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Édition du vendredi 5 juin 2026
Logement social

Logement social : légère reprise des attributions en 2025, mais un nombre de demandes qui continue de progresser

Si les attributions de HLM ont légèrement augmenté l'an dernier (+2,6 %), moins d'une demande sur dix a été satisfaite. Il faut compter 600 jours en moyenne pour obtenir un logement social, selon une étude l'Ancols.

Par A.W.

Un léger frémissement. Bien que la crise touchant l’accès au parc social reste toujours aussi sévère, la courbe des attributions de logements sociaux a connu une légère inflexion l’an passé. C’est ce que constate l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols) dans son tableau de bord annuel publié en début de semaine. 

Après une décennie de baisses continues (hors période de crise sanitaire), ces attributions sont donc légèrement reparties à la hausse (+2,6 %) avec près de 394 000 attributions de logements sociaux réalisées en 2025. Soit environ 10 000 de plus qu’en 2024.

4,1 millions de demandes

Cette hausse reste toutefois « limitée », reconnaît l’Agence en constatant que le volume d’attributions retrouve simplement « un niveau proche de celui de 2023 ». Dans les faits, les volumes demeurent « nettement inférieurs à leur niveau d’avant la crise du Covid-19 »  puisqu’ils sont en recul de 16 % par rapport à 2019 et de 19 % par rapport à 2016.

Pour rappel, le nombre d’attributions atteignait les 485 000 il y a à peine dix ans, tandis que le taux d’attribution dépassait les 15 %. Après une baisse continue depuis 2016 (hors crise sanitaire), ce dernier vient seulement de se stabiliser « autour de 9,5 % »  l’an passé. Résultat, moins d’un demandeur de HLM sur dix obtient satisfaction, alors que la crise du logement bat toujours son plein. Parmi eux, un peu plus d’un quart (27 %) étaient des ménages vivant déjà dans le parc social.

Alors que le taux d’attribution diminuait en moyenne de 0,7 point par an entre 2016 et 2019, « cette baisse s’est accentuée après la crise sanitaire, atteignant 1,1 point par an en moyenne entre 2021 et 2023 ». Avant de ralentir à partir de 2024 puis de connaître, là aussi, une « légère hausse »  en 2025 (+0,1 point).

Une paille par rapport au nombre de demandes (actives au moins un jour au cours de l’année) qui ont, elles, continué d’augmenter (+ 2 %) pour dépasser les « 4,1 millions sur l’ensemble de l’année ». 

Plus de 600 jours d’attente

Pourtant, « la dynamique d’accroissement de la demande, toujours positive, semble ralentir »  par rapport à 2024 (+ 4,8 %) et 2023 (+ 5,9 %), selon l’Ancols qui constate, en particulier, « une baisse du nombre de nouvelles demandes créées ». En diminution de 5,3 %, il a retrouvé « un niveau proche de celui d’avant la crise du Covid-19 », marquant ainsi « un infléchissement après la hausse continue constatée depuis 2021 ».

Le problème est que les demandeurs n’ayant pas toujours réussi à signer de bail reconduisent de manière massive leur demande. Résultat, le taux de renouvellement de dossier après un an atteint dorénavant les 51 % (10 points de plus qu’en 2016), après deux ans 73 %, et après trois ans ce taux monte à 81 %. De quoi maintenir la pression.

Ce maintien prolongé des demandes contribue ainsi « mécaniquement »  à augmenter le nombre de demandes en attente et, « par conséquent, à porter les délais d’attente à une moyenne de 850 jours », pas moins de deux ans et demi, pour les ménages toujours sans solution en fin d’année dernière. Pour ceux ayant réussi à obtenir le Graal l’an passé, il leur aura fallu patienter « en moyenne un peu plus de 600 jours », note l’Ancols.

Les plus démunis, moins bien servis

Or contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les ménages les plus modestes sont loin d’être prioritaires. Bien au contraire, ils ont un taux d’attribution « nettement inférieur à la moyenne », renseigne l’Agence, qui explique cette situation par le fait que « le taux d’attribution selon le niveau de ressources mensuelles suit une courbe en U inversé ».

En clair, ce taux est au plus fort (entre 10 et 11,5 %) pour les personnes ayant des ressources situées entre 700 et 1 999 euros par mois. Ceux qui gagnent plus tout comme ceux qui gagnent moins se retrouvent ainsi bien moins servis. Si cet état de fait paraît logique pour les premiers, il semble nettement plus problématique s’agissant des seconds.

Résultat, les ménages les plus modestes disposant de moins de 400 euros par mois affichent ainsi un taux d'attribution de seulement 3,7 %, peu ou prou le même que ceux disposant de dix fois plus de ressources, c’est-à-dire entre 4 000 et 4 999 euros mensuels. Très loin donc de la moyenne. 

Autre paradoxe du côté des ménages prioritaires relevant du Droit au logement opposable (Dalo). Bien qu’ils soient davantage à avoir obtenu un logement social en 2025 (+ 5,8 %), leur taux d’attribution continue à décroître (23,1 %, soit -0,4 point sur un an et -3,5 points par rapport à 2021). Et ce, « en raison du nombre croissant de ménages demandeurs reconnus Dalo ». Sans surprise, l’Île-de-France représente plus de la moitié (54 %) de la totalité des attributions aux ménages Dalo, avec un taux d’attribution « 4 fois supérieur à celui des ménages non Dalo ».

Jeunes et zones tendues : des difficultés accrues

L’Ancols constate, par ailleurs, que « plus la zone est tendue, plus le taux d’attribution est bas ». Ainsi, il est particulièrement difficile de signer un bail dans les secteurs où le déséquilibre entre l'offre et la demande de logements est important. Notamment dans celui qui est le plus tendu, la zone Abis, qui comprend notamment Paris, une centaine d’autres communes d'Île-de-France et une trentaine dans le reste du pays. 

Dans ces villes, le taux d’attribution ne dépassait pas les 5 % en 2025 (et 6,6 % en zone A), contre presque 15 % en zone B2 et en zone C – les plus détendues - où les chances d’obtenir un logement social sont donc trois fois plus grandes. Pour la zone B1, les taux d’attribution étaient de 11 %.

En revanche, « la baisse observée depuis 2019 est d’autant plus limitée que la zone est tendue », note l’Ancols, qui observe en six ans une baisse du taux d’attribution de moins de 1 % en zone Abis alors qu’elle a grimpé à 6,4 % en zone C. L’Agence constate, par ailleurs, que la révision du zonage ABC en septembre 2025 a provoqué « une hausse mécanique des attributions en zone tendue ».

Dans ce contexte, « les attributaires de logements sociaux sont de plus en plus âgés (+ 0,8 an en 6 ans) avec un âge moyen de 40,6 ans alors que l’âge moyen des demandeurs reste inchangé tendanciellement (42 ans ; + 0,1 an en 6 ans) ». Ce qui se traduit par « un taux d’attribution des jeunes de moins de 30 ans en baisse de 5 points sur 6 ans, passant de 15,5 % à 10,5 %, là où celui des plus de 65 ans n’a diminué que de 2 points », détaille l’Ancols qui explique que « cette tendance suggère une difficulté accrue pour les jeunes à accéder au logement social, tandis que les seniors semblent maintenir un accès plus stable, contribuant ainsi à un vieillissement progressif des bénéficiaires d’attributions ».

Consulter l'étude.

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