Municipales : un casse-tête pour les sondeurs
Par Fabrice Randoux (AFP)
« Les municipales nous demandent un gros travail car il faut, sur une ville, chercher sa composition sociale, ses votes antérieurs, sa distribution par quartier. Pour une enquête nationale, on a déjà les données », résume Jean-Yves Dormagen de l'institut Cluster 17.
À Perpignan, l'Ifop a par exemple dû interroger des habitants dans pas moins de 22 quartiers pour avoir un échantillon représentatif, souligne son directeur Frédéric Dabi.
Les difficultés sont d'autant plus importantes qu'il faut viser large. « 5 % des Français ne sont pas inscrits sur les listes électorales et 25 % ne le sont pas dans la commune où ils résident » , typiquement les étudiants, rappelle Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques. À Bordeaux, fin novembre, OpinionWay a ainsi constitué un échantillon représentatif de la population (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, quartier) de 1 007 personnes. Au final, 705 sont inscrites sur les listes, dont seulement 529 certaines d'aller voter, le chiffre-clé pour les intentions de vote.
Alors que les instituts travaillent pour les études nationales sur environ 1 000 inscrits, les enquêtes municipales, hors Paris, visent plutôt « 6 à 800 » personnes, explique Adélaïde Zulfikarpasic d'Ipsos-BVA, pour avoir a minima 400 votants certains. Mécaniquement, cela augmente un peu la marge d'erreur. « Un échantillon peut être bon à 300 et mauvais à 1 000. L’enjeu majeur, c’est sa représentativité », relativise cependant Jean-Yves Dormagen. Et, si les sondeurs se contentent de cette taille, c'est que, en dehors de Paris, « personne n'a dans ses fichiers un échantillon suffisant pour faire des enquêtes en ligne à Roubaix ou Grenoble » , explique Frédéric Dabi. En conséquence, l'Ifop et Ipsos/BVA travaillent avec des enquêteurs au téléphone même si cela leur demande beaucoup plus de travail que par internet. « Il y a 20 ans, il fallait dix appels pour un entretien. Aujourd'hui, il en faut au minimum cinquante car les gens ne répondent plus », relève Adélaïde Zulfikarpasic.
15 000 euros l'enquête
Les enquêtes sont donc plus longues, jusqu'à deux semaines au lieu de deux jours pour une étude nationale, et donc plus coûteuses. « Ce sont des études à faible marge » financière, confirme Bruno Jeanbart d'OpinionWay. Les instituts disent facturer en moyenne 10 à 15 000 euros un sondage local, trois fois plus que pour une enquête nationale en ligne. C'est pourquoi, « dans la plupart des villes, on ne fera qu'un coup de sonde, ce qui ne permet pas de mesurer une dynamique électorale » , regrette Frédéric Dabi. Tous instituts confondus, un seul sondage a par exemple été publié jusqu'ici sur Lille et il date de... septembre. Par rapport aux municipales de 2020, le patron de l'Ifop constate aussi un déclin des demandes des médias, reflet de la crise de la presse. Et, si un candidat commande et publie un sondage sur sa ville, il doit l'intégrer dans ses dépenses de campagne, ce qui peut en réfréner certains.
Conséquence de ces contraintes, Bruno Jeanbart juge « très compliqué » de faire des sondages dans des communes de moins de 20 000 habitants. Ipsos et Cluster 17 ne démarrent qu'à 50 000. 99 % des communes passent donc sous les radars, au risque que l'analyse de l'élection se fasse au prisme des seules grandes villes, comme lors de « la vague écologiste » en 2020. « Le RN peut perdre dans les grandes villes et gagner dans des petites où on ne fait pas de sondages » , reconnaît Adélaïde Zulfikarpasic. Par ailleurs, avec un seuil de 10 % facile à atteindre pour se maintenir au second tour et des possibilités de fusion de listes dès 5%, faire des sondages de second tour avant le premier devient périlleux. « À Paris, on peut se retrouver entre deux et cinq listes » au lendemain du 15 mars. « Impossible pour le sondé d'envisager autant de configurations. C'est l'offre du second tour qui sera déterminante » , juge Bruno Jeanbart.
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