Maisons des jeunes et de la culture (MJC) : moins de structures en déficit mais un équilibre toujours fragile
Par Emmanuelle Stroesser
Les résultats de la deuxième édition de l’Observatoire des maisons des jeunes et de la culture sont a priori rassurants. Dans la première édition, en 2023 (portant sur des données de 2022), plus d’une MJC sur deux (53 %) se déclarait en déficit. Un choc à l’époque. La proportion se réduit à 38 % selon les chiffres rendus publics jeudi 17 septembre (1). « Une bonne nouvelle » donc, selon le directeur de MJC de France, Patrick Chenu. Cela signifie que les MJC « ont trouvé le ressort et ont peut-être été mieux soutenues » . De fait, les subventions ont progressé – en moyenne – de 8 % pour une majorité des MJC interrogées. Sauf que « cela ne couvre pas l’augmentation des charges », nuance t-il.
Une gestion de crises à double tranchant
Et si les MJC ont réussi à augmenter leurs recettes propres – à savoir les produits et recettes des cotisations, activités et billetteries – de 30 %, c’est au prix d’une tarification des activités (concerts, sorties, etc. ) revue à la hausse, de la réduction du volume d’activités proposées (horaires plus resserrés, des séjours annulés, des projets moins ambitieux, etc.), voire du non-remplacement de certains départs de salariés ou de licenciements. Mais la fédération ne dispose pas encore de « chiffres stables » sur ces réductions de personnel.
Elle cite en revanche plusieurs exemples, dont celui d’une structure à Rouen, dans un quartier populaire, qui malgré un « bon soutien de la municipalité » , a dû supprimer des activités VTT et judo, augmenter les tarifs du centre de loisirs de 10 à 20 %, plus encore celles pour les adultes, pour limiter son déficit.
« Ça ne tient plus », alertaient les responsables de MJC en 2023 face aux restrictions de financement public incompatibles avec des besoins grandissants. Le message aujourd’hui n’est pas moins préoccupant. Il en va de « l’ADN des MJC », prévient le président de la fédération, Jean-Yves Macé : la question de l’accueil inconditionnel. « Si à terme nous en arrivons à choisir nos adhérents en fonction de leur solvabilité, cela va à l’inverse du projet de l’éducation populaire ! » , reprend Patrick Chenu. Un autre chiffre est mis sur la table : « 10 % des associations ont renoncé à porter un accueil de mineurs » car cela devient trop coûteux pour une petite structure. « On court alors le risque d’éloigner le portage d’un accueil de jeunes ou d’enfants en proximité » , s‘inquiète Jean-Yves Macé.
Fragilités politiques
Ces résultats interviennent à l'approche de deux échéances : la préparation des prochains budgets municipaux et la présidentielle de 2027.
La fédération se veut confiante s’agissant du soutien continu des communes comme des EPCI. Le bloc communal reste le premier financeur à hauteur de 48,4 % pour les communes et 13,8 % pour les EPCI.
« Les MJC ont une communauté de destin avec les maires comme je le disais en 2022. Mais si les municipalités sont face à des contraintes insurmontables, les MJC ne pourront pas s’en sortir », explique Jean-Yves Macé. Le réseau s’inquiète surtout du prétexte de difficultés budgétaires pour justifier de remises en cause à des fins politiques.
C'est le cas de la MJC d'une commune du Vaucluse, citée en exemple : depuis le changement de majorité municipale en mars dernier, 90 % de son financement a été supprimé et sa convention rompue. Fin août, les services municipaux ont même retiré le sigle de la MJC de la façade, « un geste d'une rare violence » , dénonce son président.
« Ce phénomène n’est pas réservé à certains élus ou partis », précise le directeur en réponse à une question de Maire info. « Il y a souvent eu, dans l’histoire longue des MJC, des conflits et interrogations lors de changements de municipalité. Mais ce qui nous parait révélateur de la période, et ce qui se joue avec la montée de mairies RN, c’est la dimension idéologique ». « La démocratie peut être faite de conflictualité et désaccords. Mais la coopération avec les pouvoirs publics ne doit jamais devenir une relation de dépendance politique » , concluent les responsables.
(1) Enquête menée de novembre 2025 à février 2026 auprès d’un échantillon représentatif. Résultats à télécharger sur mjc-de-france.fr
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