Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du vendredi 18 septembre 2026
Budget de l'état

Dépenses des collectivités, point d'indice, Ademe… : Sébastien Lecornu annonce des économies supplémentaires pour 2027

Le Premier ministre a dévoilé, hier, ses grandes orientations budgétaires pour 2027 avec des mesures d'économies qui explosent pour atteindre finalement les 54 milliards d'euros. Sans surprise, les dépenses des collectivités sont dans sa ligne de mire, tout comme les agences et les opérateurs. Aucun coup de pouce n'est également prévu sur les salaires des fonctionnaires.

Par A.W.

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Un grand écart à 24 milliards d’euros et un effort budgétaire presque doublé. C’est la potion amère qu’a annoncée, hier, Sébastien Lecornu en fixant les économies à réaliser l’an prochain non plus à 30 milliards d’euros (comme c’était encore le cas en début de semaine), mais à 54 milliards d’euros. Un « redressement important », mais pas un budget d’austérité, s’est-il défendu. 

Alors que le déficit devrait finalement grimper à 5,4 % du PIB en 2026 (loin des 5 % initialement annoncés), ce serait l’effort désormais nécessaire pour éviter un nouveau dérapage budgétaire, estime le Premier ministre, dans un entretien au Figaro, dans lequel il a dévoilé ses grandes orientations pour ce qui sera le dernier budget du mandat d’Emmanuel Macron. 

Dépenses des collectivités : une hausse limitée à 1,8 %

« Ces économies serviront à refroidir considérablement le moteur des dépenses qui augmentent inexorablement chaque année », explique Sébastien Lecornu, à quelques jours de la présentation définitive du projet de loi de finances (PLF) pour 2027. Sans cela, « le déficit 2027 tutoierait les 6,5% du PIB », justifie-t-il, en pointant la remontée brutale des taux d’intérêt de la France. Résultat, le pays va « devoir trouver 10 milliards d’euros supplémentaires pour financer »  la charge de la dette. Dans ce contexte, le budget de l’État « sera gelé en valeur »  l’an prochain, en excluant le budget des Armées.

C’est désormais devenu une habitude ces dernières années : le Premier ministre rend, au passage, responsable les collectivités d’une partie de la dérive budgétaire. L’ancien maire de Vernon cible ainsi les dépenses de fonctionnement des collectivités locales qui, « affichent une augmentation spontanée de 7 milliards d’euros qu’il faudra également freiner ». Sans plus de précisions sur ce chiffrage. Début juillet, on se souvient que le ministre des Comptes publics, David Amiel, avait déjà pointé « un risque de dérapage [...] de 2 milliards d’euros sur les collectivités locales », avant d’annoncer un nouveau tour de vis. 

Comme cela était prévu depuis l’été, le Premier ministre rappelle que « la hausse des dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales ne devra pas dépasser l'inflation ». Soit une hausse de 1,8 % en 2027 (contre + 2,1 % en 2026), comme l'anticipe Bercy. Un effort qu’il juge « important, mais loin d'être brutal ». S’il ne s’attarde pas précisément sur le sort qu’il leur réservera, on peut rappeler que les collectivités sont menacées de devoir faire un effort de « 6 à 7 milliards d'euros »  en 2027. Parmi les mesures douloureuses envisagées, un plafonnement du FCTVA. 

Les régions seraient également ciblées, sur l’apprentissage ou la formation professionnelle. En outre, l’enveloppe dédiée aux « relations avec les collectivités territoriales »  – qui comprend les dotations de soutien à l'investissement – pourrait subir une baisse de plus de 200 millions d’euros. En revanche, le Fonds vert devrait être revu à la hausse d’environ 160 millions d’euros pour le porter à un milliard d’euros.  

Gel des salaires des fonctionnaires

Il n’y aura pas de miracle non plus pour les agents et leur pouvoir d’achat. « Le point d'indice des fonctionnaires, qui concerne également les collectivités territoriales, sera gelé », a tranché Sébastien Lecornu, en assurant, toutefois, que son gouvernement ouvrirait « des discussions avec les syndicats pour éviter que les fonctionnaires ayant les salaires les plus bas ne soient exposés à l'inflation ». Une décision qui permettrait de « dégager 2 milliards d'euros », a-t-il évalué, alors même qu’aucune promesse n’avait été faite en la matière.

Cette nouvelle « année blanche »  en vue pour les agents a été vivement critiquée par les syndicats qui ont appelé à une grande mobilisation la veille de la présentation du budget. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a ainsi dénoncé « un scandale, qui confirme la nécessité d'une journée noire le 29 septembre ».

