus de difficultés à se loger correctement, l’idée de faciliter la transformation de bureaux inoccupés en habitations est une nouvelle fois mise sur la table. 

Après un premier rapport sur le sujet l’an passé, deux nouveaux, publiés vendredi dernier, incitent – via une série de recommandations – à recourir à ce gisement encore largement inexploité en pleine crise du logement. 

Une réponse aux « besoins des territoires les plus tendus »

Car, avec plus de 9 millions de m² de bureaux inoccupés en France, dont plus de 5 millions en Île-de-France, la transformation de bureaux en logements représente un levier majeur et pourrait constituer une solution rapide à la pénurie de logements.

Elle permettrait notamment « d’apporter une réponse adaptée aux besoins des territoires les plus tendus, en particulier pour les étudiants et les jeunes actifs », mais aussi de « réduire l’empreinte carbone du secteur du bâtiment » et de lutter contre l'artificialisation des sols, a rappelé la ministre désormais démissionnaire du Logement, Valérie Létard, lors de la présentation de ces deux rapports qu’elle avait commandés au printemps.

En juin déjà, une loi visant à lever certains freins juridiques pour faciliter ces conversions a été adoptée. Grâce à ce texte, les maires peuvent désormais déroger à certaines règles d'urbanisme – pour gagner « entre six et douze mois » – et instaurer un permis de construire « réversible » permettant aux surfaces d’un bâtiment d’évoluer entre plusieurs destinations. In fine, « un million de logements » pourraient être créés, avait estimé la rapporteure du texte au Sénat.

Encore insuffisant puisque de nouvelles « mesures concrètes » viennent donc d’être dévoilées pour accélérer cette transformation, s’est félicitée Valérie Létard en annonçant que « certaines propositions pourront être étudiées dans le cadre des discussions sur le projet de loi de finances 2026 » quand d’autres pourront « faire l’objet de décrets ou de mesures législatives dans les prochains mois ». Sans préciser lesquelles.

La transformation, un « rocher de Sisyphe »

Reste que si cette solution semble apparemment « incontournable » et simple « sur le papier », « la réalité opérationnelle est toute autre », rappellent d’emblée les auteurs du premier rapport sur la simplification de la réglementation, qu’ils ont eux-mêmes nommé « rapport Sisyphe » en référence au personnage de la mythologie grecque faisant rouler une pierre gigantesque vers le sommet d’une montagne, d'où elle finit toujours par retomber. 

« Cette pierre, c'est le projet de transformation », assurent ainsi Roland Cubin, Philippe Vereecke et Laurent Girometti (respectivement directeurs généraux délégués de Groupama Immobilier et de Bouygues Bâtiment Ile-de-France et directeur général des Établissements publics d'aménagement de Marne-la-Vallée), qu’ils définissent comme  « une masse complexe, où s’accumulent les interdictions, autorisations, obligations, dont une partie provient d’un ensemble de réglementations héritées d'une ère de la construction neuve, créant un labyrinthe administratif et juridique et des délais anormalement longs ». 

« Chaque pas en avant est un combat : interpréter des textes, chercher la brèche juridique pour avancer, obtenir des dérogations », expliquent-ils en regrettant que « cette énergie colossale déployée pour adapter l'existant ne bénéficie paradoxalement d'aucune incitation particulière, exonérations ou dispositifs facilitateurs ». 

Instaurer un « permis de démolir suspensif »

Pour y remédier, ils proposent donc de faire sauter les verrous réglementaires des projets en préconisant de s’affranchir d’une réglementation basée sur la construction neuve au profit d’une logique de « reconditionnement d’immobilier d’entreprise ». « Bien que des dispositions existent pour la réhabilitation, elles ne ciblent pas spécifiquement les changements d'usage et tendent, au-delà de certains seuils, à exiger le respect des caractéristiques du neuf. En l'absence de précisions claires, les acteurs ont naturellement tendance à se référer aux règles du neuf, qui sont les mieux définies », constatent-ils. 

