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Édition du lundi 30 mars 2026
Énergie

Prix de l'énergie : des choix du gouvernement qui ne satisfont personne

Le gouvernement s'est résolu, vendredi 27 mars, à annoncer des « aides directes » à certains secteurs particulièrement touchés par la hausse des prix des carburants, idée qu'il rejetait la veille encore. Mais ni les mesures annoncées ni leur périmètre ne font consensus.

Par Franck Lemarc

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Le contraste est criant : alors que l’Espagne vient d’annoncer le déblocage de 5 milliards d’euros pour faire face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement français débloque, lui, 70 millions d’euros. Même s’il revient sur sa décision initiale de ne pas accorder d’aides directes, le gouvernement de Sébastien Lecornu reste tout de même fidèle à sa logique : l’état des finances publiques de la France ne permet pas d’ouvrir en grand le robinet des aides et il n’y aura pas de « quoi qu’il en coûte ». D’ailleurs, ces nouvelles aides seront entièrement compensées, « à l’euro près », par des annulations de crédits sur d’autres postes des ministères concernés (Transports, Mer et Pêche et Agriculture), a annoncé vendredi l’exécutif – sans pour l’instant dévoiler lesquels.

Seulement trois secteurs concernés

Les aides prévues seront donc très ciblées, à la fois dans le temps – elles sont limitées au seul « mois d’avril »  – et pour ce qui concerne leurs destinataires : le transport, la pêche et l’agriculture.

Ce sont d’abord les « PME-TPE »  du transport (transport de marchandises et de voyageurs) qui seront aidées, mais seulement si elles sont en mesures de « justifier des difficultés de trésorerie majeures liées à la crise » . Ce secteur représentera plus de deux tiers des aides prévues (50 millions d’euros sur 70), avec une aide directe de 20 centimes par litre, versée par un « guichet dédié »  dont les modalités ne sont pas encore précisées.

Pour la pêche, ce sont 5 millions d’euros qui sont débloqués, là encore sous forme d’un remboursement sur les factures de carburant équivalant à 20 centimes d’euros par litre. Il faudra toutefois attendre, pour cette aide, la validation de l’Union européenne, qui sera demandée par le gouvernement dès aujourd’hui lors du Conseil des ministres européens de l’agriculture et de la pêche. 

Enfin, une aide spécifique d’un montant de 14 millions d’euros sera accordée aux agriculteurs, sous forme d’exonération « immédiate »  du droit d’accise sur le GNR agricole, là encore pour le seul mois d’avril. En complément, le gouvernement va demander à l’Union européenne une suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur les engrais. Pour mémoire, ce dispositif permet d’appliquer aux produits fabriqués hors-Europe et importés dans l’UE la même tarification carbone que ceux fabriqués au sein de l’Union. La suspension du MACF demandée par la France, si elle est acceptée, devrait conduire à faire diminuer le prix des engrais importés. 

Ces mesures s’ajoutent aux « facilités de trésorerie »  accordées au début de la semaine dernière, notamment le report des cotisations sociales et des échéances fiscales. 

Dans son communiqué, il est à noter que le gouvernement indique que la crise actuelle, « liée au blocage du détroit d’Ormuz et à des arrêts de production dans certaines installations énergétiques des pays du Golfe » , va « impacter durablement les cours mondiaux des énergies » . On se rappelle que la semaine dernière, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a été sèchement recadré par l’Élysée pour avoir utilisé le terme de « choc pétrolier » … mais on ne voit pas bien la différence, aujourd’hui, entre le fait d’évoquer un « impact durable sur le cours »  et l’usage du terme « choc pétrolier ». 

Aides « pas à la hauteur »  et mal ciblées

Ces annonces n’ont satisfait personne. À commencer par ceux qui en sont exclus : tout au long du week-end, les représentants de différentes catégories de professionnels ou de particuliers ont dit leur incompréhension de ne pas bénéficier d’aides, à commencer par les « gros rouleurs »  que sont, par exemple, les infirmiers libéraux ou les représentants – alors que le gouvernement, quelques jours auparavant, avait dit travailler sur la question. Plusieurs associations de consommateurs et d’automobilistes ont également protesté sur le fait qu’aucune aide ne soit prévue pour les salariés qui ont besoin de faire, parfois, plusieurs dizaines de kilomètres par jour simplement pour se rendre au travail. 

Quant aux secteurs concernés par les aides, ils dénoncent à l’unisson un soutien « insuffisant », « pas à la hauteur »  voire « indigne » . Ce matin, entreprises de transport de marchandises et autocaristes ont décidé de manifester ensemble lors d’une « opération escargot »  sur le périphérique parisien pour réclamer des mesures supplémentaires, notamment une « baisse directe du prix à la pompe ». Des manifestations similaires sont prévues dans les jours à venir dans les régions Pays-de-la-Loire, Paca, Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. Le gouvernement a toutefois indiqué, hier, par la voix de la ministre chargée de l’Énergie Maud Bregeon, qu’il n’irait pas plus loin.

Les mesures annoncées vont-elles concerner les collectivités ? Il est bien difficile de le savoir, les annonces ayant été assez peu précises, mais il semble que non. Une aide sera accordée, on l’a dit, aux « TPE-PME du transport public routier de voyageurs » , ce qui pourrait concerner certains transporteurs dans les petites villes, mais rien n’indique qu’un geste sera fait vis-à-vis des flottes plus importantes qui circulent dans les agglomérations. Il n’y a rien non plus, à cette heure, pour les autres dépenses de carburant des collectivités – flottes de belles à ordures, véhicules des services municipaux, etc. Pour l’instant, l’explosion de la facture de gazole sera donc entièrement à la charge des collectivités… à qui il sera, comme toujours, demandé par ailleurs de réduire leurs dépenses. 

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