L'exécutif déterre la hache de guerre avec les collectivités sur la consigne des bouteilles plastique
Par Franck Lemarc

C’est à l’occasion d’une visite du salon REuse Economy, consacré à l’économie circulaire, que le chef de l’État, dans un discours au ton offensif, a dit son intention de relancer la consigne des bouteilles plastique. Depuis plusieurs jours, cette intention avait fuité dans la presse, au point que plusieurs associations d’élus, dont l’AMF, avaient pris les devants dès la veille pour répéter leur opposition à ce qu’elles appellent « la fausse consigne ».
« Marche forcée »
La prise de parole d’Emmanuel Macron, hier, avait un objectif clair : répondre à ses détracteurs qui affirment que la transition écologique n’est plus une priorité pour le gouvernement. Le chef de l’État a égrené les exemples de « réussite » et cherché à prouver que le bilan de ses deux quinquennats, en matière écologique, est positif. Il a néanmoins reconnu qu’en 2024 et 2025, « notre rythme de réduction des émissions a ralenti », et qu’il y a donc « besoin d’un réveil, parce que les mauvaises habitudes reprennent le dessus ». Il est plus facile, notons-le, d’incriminer les « mauvaises habitudes », comme l’a fait Emmanuel Macron, que de pointer les incohérences et les manques de la politique gouvernementale en la matière : division par trois du Fonds vert, fermeture partielle du guichet MaPrimRenov’, zigzags incompréhensibles en matière d’utilisation du plastique jetable dans les cantines, sous la pression du lobby des plasturgistes, et l’on en passe.
Mais après ce bel exercice d’autosatisfaction, le chef de l’État en est venu à la question qui fâche : celle de la consigne sur les bouteilles plastiques. Avec, là encore, un ton offensif : « Je rappelle qu'aujourd'hui, nous payons un milliard et demi d'euros parce qu'on ne respecte pas les normes européennes sur la consigne. S’il y a des ministères qui ont un milliard et demi d'euros en trop, il faut tout de suite le signaler. » Et de fustiger ceux qui disent « la consigne ça contrarie certains (…) alors il ne faut surtout pas y aller. » Un message clair adressé aux collectivités : même si cette question les « contrarie », Emmanuel Macron veut tenter le passage en force. Il a d’ailleurs pris l’exemple de la Grande-Bretagne « qui est en train d’y aller à marche forcée ».
Le président de la République a déclaré que « la consigne pourra faire partie des leviers d’action à étudier » pour faire diminuer l’usage du plastique et demandé au gouvernement « d’engager les concertations » à ce sujet.
Après de multiples tentatives des précédents gouvernement d’imposer la consigne sur les bouteilles plastiques qui s’étaient, à chaque fois, heurtées à l’opposition frontale des associations d’élus, et alors que le ministre Christophe Béchu avait enterré le sujet en 2023, on pouvait espérer qu’il ne ressorte pas. Le chef de l’État fait apparemment un autre choix.
Système contre-productif
Rappelons de quoi l’on parle : il s’agit de mettre en place un système de consignation, avec des bornes installées dans les supermarchés, pour permettre aux consommateurs de rapporter leurs bouteilles en plastique vides. Le prix des bouteilles serait augmenté de quelques centimes, que les usagers récupéreraient s’ils rapportent leurs bouteilles.
Ce système est défendu avec acharnement, depuis des années, par les metteurs en marché, au premier rang desquels les grandes multinationales de la boisson. Pour elles, le bénéfice est évident : d’abord, le dispositif leur permettrait d’augmenter leurs prix, et donc leurs profits, parce que l’on sait d’avance qu’une partie des consommateurs ne rapportera pas les bouteilles. Ensuite, et surtout, parce que cela leur permettrait de procéder elles-mêmes à la récupération et au recyclage des bouteilles vides en PET, dont on sait que c’est l’un des seuls déchets dont le recyclage soit réellement rentable.