Ils insistent donc sur « la nécessité » de « donner un statut clair à l’immeuble reconditionné », « d’adapter les normes (sécurité incendie, accessibilité, stationnement, RE2020) » et créer un « permis de démolir suspensif » permettant « d’éviter les démolitions irréversibles sans stratégie ». En outre, ils proposent de créer « une commission centrale du reconditionnement pour sécuriser les opérations » et « traiter l’essentiel des problématiques de réglementation ». 

« Si nous voulons réellement transformer l'essai et faire du reconditionnement d’actifs un pilier d’une nouvelle industrie […], il est impératif de […] mettre en place un accompagnement institutionnel permettant de créer des synergies entre toutes les parties prenantes, y compris les collectivités locales », précisent les trois auteurs du rapport.

Créer un modèle plus incitatif et adapter les ORT

Dans la même veine, le second rapport porte, lui, sur le modèle économique et le financement. Rédigé par la directrice générale d'Action Logement, Nadia Bouyer, et le président de l’Institut de l’épargne immobilière et foncière, Xavier Lépine, le document préconise une vingtaine de mesures fiscales et financières pour rendre ces opérations viables et attractives.

Assurant que « la vacance des bureaux est désormais structurelle et ne fera qu’augmenter », ils souhaitent éviter l’apparition « d’importantes friches tertiaires » alors que « quatre millions de personnes sont confrontées au mal-logement ». Pour cela, ils proposent notamment de créer des Foncières de transformation de bureaux (FTB) et d’inscrire ces opérations dans une « approche partenariale au service d’un projet de territoire ».

« Il s’agit de conférer un vrai statut aux opérations de transformation (la "vente d’immeuble à transformer") y compris sur les normes environnementales, de donner des outils aux élus locaux à travers une adaptation des Opérations de revitalisation de territoire (ORT), et d’inciter les investisseurs à se réorienter vers le logement grâce à la création de véhicules dédiés aux transformations et en révélant la valeur de transformation », expliquent-ils.

Pointant « une fiscalité désincitative et complexe », les auteurs rappellent notamment qu’il est fiscalement plus avantageux de lancer des projets de démolition-reconstruction que de transformation, incitant à privilégier les premiers « pourtant bien moins vertueux sur le plan environnemental ».

À noter que, au-delà de la conversion en logements, ils envisagent « une autre piste à explorer » : celle de la transformation en établissements scolaires. « Au sein d’un secteur de bureaux obsolètes à transformer, il pourrait être envisagé d’en convertir une partie en écoles publiques. Cela permettrait ainsi de répondre aux besoins scolaires issus de l’arrivée de nouveaux ménages dans les logements transformés. »
 




Santé publique
Aliments ultra transformés : la gangrène alimentaire qui menace la santé des enfants
Pour la première fois, la prévalence mondiale de l'obésité chez les enfants et les adolescents de 5 à 19 ans a dépassé celle de la sous-nutrition, alerte l'Unicef dans un nouveau rapport. En cause : la nocivité des aliments ultra transformés mais aussi la surexposition des jeunes au marketing de ces produits.

Une génération mise en danger par la consommation de boissons sucrées, d’aliments trop gras, sucrés, salés et ultra transformés. C’est le portrait que dresse le dernier rapport de l’Unicef qui montre que l’obésité est devenue la première forme de malnutrition chez les 5-19 ans dans le monde, devant la sous-nutrition (à l’exception de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie du Sud).

« En France, chez les enfants âgés de 5 à 19 ans, 16,7 % (soit 1,9 million) présentent un surpoids et, parmi eux, 4 % souffrent d’obésité », détaille le rapport qui, au-delà de dresser cet état des lieux inquiétant, analyse comment l’alimentation des enfants n’est désormais plus simplement façonnée par des choix personnels mais s’inscrit dans un système plus global et insidieux. 

Le poids des environnements alimentaires « malsains »

« Les aliments ultra transformés remplacent de plus en plus les fruits, les légumes et les protéines à une période de la vie de l’enfant où la nutrition joue un rôle de premier plan dans la croissance, le développement cognitif et la santé mentale », explique Catherine Russell, directrice générale de l’Unicef.

