La canicule est au moins comparable à celle de 2003 et peut-être pire
Par Franck Lemarc

C’est Météo-France qui le dit : l’épisode caniculaire « d’une intensité exceptionnelle » qui frappe le pays est « similaire à la canicule d’août 2003 ». Si la durée de cet épisode est « incertaine », les prévisionnistes tablent sur un épisode qui devrait durer au moins jusqu’à jeudi prochain.
Peut-être la journée la plus chaude jamais enregistrée
49 départements seront en vigilance rouge à partir de midi aujourd’hui, et 40 autres en vigilance orange. Autrement dit, seuls 7 départements de métropole (Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence, Lozère, Gard, Hérault, Aude et Pyrénées-Orientales) ne sont « que » en vigilance jaune – situation qui pourrait d’ailleurs évoluer dès aujourd’hui, selon Météo-France.
Une telle extension géographique d’une vigilance orange ou rouge est une première depuis que ce dispositif existe. Selon des simulations faites par des experts, un nombre moins important de départements aurait été concerné si le système de vigilance avait existé en 2003.
L’intensité des pics de chaleur sera également, sans doute, plus forte qu’en 2003. Hier déjà, des températures « inédites » ont été relevées dans certaines stations, avec un record de 42,2 °C à Châteaumeillant, dans le Cher. Pour la journée d’aujourd’hui, la barre de 42, voire des 43 °C pourrait être franchie dans plusieurs communes, et Météo-France s’attend à ce que tombe aujourd’hui ou demain le record historique de chaleur mesuré à l’échelle nationale (c’est-à-dire la moyenne des températures relevées dans l’ensemble des stations). Le record précédent, enregistré le 5 août 2003, était de 29,47 °C.
Comme c’est toujours le cas dans pareille situation, ce n’est pas tant l’intensité de l’épisode qui inquiète que sa durée : alors que les fortes chaleurs ont débuté le jeudi 18 juin, le pays va atteindre aujourd’hui ou demain un pic, mais les températures ne vont pas redescendre : Météo-France anticipe un « plateau » qui va se prolonger jusqu’à jeudi, voire vendredi. Avec chaque jour, du fait de l’accumulation de chaleur dans les sols, des températures nocturnes un peu plus chaudes que la veille, rendant la récupération des organismes plus difficile.
Plan Orsec
La question essentielle est donc de savoir si le pays court un risque de voir s’établir un bilan humain aussi dramatique qu’en août 2003, où la canicule avait fait quelque 15 000 morts – majoritairement chez les personnes âgées.
Dans ces conditions, la préoccupation principale du gouvernement, a expliqué le Premier ministre dans un communiqué paru ce week-end, est de « permettre à notre système de santé de tenir dans la durée ». Le Premier ministre ne donne guère de détails sur la « mobilisation générale » des services de l’État, mais qualifie de « priorité absolue » cette question qui concerne « en première ligne les hôpitaux ». Il indique simplement que les préfets, dans le cadre du plan Orsec, sont chargés de « la gestion opérationnelle de la canicule ».
Pour le moment, il semble qu’aucune affluence particulière ne soit constatée dans les services d’urgence des hôpitaux et, à cette heure, seuls les établissements du département de la Charente-Maritime ont déclenché le Plan blanc. Le site du ministère de la Santé ne donne pas non plus d’informations particulières, si ce n’est des conseils de bon sens (rester au frais, boire de l’eau, fermer les volets…) et l’annonce de l’activation d’un numéro vert qui permet « d’obtenir des conseils » (0 800 06 66 66).
Interdiction des événements sportifs
Le gouvernement appelle les préfets à prendre les décisions qui s’imposent dans les départements placés en vigilance rouge, « en lien direct avec les élus locaux et en particulier les maires ». Il est notamment obligatoire, en cas de vigilance rouge, d’annuler systématiquement « les manifestations sportives en plein air », si elles ne peuvent être déplacés « dans des lieux couverts climatisés ». Il est également demandé d’organiser, autant que possible « le passage en télétravail des agents de l’État ». Si cela n’est pas précisé dans le communiqué, il semble évident que ce conseil peut également être suivi dans la fonction publique territoriale.
Rappelons également que les employeurs publics, comme ceux du privé, doivent désormais respecter un certain nombre de préconisations nouvelles pour protéger les agents de la chaleur (lire Maire info du 26 mai).
Écoles : les maires livrés à eux-mêmes
Concernant les écoles, le Premier ministre indique que la fermeture des établissements ne doit intervenir « qu’en dernier recours », « lorsque l’ensemble des mesures de prévention mises en œuvre ne permet plus d’assurer l’accueil des élèves et des personnels dans des conditions satisfaisantes de sécurité ». Selon les chiffres de l’Éducation nationale, ce sont aujourd’hui 845 écoles et collèges qui sont fermés, auxquels s’ajoutent environ 1 800 établissements qui vont « aménager leurs horaires » en ne donnant des cours que le matin.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a eu hier soir des propos un peu contradictoires par rapport au « dernier recours » évoqué par le Premier ministre, en déclarant que les maires ne devaient pas « avoir la main qui tremble » pour décider de fermer les écoles.
Les maires sont donc, comme c’est souvent le cas, livrés à eux-mêmes pour prendre une décision difficile – entre impératif de sécurité pour les enfants et le personnel et obligation de service public. Plusieurs maires se sont exprimés dans les médias, depuis hier, pour regretter que les préfets ne prennent pas eux-mêmes des décisions prescriptives dans les départements en vigilance rouge.
Quant au Syndicats des directrices et directeurs d'école, il a demandé hier, la fermeture de toutes les écoles des départements en zone rouge « a minima » aujourd'hui et demain.
Infrastructures d’importance vitale
Le Premier ministre a également annoncé, hier, la mobilisation maximale des services de sécurité civile pour faire face au risque d’incendie et de feu de forêt, ainsi que la mise en place d’un « suivi rapproché de l’alimentation en eau des centrales nucléaires ». Les infrastructures de transport seront aussi « particulièrement surveillées » … ce qui n’empêche pas que la SNCF a demandé, hier, que les personnes fragiles « évitent » de prendre le train pendant la durée de cet épisode. Un conseil qui en dit long sur l’état du réseau de transport ferroviaire. En Île-de-France, la présidente de région, Valérie Pécresse, est allée plus loin ce matin en recommandant à tous les voyageurs de « ne pas se déplacer », ce qui semble toutefois un peu compliqué dans une région qui compte 6 millions de salariés.
Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a en revanche voulu se montrer plus rassurant : il a déclaré ce matin que « la grande majorité des trains a circulé » ce week-end et que « le réseau a tenu ».
Autre conséquence probable de cet épisode exceptionnel : il aura pour conséquence mécanique d’assécher les cours d’eau et d’accélérer la vidange de certaines nappes phréatiques, ce qui risque de réduire à néant les bénéfices d’un début d’année particulièrement pluvieux, et de faire resurgir la sécheresse, cet été, dans de nombreux départements.
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