Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du mardi 15 septembre 2026
Catastrophes

Les dégâts causés par le RGA sur la voirie deviennent un problème majeur pour les collectivités

L'été extrêmement chaud et sec que le pays vient de vivre a accentué le phénomène du RGA (retrait-gonflement des argiles). Si ce phénomène abîme gravement les bâtiments, il a eu aussi des conséquences délétères sur la voirie dans de nombreux départements.

Par Franck Lemarc

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© Cerema

Le nombre de bâtiments touchés par le phénomène du RGA (retrait-gonflement des argiles) ne cesse d’augmenter : ce risque concernait, l’an dernier, entre 11 et 12 millions de maisons. Explication : lorsqu’un bâtiment est construit sur un terrain argileux, celui-ci se rétracte pendant les périodes de sécheresse et « gonfle »  à l’arrivée de fortes pluies, ce qui occasionne des dégâts sur les maisons qui peuvent être considérables : fissures, désaxement des huisseries, voire dans des cas extrêmes effondrement. 

Les experts sont désormais certains qu’au vu de la sécheresse de l’été 2026, les dégâts dus au RGA vont exploser, dépassant peut-être ceux de l’été 2022, où la facture avait atteint les 3,5 milliards d’euros.

Ressuage et RGA

Mais le RGA ne touche pas que les habitations : il a également des conséquences sur la voirie, et en particulier la voirie communale et départementale, dont la structure est moins épaisse, donc plus exposée, que celle des autoroutes par exemple. 

Un tour d’horizon de la presse quotidienne régionale de cet été montre qu’entre fin mai et fin août, les routes ont particulièrement souffert sur une grande partie du territoire hexagonal. Les dégâts ont eu deux causes différentes. La première est appelée le ressuage et est une conséquence directe de la chaleur : au-delà de 40 °C, le liant bitumineux a tendance à remonter en surface et à fondre, ce qui rend la route glissante, d’une part, mais provoque, d’autre part, des dégâts sur la chaussée : le liant fondu colle aux roues des véhicules et est arraché, ce qui amène la formation de nids-de-poule.

Le deuxième phénomène est le RGA : les mouvements de retrait et gonflement provoquent des fissures, des déformations, voire des affaissements de chaussée. Sur de nombreuses routes départementales entièrement bordées d’arbres, le phénomène s’aggrave : les racines des arbres, sous la route, « pompent »  toute l’eau disponible, ce qui accentue la rétraction des argiles.

Chaussées déformées

De nombreux articles de la presse régionale, au cœur des épisodes caniculaires de cet été, ont rendu compte de situations où le bitume dépassait les 60 °C en surface, provoquant un phénomène de ressuage sur plusieurs kilomètres parfois, comme en Meurthe-et-Moselle, le 19 juin dernier, où la RD138 a été rendue impraticable sur une longueur de 6,5 km. Dans le Maine-et-Loire ou le Lot, des phénomènes comparables ont été constatés par les services départementaux. 

Quant au RGA, selon une enquête du média spécialisé dans l’automobile Roole, il s’est gravement accentué après la canicule de 2022 – il aurait été « multiplié par dix dans le département du Nord entre 2021 et 2025 » . En Haute-Garonne, 300 km de routes sont concernés. En Normandie, une trentaine de soulèvements de chaussée ont été constatés cet été sur le réseau routier ; dans les Ardennes, 10 km de la RN58 ont dû être neutralisés en août sur une voie. Le périphérique parisien, en juillet, a lui-même vu l’apparition de plusieurs bourrelets.

Selon les experts, ce phénomène est en passe de devenir un risque structurel pour les réseaux français et pourrait devenir rapidement la première cause de dégradation du réseau. Cela pose d’une part un problème de sécurité routière – les « bourrelets »  et les affaissements peuvent provoquer des accidents, notamment pour les deux-roues ; et, d’autre part, un problème financier majeur pour les collectivités chargées de l’entretien de ces routes, c’est-à-dire les départements et les communes. 

Observatoire national

C’est pour expertiser ce phénomène émergent que le Cerema a créé, à la fin de l’année 2025 et en collaboration avec l’Iddrim (Institut des routes, des rues et des infrastructures pour la mobilité), un Observatoire national des routes impactées par la sécheresse (ONRS), chargé « d’apporter une réponse à l’échelle nationale aux collectivités ». Premier objectif de cet observatoire : « Disposer de données chiffrées et d’un état des lieux national sur l’ampleur du RGA et ses effets sur les infrastructures ». L’Observatoire constate que le RGA affecte « une grande variété d’ouvrages, routes communales et départementales, pistes cyclables, voies ferrées » , mais aussi « réseaux enterrés »  et même digues et barrages. 

Au-delà de l’état des lieux, cette structure se donne pour objectif d’élaborer une « doctrine commune »  pour permettre aux collectivités concernées de passer du curatif au préventif. Des solutions existent en effet pour lutter contre le phénomène, allant de l’imperméabilisation des accotements à l’injection de résines sous le bitume en passant par l’installation de grilles métalliques sous la chaussée. Mais ces solutions ont, évidemment, un coût considérable, et on ne voit pas comment les collectivités – en particulier les départements dont les finances vont au plus mal – pourraient y faire face seules. Il faut rappeler, en effet, que même si le RGA est bien couvert par le régime CatNat, les routes et les voiries publiques en général ne sont pas des biens assurables à ce titre et sont explicitement exclus du régime CatNat, comme l’explique la Caisse centrale de réassurance. 

Ce phénomène, qui devient préoccupant, est là encore une conséquence du réchauffement climatique que l’on n’avait pas vue venir. Il faudra bien, tôt ou tard, que l’État se penche à son tour sur cette question et ne laisse pas les collectivités le gérer seules, à leurs frais. 

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