Tout juste élus, les nouveaux édiles à l'école des maires
Par Hélène Duvigneau (AFP) et L.B
« Je ne veux pas me tromper », souffle Evelyne Bellencontre, fraîchement élue maire d'un village normand de 200 habitants, qui a ressorti ses carnets d'étudiante pour se former à son nouveau rôle de première édile. Venue assister, avec sa première adjointe, aux universités des maires de l'Eure, la jeune retraitée de 63 ans entend comprendre ce qu'elle « a le droit de faire et de ne pas faire » dans sa mairie de Folleville (Eure), « parce qu'on ne peut pas gérer une commune comme on gère sa maison ».
Le programme est dense, à commencer par un atelier sur les conditions d'exercice des mandats, modifiées par la loi du 22 décembre 2025. On y apprend entre autres que l'écharpe tricolore avec glands à franges d'or est réservée au maire, celle à franges d'argent aux adjoints et conseillers. Interdiction en revanche d'accrocher une cocarde à son pare-brise.
Mandaté par l'Association des maires de France (AMF), Mathieu Roux, conseiller technique, déroule face à une cinquantaine de participants. Crédits d'heures, enveloppes d'indemnités, sept types de remboursements de frais, assurance maladie, droit à la formation et à la retraite. Le tout en deux heures.
Après la pause déjeuner, place à l'atelier sur les « responsabilités des élus » et la « prévention des conflits d'intérêts » . Depuis son élection le 20 mars, Evelyne Bellencontre s'appuie beaucoup sur l'expertise de sa « secrétaire [générale] de mairie de compétition ». Mais elle aimerait s'émanciper, ne serait-ce que pour refaire « les contrats d'entretien des espaces verts » car aujourd'hui « c'est n'importe quoi » , assure-t-elle.
À la tête de l'Union des maires de l'Eure, branche départementale de l'AMF, Jean-Paul Legendre recense « beaucoup d'inscrits aux formations budgétaires » , mais aussi « pour la gestion des cimetières » . « C'est assez technique mine de rien, et il y a des évolutions. Le délai pour être autorisé à relever une tombe a été réduit », explique-t-il, en comparant les formations proposées par l'association « à des prépa-bacs ».
Responsabilité
Outre l'absence de personnel technique en zone rurale, la fonction d'élu local s'est aussi technicisée: entre 2002 et 2022, le Code général des collectivités territoriales a par exemple triplé de volume. « J'ai tout à apprendre » , reconnaît Delphine Dulysse, mère au foyer propulsée maire de Collandres-Quincarnon, 285 habitants. « Si un enfant se blesse sur l'aire de jeux de la commune, quelle est ma responsabilité ? », s'interroge-t-elle. « L'accident de balançoire, c'est un classique », reconnaît Jean-Paul Legendre, avocat de métier, qui observe parfois « de l'imprudence chez certains élus ».
Dépêché par SMACL Assurances, Luc Brunet prend le temps d'exposer ce qui relève ou non de la responsabilité personnelle des élus, pouvant entraîner une mise à contribution sur leurs deniers personnels. « Le maire d'une commune du sud-est de la France avait acheté, sur deniers publics, deux véhicules de sport qu'il utilisait à titre privé. Il est poursuivi pour détournement de fonds publics. (...) On est bien d'accord qu'il a recherché un intérêt personnel. Donc il a commis une faute personnelle », cite-t-il en exemple.
Quand arrive l'exposé sur la prise illégale d'intérêts, l'un des principaux risques juridiques guettant les maires, l'assistance se fige. « Avoir des conflits d'intérêts, c'est normal. Ne pas en avoir, c'est ne pas avoir d'amis, de famille, ne pas être membre d'une association, bref vivre seul comme un ermite », tient d'abord à rassurer Luc Brunet.
Mais si le conflit d'intérêts « n'est pas une maladie honteuse », encore faut-il le signaler en conseil municipal. Là encore, les cas pratiques sont légion. « Attribuer un marché à une entreprise que dirige votre fils ou votre conjointe, on voit bien où est l'intérêt » , explique-t-il. « Mais une entreprise où travaille votre petit cousin par alliance ou la mère de votre employeur ? Où s'arrête votre cercle ? Le texte ne le dit pas » , regrette-t-il.
De quoi inquiéter Laurent Debeerst, venu pour une « remise à plat » après un premier mandat de maire de Thénouville, 1 000 habitants.
« La bonne foi n'est pas un rempart. J'étais un peu léger sur les subventions » , reconnaît-il en citant une subvention versée à une école de musique fréquentée par sa petite-fille... dans une autre commune. « On mesure le poids de l'engagement », sourit l'édile.
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