La nouvelle géographie de l'école à l'heure de la baisse des effectifs scolaires
Par Emmanuelle Stroesser
Sur 116 pages, l’édition 2026 fourmille forcément de données sur des sujets variés : la répartition des enseignants, les 6,2 millions d’élèves au sein des 48 087 écoles, la part de l’école privé, les internats ou encore les temps de transport selon les territoires.
Maire info fait le point sur les principales informations intéressantes à connaître pour les maires, comme autant de points de repères ou de comparaison avec les autres communes, à l’échelle locale ou nationale. On y retrouve également des clés de réflexion alors que plusieurs départements s’engagent sur l’expérimentation d’une nouvelle méthode de préparation de la carte scolaire (lire Maire info du 5 juin) et que la quasi-totalité des autres sont amenés à penser l’évolution de leur école compte tenu de la baisse démographique inexorable.
Une démographie en recul dans le premier degré
C’est d’ailleurs l’un des premiers chiffres à retenir : avec 2,2 millions d’élèves scolarisés dans l’enseignement pré-élémentaire et 3,9 millions en élémentaire à la rentrée 2025, le premier degré a perdu 619 100 élèves, soit une baisse de 9,1 % entre 2015 et 2025
En comparaison, les effectifs de jeunes de moins de 18 ans ont diminué de 4,9 % sur le plan national entre 2015 et 2025. Alors que les perspectives prévoient que ce mouvement redouble d’ampleur dans les dix prochaines années (lire Maire info du 8 avril).
Alors qu’un quart des effectifs se concentre sur les académies de Créteil, de Lille et de Versailles, la baisse affecte l’ensemble des départements. Paris, les départements du nord-est à dominante rurale (Meuse) sont les plus impactés par les baisses d’effectif. Et plus fortement encore la Guadeloupe (- 24,1 %). Seules exceptions, Mayotte et la Guyane où les effectifs augmentent de l’ordre de 30 %.
Dans le pré-élémentaire (maternelle), les baisses d’effectifs concernent plutôt les départements du nord de la France (Ardennes, Haute-Saône et Meuse). Le nord est également parmi les plus touchés par les baisses d’effectifs dans l’élémentaire (primaire), de même que le centre de la France. Ce sont la Lozère et la Martinique qui sont en tête de ce triste palmarès (- 20 % de leurs effectifs).
Six départements peuvent se réjouir d’échapper à la baisse d’effectifs en élémentaire, à savoir l’Essonne, le Val-d’Oise, les Alpes-Maritimes, la Haute-Garonne, la Haute-Savoie et l’Hérault. Mais ces mêmes départements enregistrent une baisse des inscriptions dans le pré-élémentaire, ce qui indique à très court terme, une inversion de cette tendance.
La diagonale dite « des faibles densités »
La densité scolaire selon les départements est sans surprise très disparate, allant de 2 écoliers par km² dans le Cantal à 1 287 sur Paris. À la rentrée 2025, 8 % des écoliers et collégiens résidaient dans une commune rurale éloignée. Une proportion qui grimpe à plus de 50 % des élèves dans deux départements, la Lozère et la Creuse.
Les écoles de deux classes ou moins représentent 18 % de l’ensemble des écoles. Dans les départements où elles sont nombreuses, elles peuvent représenter jusqu’à la moitié des écoles.
Cette diagonale des « faibles densités » s’illustre encore au travers d’un autre chiffre, celui du nombre d’élèves par classe, de 14,2 en Lozère – département le moins peuplé de France –, à 23,4 en Haute-Savoie, quand la moyenne nationale dans le premier degré à la rentrée 2025 était de 21,3 élèves par classe. La Creuse et le Cantal rejoignent la Lozère au palmarès des écoles où le nombre d’enfants par classe est le plus faible.
La répartition de l’(in)égalité des chances
Autre « carte » , celle « de la pauvreté » , ou plus exactement, des critères qui permettent d’indiquer les chances ou désavantages des élèves selon la situation sociale de leur famille.
L’indice de position sociale (IPS) définit l’environnement social familial plus ou moins favorable à la réussite scolaire d’un élève. « L’IPS moyen des collégiens est de 106. Les départements dont l’IPS moyen des collégiens est le plus faible sont les DROM, et en France hexagonale, ceux du nord et de l’est. Les plus élevés sont situés dans les Hauts-de-Seine, à Paris et dans les Yvelines », synthétise l’étude.
Vivre avec un seul parent est un autre facteur « qui peut limiter les ressources parentales auxquelles l’enfant peut accéder ». Un petit quart (22 %) des jeunes de moins de 18 ans vit dans une famille monoparentale. La proportion est nettement plus élevée dans les Drom (entre 40 et 52 %, hors Mayotte) et sur le pourtour méditerranéen (29 % dans les Pyrénées-Orientales).
Vivre dans une famille nombreuse limite « également les ressources éducatives à la disposition de chaque enfant », souligne l’étude. Citant cette fois les départements de Guyane (42 %), Mayotte (55 %) et de Seine-Saint-Denis (21,5 %) comme ceux dans lesquels ce taux est le plus élevé.
Autre facture pénalisant la réussite scolaire et la poursuite d’études, la taille du logement et la suroccupation. Cela affecte surtout les zones urbaines d’Ile-de-France, du Rhône (en raison des logements chers) et de la façade méditerranéenne (en raison d’une pauvreté plus forte et de l’importance des familles monoparentales).
Enfin, le taux de chômage pèse, et les Drom sont là encore parmi les départements les plus touchés. « La part des enfants de moins de 18 ans dont au moins un parent est au chômage de longue durée dépasse 14 % dans les Drom. En France hexagonale, elle atteint ses valeurs les plus élevées en Seine-Saint-Denis (10 %) » . Ces mêmes départements comptent également le nombre le plus élevé de boursiers parmi les collégiens. Les taux les plus faibles se situent à l’Ouest et dans les Alpes.
Cela n’est pas sans incidence sur les résultats et la suite des parcours scolaires et des études supérieures des jeunes, décrits à la fin de l’étude (page 62 à 85). Avec des difficultés « plus prononcées dans les départements du nord et dans les Drom ».
Autres chiffres à retenir
À rebours de la tendance globale, le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire (3,9 % des élèves scolarisés) a été multiplié par 1,6 dans le premier degré entre 2014 et 2024. Les effectifs ont augmenté dans tous les départements sauf en Haute-Saône et à Mayotte.
L’éducation prioritaire regroupe un écolier (1,1 million d'élèves) et un collégien (568 300) sur cinq du secteur public. Leur nombre est très faible dans 35 départements « plutôt ruraux », et à l’inverse plutôt élevé dans ceux de l’Ile-de-France, du Rhône, des Bouches-du-Rhône, et plus généralement en Corse, dans le nord de la France et des Drom.
Pas d’évolution notable sur le nombre d’élèves scolarisés dans les écoles privées sous contrat du premier degré : 839 300 élèves, soit 13,6 %. Une proportion quasi identique à celle de 2020. Traditionnellement et historiquement, elle est toujours plus fortement marquée à l’Ouest (en Bretagne et Pays-de-la-Loire). À noter que l’étude décrit aussi les effectifs au collège et au lycée (temps de transport, internat, etc.).
Consulter la Géographie de l’École, édition 2026
Suivez Maire info sur Twitter : @Maireinfo2
Le registre communal des personnes vulnérables évolue en profondeur
Après la canicule, des incendies exceptionnellement graves et précoces
Désertification commerciale : les pistes du Sénat pour revitaliser les centres-villes





