La publication de deux arrêtés marque un tournant dans la politique menée en France contre la prédation du loup
Par Lucile Bonnin
C’est au niveau de l’Union européenne que cette volonté nationale d’adapter la politique de lutte contre la prédation du loup prend racine. En septembre 2023, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé une campagne d’actualisation des données sur les populations de loups en Europe. 20 300 loups répartis dans 23 pays avaient été recensés en 2023, dont 1 023 en France. Deux ans plus tard, le Conseil de l’Union européenne a approuvé le passage du statut de protection des loups de « strictement protégé » à « protégé » (lire Maire info du 10 juin 2025).
En septembre 2025, le gouvernement a annoncé vouloir modifier la réglementation nationale. Un projet d’arrêté a ainsi été mis en consultation dès le mois de décembre (lire Maire info du 2 décembre). Aujourd’hui, les promesses se concrétisent avec la publication de deux arrêtés au Journal officiel – publication qui fait suite aux annonces présentées lundi par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard.
Une simplification administrative pour faciliter les tirs
Le premier arrêté du 23 février 2026 définit le statut de protection du loup (Canis lupus) et fixe les conditions et limites de sa destruction.
D’abord, cet arrêté modifie un autre arrêté, datant de 2007, classant le loup parmi les espèces « strictement protégées » , conformément à la décision prise par la Convention internationale de Berne en décembre dernier, sur proposition de la Commission européenne. Le loup passe donc d’espèce « strictement protégée » à « protégée », ce qui permet d’assouplir le cadre de la destruction de ces canidés.
On passe concrètement « d'un régime d'autorisation à un régime de déclaration pour pouvoir opérer des tirs de défense » , comme l’a résumé hier la ministre. « Afin d'assurer le respect du nombre de loups pouvant être détruits dans le cadre de l'arrêté préfectoral, les responsables d'opérations ou l'auteur du tir informent immédiatement le préfet de département de toute destruction ou blessure de loup intervenue dans le cadre des opérations qu'ils ont mises en œuvre. Il l'informe également de tout tir en direction d'un loup » , peut -on lire dans l’arrêté.
Nouveau : « En cas de dommages exceptionnels, les tirs de prélèvements pourront être autorisés y compris s’ils ont pour objectif de protéger des élevages qui ne bénéficient pas encore de mesures de protection » , résume le gouvernement dans un communiqué. « Ce sera également le cas pour l’envoi de la brigade mobile d’intervention de l’Office français de la biodiversité, et pour l’envoi des lieutenants de louveterie par le préfet de département. »
L’utilisation de fusils à lunettes thermiques reste cependant strictement réservée aux lieutenants de louvèterie et aux agents de l’OFB même si désormais « des chasseurs peuvent participer aux opérations de tir de prélèvement sous réserve qu'ils aient suivi une formation auprès de l'OFB. »
Plafond annuel de destruction
Le second arrêté porte une mesure qui fait particulièrement grincer des dents les défenseurs de la cause animale. L’arrêté du 23 février 2026 modifie l'arrêté du 23 octobre 2020 fixant le nombre maximum de spécimens de loups dont la destruction pourra être autorisée chaque année. Le gouvernement augmente donc le nombre maximum de loups pouvant être tués chaque année.
La ministre l’a détaillé hier : « Nous avons pris la décision d'augmenter le plafond de tir. Il est de 19 % aujourd'hui, il pourra aller jusqu'à 23 %. 21 plus 2 de marge de manœuvre en cas de nécessité. » L’estimation de la population de loups en France s’établit autour de 1 082 loups (avec une estimation basse à 989 individus et une estimation haute à 1 187). Près de 250 loups pourraient ainsi être tués chaque année soit environ 50 loups de plus qu'auparavant.
Rappelons que les effectifs de loups ont progressé mais se stabilisent ces dernières années (1082 en 2025, 1013 en 2024, 1104 en 2023). Selon les données du site loupfrance.fr, la population de loups était à peine supérieure à zéro en 1995 – le premier couple de loups depuis 1937 ayant été observé en France en 1992, dans le Mercantour.
D'après le ministère de l'Agriculture, le nombre d'attaques de loup a augmenté d'environ 10 % (4 441 attaques) en 2025.
Trop ou pas assez
Interrogé dans les colonnes du Journal de la Haute-Marne – département où 124 animaux d’élevages ont été tués par le loup depuis le 1er janvier – Jean-David Abel, vice-président de l'association France Nature Environnement estime que ce « plafond de tirs à 23 %, c’est 66 % de probabilité de baisse numérique de la population, selon une expertise récemment rendue aux ministres par le CNRS, le Museum et l’OFB » . Il dénonce le fait que le gouvernement ignore les données scientifiques et avance que « ces dispositions ne respectent pas le cadre juridique européen » : « C’est à la fois du calcul et du cynisme : ces mesures seront attaquées en justice, et cassées rapidement. Mais soit le gouvernement se défaussera alors sur les juges et sur l’Europe, soit si les délais de jugement sont longs, ça aura laissé du temps pour faire parler les fusils, au détriment de la protection des troupeaux. »
Les éleveurs ne sont d’ailleurs pas plus satisfaits de ces mesures. « Si ces mesures constituent une première réponse pour les éleveurs des territoires nouvellement prédatés, elles restent dérisoires face aux dégâts enregistrés chaque année », jugent plusieurs organisations dont la FNSEA, premier syndicat agricole.
« J’ai procédé à toutes les simplifications possibles au vu du cadre législatif actuel ; s’il faut aller plus loin, il faudra modifier la loi. À n’en pas douter, ce sera un enjeu des prochains mois », explique la ministre faisant référence à la prochaine loi d'urgence agricole, qui ne sera pas examiné par les députés avant l’été.
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