Pour les collectivités, en revanche, la mise en place d’un tel dispositif serait lourd de conséquences. Notamment parce que de très nombreuses communes et intercommunalités ont lourdement investi pour moderniser leurs installations de tri en escomptant le retour sur investissement permis par le recyclage des bouteilles plastique. Si celles-ci sortent en partie du circuit, cela aura pour conséquence immédiate de déséquilibrer profondément toute l’économie du système – et pourrait avoir des conséquences financières majeures pour certaines collectivités.
Par ailleurs, alors que depuis des années une stratégie de simplification du geste de tri s’est mise en place, avec un certain succès – il n’y a pas besoin de réfléchir, tous les déchets d’emballage vont dans le bac jaune –, la mise en place de la consigne sur les bouteilles plastique irait dans le sens inverse, en rajoutant un degré de complexité. On sait pourtant que l’une des clés de la réussite, en la matière, est la simplicité des procédures.
Ajoutons que tous les experts s’accordent à dire que cette solution est contreproductive sur le plan environnemental, puisqu’elle est incitative à l’usage du plastique, alors que tout l’enjeu est, au contraire, de réduire son usage.
Associations et Sénat vent debout
Avant même les annonces du chef de l’État, les associations d’élus (AMF, France urbaine et Intercommunalités de France) ont publié, avant-hier, un communiqué pour répéter leurs arguments contre cette « aberration environnementale » et dire leur « opposition totale » à ce projet. Elles rejettent toute responsabilité dans la stagnation des résultats de la collecte : elles rappelles qu’elles ont proposé, en 2023, un plan d’action très argumenté en 14 points pour atteindre les objectifs en matière de collecte, et que ce plan n’a jamais été considéré avec sérieux par l’exécutif. « C’est donc bien l’inaction de l’État et des représentants des industriels de l’eau et des sodas qui ont fortement limité la croissance de la collecte », écrivent les trois associations, qui ne manquent pas de rappeler que la « fausse consigne », telle qu’elles l’appellent, aboutira à « l’augmentation permanente des tonnages de plastique mis en marché » et permettra aux multinationales « de récupérer une manne financière conséquente ».
Juste après les déclarations du chef de l’État, le Sénat a également pris clairement position, via un communiqué de sa commission de l’aménagement du territoire et du développement durable. Les sénateurs rappellent que deux rapports successifs, en 2023 et 2025, ont exprimé « les très fortes réserves » de la commission sur ce dispositif. « Les bouteilles plastique pour boisson représentent une part limitée des déchets ménagers et constituent déjà l’un des flux les mieux collectés et recyclés. La consigne pour recyclage concentrerait ainsi des moyens considérables sur un gisement déjà performant, au détriment d’autres flux beaucoup plus problématiques », écrivent les sénateurs, qui jugent que ce dispositif « risque de fragiliser profondément l’équilibre économique du service public de gestion des déchets », alors que les collectivités ont « massivement investi ces dernières années pour moderniser les centres de tri ». Le Sénat rappelle ses préconisations en la matière – qui recoupent en grande partie le plan en 14 points des associations d’élus : développer le réemploi, renforcer les obligations pesant sur les éco-organismes, améliorer la collecte « hors-foyer » (sur la voie publique ou dans les entreprises, par exemple), mieux accompagner les collectivités locales. « La priorité des politiques publiques doit désormais porter sur la réduction à la source des déchets plastiques », concluent les sénateurs.
Pourtant, le gouvernement se prépare bel et bien à déterrer la hache de guerre sur ce sujet. Certes, il a publié, hier, un communiqué à l’issue du Conseil de planification écologique qui s’est tenu dans la journée, où il insiste sur sa volonté de « mieux accompagner les collectivités territoriales ». Mais si, de l’autre main, il met en place un dispositif qui risque de réduire à néant les efforts faites par celles-ci, depuis des années, pour améliorer le tri et la collecte, ces bonnes intentions ne seront que des mots.
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