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Édition du jeudi 11 juin 2026
Climat

Malgré les pluies de cet hiver, le risque de sécheresse se profile déjà

Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) vient de publier son état des lieux mensuel qui met en lumière une baisse assez rapide du niveau des masses d'eau souterraines. Malgré les pluies considérables de cet hiver, le danger de sécheresse n'est pas écarté.

Par Franck Lemarc

On pouvait espérer, en se remémorant les pluies tombées pendant 40 jours entre le 7 janvier et le 19 février, qu’un risque au moins était écarté pour l’été prochain : celui de la sécheresse. En mars, le BRGM constatait une recharge « exceptionnelle »  des nappes phréatiques, avec 67 % des points d’observation au-dessus des normales mensuelles. 

Mais après cet hiver exceptionnellement pluvieux est venu un printemps qui l’a été bien moins, et une vague de fortes chaleurs très précoce à la fin du mois de mai. Ces deux aléas ont en partie annulé les effets bénéfiques des pluies de cet hiver.

Situation « dégradée » 

77 % des nappes phréatiques sont aujourd’hui en baisse, constate le BRGM dans son dernier bulletin de situation. Si la situation est encore « globalement satisfaisante », la vidange des nappes phréatiques est accélérée par le déficit pluviométrique important des mois d’avril et de mai. Et la vague exceptionnelle de chaleur survenue autour du 23 mai, avec des températures parfois supérieures à 35 °C, n’a évidemment rien arrangé : non qu’elle ait directement influé sur le niveau des nappes souterraines, mais parce qu’elle a accentué brutalement les besoins en eau notamment dans le domaine agricole. 

De façon assez contre-intuitive, le BRGM montre que la situation au 1er juin 2026 est moins bonne que celle de l’année précédente à la même date. Il y a un an, au moins un tiers des nappes du pays étaient à un niveau haut ou très haut, notamment dans toute la partie nord-ouest du pays. Aujourd’hui, la plupart des nappes qui étaient « hautes »  sont passées au niveau « normal », et les niveaux « bas ou modérément bas »  se sont largement étendus notamment dans le centre du pays. Le seul point réellement positif est la situation des Pyrénées-Orientales, où les nappes étaient quasiment vides l’an dernier après plusieurs années de sécheresse, et où elles sont maintenant rechargées à un niveau satisfaisant. 

Globalement, la situation est donc « plus dégradée »  qu’il y a un an, avec 42 % des points d’observation en dessous de la normale contre 31 % au 1er juin 2025. 

Déjà des vigilances sécheresse

Tout va donc maintenant dépendre de la météo des mois à venir. Si de nouveaux pics de chaleur importants devaient avoir lieu – comme semble le redouter Météo-France dans ses prévisions saisonnières – et qu’il ne pleut pas beaucoup, la vidange va se poursuivre de façon accélérée et un risque réel de sécheresse, dans certaines régions, est à craindre pour « la fin de l’été ».  

Il n’est d’ailleurs, hélas, pas besoin d’attendre la fin de l’été : un certain nombre de départements sont déjà concernés par des situations de « vigilance »  sécheresse. C’est le cas du Bas-Rhin, où six cours d’eau ont été placés hier en vigilance par la préfecture. Tout le département des Vosges a également été placé en vigilance – sans restrictions d’eau pour le moment, mais la préfecture appelle chacun à se montrer économe afin de « préserver la ressource »  cet été. Des vigilances ont également été prononcées, localement, par les préfectures de l’Indre, du Lot, de la Corrèze, des deux départements de la Corse, ainsi que dans le Béarn et le Pays basque. 

Sombres prévisions

S’il est impossible à ce jour de prévoir de façon certaine les températures à attendre en juillet et août et encore moins le niveau de pluviométrie, il y a de fortes raisons de craindre de nouveaux épisodes de très forte chaleur – le prochain allant peut-être se dérouler dès le week-end prochain, d’après Météo-France. 

Hier, l’institut Copernicus a rendu un nouveau rapport particulièrement alarmant sur l’évolution de la situation climatique en particulier en Europe, continent qui se réchauffe plus rapidement que les autres. Le mois de mai a été, sur ce continent, le deuxième plus chaud de l’Histoire (après celui de 2024). L’institut constate qu’en Europe, les événements climatiques naguère jugés « exceptionnels »  sont en train de devenir « la norme », et juge que la vague de chaleur de la fin du mois de mai, qui a notamment touché la France et le Royaume-Uni, est un phénomène qui « s’inscrit dans le cadre du réchauffement rapide de l’Europe et de la tendance à long terme à des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et survenant plus tôt dans la saison ». 

Autre prévision peu réjouissante de l’institut Copernicus : le phénomène climatique El Niño va très probablement se produire cette année et pourrait avoir une ampleur « sans précédent ». Cette hypothèse d’un « super El Niño »  est aujourd’hui jugée probable par une majorité d’experts travaillant sur ce sujet. 

Pour mémoire, ce phénomène météorologique cyclique, qui se produit tous les deux à sept ans, a pour conséquence de fortement réchauffer les eaux de surface de l’océan Pacifique, ce qui provoque une réaction en chaîne dans de vastes parties du monde, allant de l’Amérique du sud au sud de l’Afrique, à l’Inde, l’Océanie, la côte ouest des États-Unis et l’Amérique centrale. Les effets d’El Niño sont très différents selon les régions et prennent des formes très diverses, allant de vagues de chaleur extrêmes à des pluies diluviennes. Si l’Europe n’est pas directement touchée par ces phénomènes extrêmes, El Niño peut toutefois entrainer un réchauffement de la température mondiale, accentuant y compris en Europe les effets du réchauffement climatique global. 

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