Vacances des jeunes dans les quartiers populaires : les élus locaux alertent sur la baisse des moyens
Par Emmanuelle Stroesser
Le résultat de l’enquête flash réalisée par l’association Ville et banlieue auprès de ses adhérents, en juin, est clair. Trois-quarts des communes ayant répondu témoignent de difficultés à la suite de la suppression par le ministère de l’Éducation nationale du fonds dédié aux Colos apprenantes de cet été et au relais (partiel) mis en place par la CNAF.
Une reprise partielle par les CAF
Premier écueil, le montant : 36,8 millions d’euros avaient été mis sur les Colos apprenantes en 2025. Le complément de la CNAF n’est que de 20 millions d’euros.
Deuxième écueil, les modalités. L’aide pour les Colos apprenantes était versée aux collectivités les organisant, moyennant un cadre précis (1). Tandis que l’aide de la CNAF est individuelle, versée aux familles, qui doivent donc la demander. « Ce n’est pas la moindre difficulté parce qu’il a fallu leur expliquer, qu’elles se rapprochent de leur CAF, en pleine période de canicule », observe Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes (78) et première vice-présidente de Ville et Banlieue.
Alors que les collectivités n’ont pas reçu d’éclairage technique sur ce transfert de financement, des familles en revanche ont reçu un courrier de leur CAF départementale pour leur fournir quelques informations, « même si cela a parfois généré des malentendus sur le montant des aides accordées » , relève l’association.
Troisième écueil, l’objectif même du dispositif. « Les Colos apprenantes nous permettaient d’embaucher des enseignants qui accompagnaient les jeunes. Cet été, les équipes ont réussi à organiser malgré tout des colonies pour que des gamins de Chanteloup-les-Vignes puissent partir quelques jours, mais uniquement avec des animateurs », témoigne Catherine Arenou.
Alors que la suppression des Colos apprenantes devait être compensée par le renforcement du dispositif d’Aide aux vacances enfants chapeauté par la CNAF, de facto, ce n’est pas tout à fait ce que constatent nos élus sur le terrain, ce qui soulève des interrogations et des inquiétudes pour la suite, conclut Catherine Arenou.
Baisse de crédits pour les Quartiers d’été
Le constat n’est pas plus enthousiasmant s’agissant de l’autre dispositif raboté, l’opération Quartiers d’été, mise en place en 2020 par le ministère de la Ville. Il avait permis à 1,6 million d’habitants des quartiers prioritaires de participer à des activités lors de la période estivale, rappelle Ville et Banlieue. Les crédits affectés au financement du dispositif ont été revus de nouveau à la baisse dans le budget 2026. L’impact se mesure dans une majorité des communes (87,5%) par une diminution des activités proposées aux jeunes et aux familles, ou de la durée du dispositif, témoignent les acteurs locaux.
Les leçons d’hier n’ont qu’un temps, selon Catherine Arenou. Le dispositif des Colos apprenantes avait en effet été mis en place en urgence pour l’été 2020, au lendemain des premiers confinements provoqués par la crise sanitaire du Covid. Cette dernière avait mis en exergue les difficultés spécifiques aux habitants, et particulièrement les plus jeunes, de ces quartiers de la politique de la ville. Ces colos s’adressaient à des enfants ne partant pas en vacances, signalés par les enseignants pour leurs difficultés scolaires.
« Je crois que personne n’a fait le point sur l’intérêt de ces dispositifs or deux mois pour certains enfants loin de toute structure éducative c’est très long… Et quinze jours pour certains, dans une colo mêlant apprentissages et vacances, c’est précieux. Je pensais que c’était évident pour tout le monde, mais apparemment non », indique Catherine Arenou. « Tout le monde en avait apparemment pris conscience au moment du Covid. Et puis, il semble qu'on oublie en revenant à une conception de la politique de la ville qui se réduit à dix mois sur douze » et de laquelle le ministère de l'Éducation nationale ne se sent pas durablement impliqué.
Dans ce contexte, l’AMF et Ville et Banlieue ont conjointement adressé un courrier daté du 4 mai 2026 au ministre de la Ville et du Logement pour s’alarmer de la suppression de l’aide de l’Etat destinée aux Colos apprenantes, non-compensée par le complément apporté par la CNAF. Les deux associations d’élus ont également demandé le maintien des crédits concernant le dispositif Quartiers d’été, à défaut d’une réforme profonde permettant de traiter l’enjeu de l’occupation des jeunes pendant l’été.
(1) Pour en savoir plus : le dernier cadre règlementaire des Colos apprenantes, en 2025
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