Depuis 2000, le nombre d’enfants et d’adolescents âgés de 5 à 19 ans en surpoids est passé de de 194 millions à 391 millions. Contrairement aux idées reçues, l’obésité et le surpoids ne sont pas l’apanage des pays les plus riches. Selon l’agence de l’ONU, il paraît clair que plus les pays accèdent au statut de pays à revenu intermédiaire, plus « les boissons et aliments ultra transformés deviennent plus largement disponibles et plus abordables, ce qui contribue à augmenter la prévalence du surpoids chez les enfants, quel que soit le niveau de revenu du ménage ».

Face à ce constat inquiétant, les auteurs du rapport dénoncent une industrie qui, « dans sa quête de profits », « tire parti de ses ressources financières et de son influence politique considérables pour s’opposer aux politiques visant à créer des environnements alimentaires plus sains et plus équitables ».

Cet argument fait écho à une autre enquête publiée ce jour par le magazine 60 millions de consommateurs. Sur 43 produits alimentaires à destination des enfants dont plusieurs sont destinés aux nourrissons, 80 % sont ultra transformés. Bien souvent, ces produits sont pourtant « dotés de visuels rassurants (épi de blé, ourson…) »  et « donnent l’illusion d’être sains ». Par exemple, les « Blédidej céréales (dès 6 mois) » contiennent pas moins de sept ingrédients typiques de l’ultra transformation. Problème : une étude de l'Institut national de santé américain a montré qu'un régime composé d'aliments ultra transformés entraîne une consommation de 500 calories de plus par jour en moyenne. Si la surconsommation bénéficie aux industriels, elle fait peser un risque sur la santé des enfants et ce dès le berceau. 

Le marketing comme catalyseur 

En plus de cette surexposition à une nourriture de qualité médiocre, notamment dans les grandes surfaces, les enfants et adolescents sont exposés au marketing de ces aliments ultra transformés. Si les enfants des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure sont les plus exposés aux publicités pour des boissons sucrées ou de la restauration rapide par exemple (90 %), « les niveaux d’exposition sont également inacceptables dans les pays à revenu faible (65 %) et même dans les pays touchés par un conflit (68 %) », estime l’Unicef.

Le marketing numérique apparaît d’autant plus comme une arme redoutable car « l’industrie des produits alimentaires et des boissons dispose d’un pouvoir de ciblage des jeunes sans précédent ». Publicités personnalisée, interactives, attrayantes, omniprésentes : le marketing numérique « brouille les frontières entre le contenu et la publicité pour des produits alimentaires, estiment les auteurs ; il est mal réglementé et largement invisible aux yeux des parents et des décideurs ». 

Sur TikTok par exemple, réseau social plébiscité par les jeunes, la publicité pour la nourriture passe par des collaborations avec des influenceurs qui font des dégustations. TikTok permet aussi des « filtres » (animations visuelles qui s'ajoutent aux vidéos) faisant la publicité pour des produits ultra transformés, proposés par exemple par la marque de chips Doritos ou encore la chaîne de restauration rapide Chipotle. 

L’Unicef avoue sans détour que de nombreux pays sont pieds et poings liés face au pouvoir de l’industrie alimentaire : 70 % des responsables gouvernementaux et des représentants de la société civile considèrent son influence comme un obstacle majeur à la mise en place de contrôles gouvernementaux sur le marketing alimentaire.

Sortir de la malbouffe  

Des recommandations sont néanmoins formulées par l’agence de l’Onu pour tenter d’inverser cette tendance inquiétante. L’Unicef appelle les « gouvernements, la société civile et les partenaires » à imposer des politiques complètes régissant notamment l’étiquetage des produits alimentaires ou encore les restrictions en matière de marketing alimentaire. Elle encourage aussi d’interdire la distribution ou la vente d’aliments ultra transformés et néfastes pour la santé ainsi que le marketing et le parrainage alimentaires dans les écoles. L’Unicef insiste aussi sur l’urgence de lutter contre toute ingérence de l’industrie des aliments ultra transformés.

