Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 27 février 2026
Santé publique

L'Assurance maladie donne rendez-vous aux nouvelles équipes municipales

La Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a besoin du partenariat des communes pour améliorer l'accès aux soins et la prévention, a plaidé, hier, son directeur général, lors d'une audition au Sénat, devant la délégation aux collectivités territoriales. L'occasion pour lui de faire le point sur plusieurs sujets d'actualité : France santé, la réforme des ARS ou encore l'accueil des futurs Docteurs junior.

Par Emmanuelle Stroesser

Le directeur général de la Cnam l’avait déjà exprimé lors du dernier Congrès des maires de France : les caisses locales de l’assurance maladie (CPAM) veulent renforcer leurs liens avec les élus locaux. Thomas Fatôme le confirme avec cette promesse faite hier devant les sénateurs : « Je vais demander aux directeurs de caisses, passées les élections municipales, de prendre systématiquement contact avec les nouvelles équipes pour faire connaitre la Caisse, proposer à des associations départementales de maires de venir, pour être plus visibles ». 

La démarche est intéressée car si le but est d’être « plus visible »  et de « davantage faire connaître les dispositifs de l’assurance maladie », les CPAM ont aussi besoin des collectivités pour les déployer. Thomas Fatôme cite l’exemple des assistants médicaux, placés auprès de médecins généralistes ou spécialistes pour prendre en charge leur temps administratif et leur dégager du temps médical. « Cela a pour effet que 10 à 15 % de patients supplémentaires sont pris en charge », assure-t-il. Mais les caisses ont besoin de l’expertise des maires et de leur appui sur les questions « immobilières »  notamment, « pour voir comment on peut faire pour accompagner un projet de MSP [Maison de santé pluriprofessionnelle], les professionnels de santé », mais aussi favoriser l’accueil des futurs Docteurs junior de 4e année de médecine générale (à partir de novembre prochain). 

Contre les déserts médicaux ou pharmaceutiques

Toujours pour améliorer l’accès aux soins, le directeur vante les résultats du « plan d’action engagé depuis deux ans pour trouver un médecin traitant pour les personnes en ALD (affection longue durée) qui n’en avaient pas ». En 2023, 5,6 % des personnes dans cette situation n’avaient pas de médecin référent. « Ce taux a baissé de 20 % en deux ans, grâce à une mobilisation très territoriale, avec les maisons de santé, les CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé), les élus. C’est typiquement ce type d’action sur laquelle nous pouvons être en proximité avec les acteurs », souligne Thomas Fatôme. 

Parmi les enjeux à venir, le directeur insiste également sur la lutte contre les risques de déserts pharmaceutiques. « Il y a des territoires dans lesquels la conjonction de médecins partis et de pharmacies en nombre limité nous inquiète. Cela nous a amenés à signer avec les pharmaciens un avenant pour aider les pharmacies en zone fragile, mais il est déployé insuffisamment car seules 150 en ont bénéficié. C’est la raison pour laquelle un amendement de la loi de financement de la Sécurité sociale - à notre demande - permet d’étendre ce dispositif pour aider 1000 pharmacies avec une aide pérenne de 20 000 euros ».  

France Santé, SECPA et ARS

Interrogé par des sénateurs, perplexes sur l’intérêt du nouveau label France Santé, le directeur préfère botter en touche. Marquant un silence gêné, avant de répondre. « Comment dire… le processus de labellisation est engagé. Ma responsabilité, c’est de négocier le cahier des charges de France santé pour les maisons et centres de santé ». Cette négociation (1) a été lancée ce jeudi matin, elle doit aboutir début mai.  

Début février, les élus de l'AMF avaient d'ailleurs pointé « la nécessité d’être associés sans délai au processus de labellisation des Maisons France Santé », ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent. L'association a donc prévu de saisir la ministre à ce sujet.

Autre sujet d’actualité évoqué, l’annonce récente du ministère de la Santé de mettre fin au financement spécifique des centres et maisons de santé de premier recours intégrés au dispositif SEC-pa (Structures d’Exercice Coordonné Participatives). Le directeur veut rassurer : « le financement de ces maisons de santé SECPA se poursuivra en 2026, la ministre l’a officiellement confirmé ». Reste en question leur bascule sur le droit commun d’ici fin 2026. Sur ce point, le directeur ne promet rien. « Ce sont des structures qui ont des moyens nettement supérieurs aux MSP traditionnelles, il est donc légitime qu’on s’interroge… », laisse-t-il en suspens.  

Également interrogé sur les agences régionales de santé - son audition s’inscrit dans la préparation par la délégation sénatoriale d’un rapport sur les ARS, alors qu’un projet de loi, attendu en avril, prévoit de réformer leur gouvernance - , le directeur n’a pas été non plus très loquace. Préférant s’en tenir au constat que les ARS et les CPAM « travaillent en bonne intelligence, que ce soit à l’échelle régionale ou départementale. L’ARS s’appuie sur nous quand on passe aux questions pratiques, par exemple la contractualisation avec une maison de santé ». 

Virage préventif

Outre l’accès et l’organisation des soins, la Cnam veut aussi « accélérer sur le virage préventif ». Là encore, le partenariat avec les communes est indispensable car « les campagnes nationales ne produisent de résultats que si elles sont profondément articulées avec le local », pose le directeur. La Cnam « veut être à disposition des dynamiques territoriales », au travers notamment de leur participation aux contrats locaux de santé (CLS) (2). L’enjeu répond à un impératif de santé publique, mais il est également intéressé pour des raisons de « soutenabilité »  financière du système de santé : « nous ne rétablirons pas la soutenabilité de l’assurance maladie si nous n’arrivons pas à accélérer, notamment en matière de prévention secondaire et tertiaire, limiter les pathologies chroniques et leur aggravation », prévient-il.

Dernier axe de partenariat évoqué, celui de la santé-environnement, un volet sur lequel l’assurance maladie était jusque-là « peu présente »  concède le directeur, mais « qui devient un pilier de plus en plus important »  reconnaît-il.

 

1/ Négociation d’avenants à l’accord conventionnel interprofessionnel relatif aux structures de santé pluriprofessionnelles et à l’accord national des centre de santé. 

2/ À l’heure actuelle, 80 % des Caisses sont autour de la table des acteurs des CLS.

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