« Depuis 2017, les fonctionnaires ont déjà perdu plus de 16 % de pouvoir d'achat »  avec les gels successifs du point d'indice, a-t-elle déploré, prédisant que « ce sera 3 % de plus l'année prochaine avec l'inflation ». Mercredi, le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) avait publié un rapport – adopté unanimement par les organisations syndicales et les représentants des employeurs – qui confirmait cette érosion du pouvoir d'achat des agents, dont la première cause n’est autre que… le gel « quasi permanent »  du point d’indice. 

L’Ademe et son Fonds chaleur amputés ?

Autre secteur dans le viseur du gouvernement depuis un certain temps et qui concerne les collectivités au premier chef : les opérateurs et les agences. Ces derniers « verront aussi leurs enveloppes diminuer », a confirmé le chef de l’exécutif. Malgré l’été le plus chaud jamais enregistré dans le pays, les agences de la transition énergétique ne seront vraisemblablement pas préservées. Bien au contraire.

Selon Le Monde, l’exécutif envisage ainsi de diminuer de plus de 30 % le budget de l’Ademe, à travers une coupe dans son budget d’intervention « de plus de 300 millions d’euros ». L’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie « dispose d’un budget appelé "incitatif" qui lui permet de financer des projets innovants portés par des entreprises ou des collectivités. Déjà raboté ces dernières années, il s’élevait à 1 milliard d’euros en 2026 », rappelle le quotidien du soir. Concrètement, ce serait le Fonds chaleur qui « supporterait une bonne partie de cette baisse », alors que ce dispositif finance les projets de production de chaleur et de froid à partir d'énergies renouvelables et de récupération.

Toujours d’après les informations du Monde, le fonds d'économie circulaire serait aussi affecté. Après avoir déjà été sévèrement réduit, le montant de ce dispositif qui aide là aussi les collectivités, les associations et les entreprises à financer la gestion des déchets et le recyclage, subirait, pour sa part, « une diminution de moitié ». « Il s’établissait à 95 millions d’euros en 2026, contre trois fois plus deux ans plus tôt », rappelle le journal.

De manière générale, les opérateurs de la transition écologique devraient connaître des coupes substantielles dans leurs effectifs, comme l’a dévoilé récemment Contexte. « Agences de l’eau, parcs nationaux, Office français de la biodiversité, Ademe… Aucun de ces établissements publics sous autorité du ministère de la Transition écologique n’est épargné par les coupes d’effectifs que prévoit le gouvernement dans son projet de budget 2027», assure le site spécialisé dans les institutions et les politiques publiques. 

Prestations sociales

Si Sébastien Lecornu promet la « stabilité fiscale », d’autres sources d’économies sont sur la table. Au coeur du débat depuis plusieurs semaines, les retraités seraient soumis à un effort qui restera « inférieur à six milliards d'euros », assure le Premier ministre. Par ailleurs, les modalités de ce coup de rabot – désindexation par rapport à l'inflation ou suppression d'un abattement – devront être décidées par les parlementaires.

Le chef de l’exécutif s’est toutefois opposé à une année blanche « totale »  qui gèlerait l’ensemble des prestations sociales. Il compte ainsi préserver « le minimum vieillesse, l'allocation aux adultes handicapés, le RSA ou les petites pensions ». Mais pour certaines allocations comme les APL, le gel sera « possible », Sébastien Lecornu proposant également d'instaurer un délai de « carence »  pour le versement de certaines allocations non-contributives – « celles qui ne dépendent pas du travail »  – aux étrangers.

Le gouvernement prévoit aussi de faire des économies sur les arrêts maladie, « pour environ 2 milliards d'euros ». En outre, « le budget actera la réforme sur les ruptures conventionnelles pour une économie de 100 millions d'euros l'an prochain, puis de 800 millions d'euros à l'avenir en année pleine », alors que « la loi contre la fraude fiscale et sociale, et de nouveaux moyens avec de l'IA permettront de récupérer 1 milliard d'euros supplémentaires ».

Dans le détail, il a annoncé que « les ministères de la Justice, de l'Intérieur, de la Recherche et de l'Écologie afficheront des crédits en hausse », tandis que d'autres vont « devoir faire des économies très importantes »  , comme le ministère du Travail qui « devra réaliser 2,5 milliards d'euros d'effort ».

Une « potion d'austérité »  qui mènerait le pays « droit dans le mur », ont fustigé plusieurs parlementaires. Ces choix budgétaires sont, sans surprise, sous le feu des critiques et ont été pour l’essentiel rejetés par les oppositions, qui agitent la menace de la censure en l'absence de majorité à l'Assemblée nationale. Sébastien Lecornu promet donc de faire passer le budget sans avoir recours « ni au 49.3 ni aux ordonnances », à condition qu'il n'y ait... pas « d'obstruction parlementaire ».

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