En France, plusieurs politiques publiques se sont attaquées au sujet avec par exemple la stratégie nationale sport santé qui vise à lutter contre la sédentarité, le lancement récent des chantiers « Agriculture » et « Alimentation » qui déclinent la thématique « Mieux se nourrir » de la Planification écologique, ou encore l’adoption de la loi Egalim qui impose aux services de restauration collective de proposer 50 % de produits dits de qualité et durables, dont 20 % de produits bios. 

Au niveau local, les collectivités, et notamment les communes, s'engagent de plus en plus à transformer leurs territoires par l'alimentation (lire Maire info du 6 février). Le bio est de plus en plus présent dans les cantines et, selon l’association Un Plus Bio, les collectivités territoriales s’emploient à relocaliser leurs approvisionnements en fonction des ressources disponibles sur leurs territoires. Une dynamique encourageante qui s’ajoute aux liens qu’entretiennent de plus en plus étroitement les collectivités avec le monde agricole.

Consulter le rapport de l'Unicef. 




Handicap
Plus de 2 millions de jeunes en situation de handicap en France
Plus de 2 millions de jeunes âgés de 5 à 20 ans et vivant chez eux souffrent d'au moins un handicap en France métropolitaine, selon une étude de la direction des statistiques du ministère de la Santé (Drees) portant sur 2022, publiée jeudi.

Dans cette étude, une personne est considérée comme handicapée quand elle est sévèrement limitée que ce soit d'un point de vue sensoriel, physique ou cognitif, quand elle est fortement restreinte dans les actes essentiels du quotidien, ou quand elle a depuis au moins six mois des restrictions importantes dans les activités que les autres font habituellement. 

« Selon que l'on retient uniquement une seule définition ou plusieurs parmi les trois, en 2022, entre 250 000 et 2,3 millions de jeunes âgés de 5 à 20 ans vivant à domicile en France métropolitaine sont handicapés, soit entre 1,9 % et 18 % de cette tranche d'âge », indique la Drees dans son étude.

Dans le détail, 16% des jeunes déclarent au moins une limitation fonctionnelle importante (en majorité liée à la mémoire, la concentration et au relationnel), 3 % évoquent une restriction forte dans les actes essentiels du quotidien et 2 % une restriction, depuis au moins six mois, dans les activités que les gens font habituellement. Le cumul de ces trois critères, signalant une forme sévère de handicap, reste rare (0,7 %), souligne la Drees. 

Parallèlement, plus d'un quart des jeunes (27 %) déclarent avoir au moins une altération importante de fonctions organiques, c'est-à-dire qui touche la motricité (paralysie, amputation, faiblesses musculaires...), la perception visuelle ou auditive, l'aptitude à parler, les fonctions métaboliques (l'insuffisance rénale, respiratoire, cardiaque…), ou encore qui affecte le fonctionnement du cerveau ou du psychisme.Ces altérations, parfois appelées déficiences, renvoient à des difficultés susceptibles d'impacter le quotidien, l'autonomie ou la participation sociale sans forcément aboutir à une situation de handicap, précise l'étude. 

Quant au taux de scolarisation, y compris l'enseignement à domicile, par correspondance ou en établissement spécialisé, il « varie sensiblement » selon la situation vis-à-vis du handicap.Les jeunes sans aucune limitation ou restriction ont un taux de scolarisation de 91,3 % contre 85,5 % pour ceux déclarant au moins une limitation fonctionnelle importante et 77,2 % pour ceux déclarant avoir une restriction dans les activités quotidiennes. 

Rappelons qu'une boite à outils appelée « Améliorer l'accessibilité en tant qu'élu local » a été récemment publiée par le ministère chargé de l’Autonomie et du Handicap porposant des pistes pour favoriser l'accessibilité dans tous les domaines de compétence d'un conseil municipal dont plusieurs concernent la jeunesse et l'accès à l'éducation (lire Maire info d'hier). 






Journal Officiel du jeudi 11 septembre 2025

Ministère des Outre-mer
Arrêté du 2 septembre 2025 pris en application de l'article 5 du décret n° 2017-1060 du 10 mai 2017 relatif aux agents publics chargés de la représentation de certaines collectivités territoriales d'outre-mer au sein des missions diplomatiques de la France

Copyright 2020 AMF - www.maire-info.com - Tous droits réservés