Tensions aux urgences: un rapport plaide pour « adapter » le système au vieillissement de la population
Par AFP
Le mur démographique et l'explosion des maladies chroniques sature les urgences: des patients polypathologiques, en état sévère, s'y accumulent faute d'avoir été pris en charge ailleurs, et y restent longtemps, faute de « solutions d'aval » (lits d'hospitalisation, en Ehpad, en hospitalisation à domicile...), résument six personnalités missionnées en septembre par le ministère de la Santé, dans ce rapport consulté par l'AFP.
Il faut ériger la prise en charge des personnes âgées polypathologiques en « priorité absolue » , qui devra être « financée » et « valorisée » , poursuivent ces auteurs, dont plusieurs urgentistes et cadres hospitaliers.
En Ehpad il faudrait, d’ici 2050, 365.000 places en plus des 640.000 existantes. A l'avenir, « les aînés les moins dépendants devront rester à domicile ou en résidence autonomie » - nécessitant la création de 800.000 emplois - et les Ehpad et hôpitaux accueilleront les cas très complexes, anticipent-ils.
Les parcours de soin devront donc être organisés ensemble par « tous les acteurs d'un territoire » (soignants de ville, hôpital, médico-social...), orientés vers « le dépistage précoce » et « le maintien à domicile », écrivent-ils. La formation médicale est aujourd'hui « concentrée sur les spécialités d’organe » techniques, « au détriment de formations holistiques (médecine interne, gériatrie, urgence…), ce qui « ne correspond plus aux besoins » , observent-ils.
« Filières gériatriques »
Ils suggèrent d'augmenter les effectifs de ces spécialités « transversales », et « réorganiser » les hôpitaux autour d'elles, en augmentant substantiellement le nombre de lits de « médecine interne et polyvalente », y adossant un « solide service social » , et supprimant des « lits de spécialité » dans les petits établissements.
Ils proposent aussi de créer une spécialité « gériatrie » pour les infirmières en pratique avancée (IPA), déployables notamment dans les Ehpad. Ils préconisent encore de « rendre obligatoires » et « doter de moyens », pour les urgences fréquentées (25 000 passages annuels), les « cellules d'ordonnancement des lits » d'aval, qui connaissent en temps réel les capacités et peuvent organiser des transferts inter-services. Ces lits pourraient même être gérés à l'échelle territoriale, envisagent-ils.
Ils appellent enfin à généraliser « les bonnes pratiques » , comme les « filières gériatriques » au sein des Samu-SAS, capables de réorienter des malades ou d'organiser des « admissions directes » sans passage aux urgences, les « équipes mobiles » qui interviennent notamment au domicile et en Ehpad, ou les numéros d'appel destinés à fournir aux soignants non-spécialisés un avis expert.
« Les solutions existent. Elles exigent aujourd’hui des arbitrages politiques clairs, des moyens dédiés et un calendrier contraignant » , a réagi le syndicat Samu Urgences de France, qui au coeur d'un été caniculaire, « demande instamment » des arbitrages « à la hauteur » . La Société française de médecine d'urgence (SFMU) a aussi appelé « à engager sans délai la mise en oeuvre de ces recommandations ».
La Fédération SOS médecins dit aussi « partager » les constats dressés, mais regrette de ne pas avoir été représentée. « On ne peut construire l’alternative aux urgences sans ceux qui la mettent déjà en œuvre », et, « les structures libérales organisées de soins non programmés (doivent être) pleinement associées aux suites », plaide-t-elle dans un communiqué.
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