Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du jeudi 19 mars 2026
Guerre au Moyen-Orient

Face à la dégradation de la situation géopolitique, le gouvernement pourrait se résoudre à prendre des mesures sur le prix de l'énergie 

Sébastien Lecornu va réunir plusieurs ministres aujourd'hui pour discuter d'éventuelles mesures face à la hausse des prix de l'énergie, qui ne semble pas près de s'arrêter. Ce sujet sera aussi au menu d'une réunion des chefs d'État européens. Il s'agit de répondre aux conséquences d'une nouvelle escalade dans la guerre au Moyen-Orient.

Par Franck Lemarc

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Avant-hier encore, le gouvernement n’envisageait pas de prendre, à court terme, des mesures de soutien aux secteurs frappés par la hausse des prix de l’énergie provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Lors d’une réunion organisée par Maud Bregeon, ministre de l’Énergie, et Philippe Tabarot, ministre des Transports, avec les fédérations du monde du transport, les ministres n’ont annoncé aucune mesure concrète. 

Pourtant, chez les autocaristes, les transporteurs routiers, les agriculteurs ou les pêcheurs, l’inquiétude est vive face à la hausse du gazole qui, malgré les déclarations d’intention de certains distributeurs, ne s’arrête pas : le litre de GNR (gazole non routier, utilisé notamment par les bateaux de pêche, les engins de chantier ou agricoles), qui était à 1,2 euro fin février, est à 1,71 euro ce matin, tandis que le gazole routier dépasse fréquemment les 2,2 euros. 

L’autre inquiétude majeure concerne les prix du gaz. Si celui-ci est stable, aujourd’hui – voire même en légère baisse en avril, puisque la Commission de régulation de l’énergie vient d’annoncer une diminution de 0,9 % du prix du kWh au 1er avril –, la situation va se dégrader en mai. En effet, les prix fixés par la CRE sont calculés sur la base des achats de gaz sur les marchés de gros deux mois avant. Le gaz qui sera vendu en avril a donc été acheté en février, soit avant l’éclatement de la guerre. Selon les experts, au 1er mai, le prix du kWh pourrait bondir de 18 %, ce qui pourrait représenter une hausse de plus de 200 euros sur la facture annuelle d’un ménage se chauffant au gaz (et n’ayant pas souscrit un contrat à prix fixe). Selon les experts toujours, cette hausse devrait être durable et se prolonger au moins jusqu’à l’automne. 

Cette inflation attendue sur les prix du gaz va également être un coup dur pour les collectivités qui ne sont pas protégées par un contrat à prix fixe.

Protection des ménages modestes

Et pourtant, jusqu’à maintenant, le gouvernement est resté sourd aux demandes de soutien tant des professionnels que de structures comme l’Unccas qui, la semaine dernière, a demandé par la voix de son président Luc Carvounas que le gouvernement veille à ce que « la crise internationale ne se transforme pas en crise sociale ». L’Uncass demande la mise en place d’un « mécanisme de protection »  pour les ménages modestes. 

Le gouvernement a pour l’instant répondu par la négative, jugeant que l’impact de la crise n’est pour l’instant pas suffisant pour justifier des mesures de soutien du type de celles qui avaient été prises en 2022. Il estime que les stocks, d’une part, et le fait que le parc nucléaire fonctionne à plein régime, d’autre part, sont autant d’éléments qui devraient amoindrir les effets de cette guerre sur les prix de l’énergie en France. 

Dégradation de la situation

Et pourtant, le Premier ministre a fait savoir, hier, qu’une réunion des ministres se tiendra aujourd’hui, en fin de matinée, sur « le prix de l’énergie ». 

C’est probablement l’évolution de la situation, sur le terrain militaire, qui a causé cette évolution. Depuis deux jours en effet, la guerre au Moyen-Orient semble prendre un nouveau tournant, avec le bombardement par Israël d’un site gazier en Iran, auquel le régime iranien a répondu en bombardant à son tour une immense usine de liquéfaction de gaz au Qatar – site qui a été en grande partie détruit. Face à cette attaque, le président des États-Unis a menacé, cette nuit, de « détruire entièrement »  le principal site de production gazière de l’Iran.

Jusqu’à présent, les bombardements israélo-américains n’avaient frappé que des installations militaires ou des infrastructures du régime – les deux alliés s’interdisant de frapper les installations de production de gaz et de pétrole pour éviter l’escalade. Ce n’est plus le cas, ce qui a eu des répercussions immédiates sur les marchés du pétrole et du gaz : le baril de pétrole dépasse ce matin les 115 euros, quand le prix du gaz, sur le marché européen, a bondi de plus de 35 % dans la seule journée d’hier.

La crainte d’une intensification, voire d’un enlisement du conflit, avec des frappes massives, des deux côtés, détruisant des installations de production d’hydrocarbures, à quoi s’ajoute le blocage toujours en cours du détroit d’Ormuz, fait craindre une hausse durable des prix de l’énergie dont on ne voit peut-être que le début. 

C’est à cette situation que le gouvernement devrait, ce matin, consacrer sa réunion, avec peut-être, à l’issue, de premières annonces de soutien aux professionnels.

La question est également à l’ordre du jour du Conseil européen – réunion des chefs d’État de l’Union. Selon un communiqué publié par l’Élysée hier soir, les chefs d’État ont prévu d’échanger « sur les mesures à prendre pour limiter la hausse des prix de l’énergie dans le contexte actuel ». 

Il faudra attendre cet après-midi pour connaître les mesures que compte prendre le gouvernement – s’il décide bien d’en prendre. 

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