Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 20 novembre 2020
Élus locaux

Le Cevipof livre une photographie de l'état d'esprit des maires au terme d'une année « si particulière »

C’est ce matin que sont dévoilés les résultats de la quatrième enquête de l’Observatoire de la démocratie de proximité, conduite par le Cevipof et l’AMF. Elle intervient au terme d’une année doublement particulière – parce que 2020 a été une année de renouvellement des mandats et parce que, covid-19 oblige, rien ne s’est déroulé comme d’habitude. 

Deux catégories de maires
« Municipales 2020 : une élection si particulière », s’intitule le rapport de l’Observatoire. Comme l’explique Martial Foucault, le directeur du Cevipof, « la crise (…) a eu pour premier effet tangible de suspendre nos institutions démocratiques locales », et d’interrompre le processus électoral pendant trois mois. « Ce sont donc bien deux catégories de maires distinctes qui ont eu la charge de gérer les conséquences de la crise sanitaire au cours du printemps. D’une part, les maires sortants réélus dès le 15 mars qui ont continué de gérer l’urgence sanitaire et d’autre part, les maires sortants battus qui n’ont pu céder immédiatement leur fauteuil et ont dû prolonger leur mandat de trois mois. Bien que mobilisés pour répondre aux demandes des citoyens, des entreprises et des associations, ils ont dû parfois composer avec les tensions liées au verdict des urnes. »  Sans compter ceux qui, bien qu’ayant choisi de ne pas se représenter, ont tout de même été obligés de gérer la crise du fait du décalage du second tour. 
Les quelque 4 714 maires qui ont répondu à l’enquête conduite par le Cevipof représentent ces différentes catégories. Ils ont répondu à de nombreuses questions et l’analyse de ces réponses donne une idée précise de l’état d’esprit des maires, au début de ce nouveau mandat.

Abstention : « désintérêt démocratique » 
La question de l’abstention, historiquement élevée lors des élections municipales (44,7 % de participation), préoccupe forcément les maires, dont 46,1 % s’inquiètent « d’un phénomène profond de désintérêt démocratique ». Néanmoins, moins de 10 % d’entre eux craignent que ce taux d’abstention important fragilise leur légitimité. Et quoi qu’il en soit, comme le notent les chercheurs, « nul ne saura ce que le taux de participation aurait pu atteindre en l’absence de crise sanitaire ». Et toutes les enquêtes continuent de montrer que la confiance des citoyens vis-à-vis des maires reste extrêmement élevée. 

Gestion de la crise
Le Cevipof a interrogé les maires sur leurs relations avec les différents services de l’état pendant la crise épidémique. Même si les réponses sont nuancées, ce sont quand même 48 % des maires qui estiment avoir été « pas bien »  ou « pas du tout »  associés à la mise en œuvre de l’état d’urgence sanitaire. C’est dans les communes de 3 500 à 9 000 habitants que ce sentiment est le plus fort – seulement 26 % des maires de ces communes estiment avoir été réellement associés. 
L’enquête fait apparaître une différence de ressenti vis-à-vis des services de l’état : alors qu’une nette majorité de maires (65 %) estime que les services préfectoraux ont été « efficaces »  ou « plutôt efficaces »  pendant la crise, seulement 40 % ont le même sentiment vis-à-vis des ARS (agences régionales de santé). Parmi les « sources de dysfonctionnement »  ressenties par les maires, le « manque de directives claires et cohérentes de la part de l’État »  vient en tête (51 %), suivi du manque de matériel de protection (30 %) et du manque de directive de la part des ARS (29 %). En revanche, 90 % des maires ne se sont pas sentis « abandonnés »  par l’État. 

Le phénomène des agressions
Un autre chapitre important de l’étude porte sur le sentiment des maires vis-à-vis des agressions. Plus de la moitié des maires répondants (53 %) disent avoir subi des « incivilités », un tiers (29 %) des injures ou des insultes, 28 % des menaces verbales ou écrites. Certes, les cas de violences physiques restent plus rares (5 % des répondants) mais, comme le note Martial Foucault, à l’échelle du nombre de maires « elles correspondent en réalité à des centaines de situations ». 
L’enquête révèle également que « le phénomène de violence envers la personne du maire se déploie également par des formes de malveillance plus ou moins grave au sein de la commune ». 92 % des maires rapportent des faits d’incivilités (notamment de dépôts sauvages) dans leur commune, et 61 % des « atteintes aux biens de la commune ». Il est notable, en revanche, que les conflits liés à la présence de gens du voyage ne « concernent pas »  71 % des maires. 

Finances : des inquiétudes
Enfin, l’enquête donne d’intéressants résultats sur « l’autoévaluation par les maires de la situation financière de leur commune ». Certes, 83 % des maires jugent celle-ci « plutôt saine »  ou « saine ». Mais, par rapport à la précédente enquête, le nombre d’élus jugeant « critique »  ou « plutôt critique »  la situation financière est en nette hausse, passant de 11 % à 17 %. Et ce, alors que des inquiétudes importantes se font jour sur l’avenir des ressources financières des communes, à l’heure où, après la suppression de la taxe d’habitation, ce sont maintenant les impôts économiques locaux qui sont dans le viseur du gouvernement – ce que le président de l’AMF, François Baroin, a qualifié hier devant le Sénat de « faute politique et économique ». 

Franck Lemarc

Télécharger la synthèse de l’enquête. 

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