Intelligence artificielle : des fractures territoriales et un retard du secteur public
Par Lucile Bonnin
Selon les chiffres présentés dans ce baromètre, en 2025 « on observe une explosion du taux de notoriété » de l’intelligence artificielle qui atteint 86 % des Français (contre 78 % en 2024), « avec un pic à 91 % chez les moins de 35 ans. »
Mais cette forte progression ne doit pas cacher certaines disparités. L’utilisation de ces outils technologiques parfois complexes souffre sans surprise d’une fracture générationnelle importante : si 85 % des 18-24 ans utilisent désormais les IA génératives, ils sont seulement 31 % à le faire chez les plus de 35 ans. Mais l’appropriation de ces nouveaux outils par les citoyens dépend aussi, selon ce baromètre, d’autres facteurs comme notamment leur lieu de vie ou leur profession.
« Fracture territoriale » et retard du secteur public
Les auteurs du baromètre mettent en avant « une fracture territoriale » qui crée « une France de l’IA générative à plusieurs vitesses ». On recense aujourd’hui 59 % d’utilisateurs de l’IA en Île-de-France et 64 % dans l’agglomération parisienne. Dans les grandes villes, en dehors de Paris, le baromètre compte 44 % d’utilisateurs. Ce taux chute à 34 % dans les communes rurales.
Ces chiffres sont à rapprocher des chiffres sur la maîtrise du numérique. En effet, environ un Français sur trois n’est pas autonome avec le numérique et les habitants des zones rurales restent plus en difficulté que les habitants des grandes villes. L’intelligence artificielle n’échappe pas aux fractures sociales et territoriales.
Le baromètre met aussi en lumière un véritable décalage entre le secteur public et les secteurs économiques vis-à-vis de l’adoption de l’IA. Les administrations publiques font partie des secteurs les moins utilisateurs (47%) de l’IA alors que « le secteur agricole connaît la plus forte adoption (79%), suivi du BTP-construction (62 %) et du commerce (61 %) ».
Enfin, le baromètre pointe un énorme déficit de formation sur l’utilisation de l’IA : 73 % des Français estiment ne pas être assez formés et seulement 15 % des salariés sont formés en entreprise. De même, secteur privé et public confondus, le baromètre pointe une absence de structuration dans le monde professionnel : seuls 9 % des salariés disposent d’IA fournies par leur organisation et près de la moitié des organisations professionnelles ne prévoient pas d’intégrer l’IA dans leur organisation. Pourtant, 43 % des sondés déclarent utiliser les IA génératives au travail, et notamment dans le secteur public.
En 2024, la délégation à la prospective du Sénat avait publié une série de rapports sur « l’intelligence artificielle (IA) et l’avenir du service public » proposant une « approche sectorielle et concrète ». L’un de ces rapports porte notamment sur la gestion territoriale et l’IA. Des recommandations ont été formulées pour « faire en sorte que l’utilisation de l’IA pour la gestion de nos territoires soit véritablement un atout dans les années qui viennent, et tienne la promesse ambitieuse d’une meilleure efficacité des services publics, au service de tous les territoires hexagonaux mais aussi d’outre-mer ». Ce rapport d’une quarantaine de pages présente de bonnes pratiques à mettre en place localement et donne des clés pour agir en faveur de l’acceptation sociale de l’IA par les citoyens et les élus — un sujet incontournable lorsque l’on aborde la question de cette nouvelle technologie.
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