Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron
Par Franck Lemarc

Ceux qui espéraient qu’Emmanuel Macron annoncerait un geste du gouvernement sur le prix des carburants auront été déçus. Le chef de l’État, interrogé hier pendant une quarantaine de minutes sur TF1 et France 2, a exclu – pour l’instant du moins – tout blocage des prix ou diminution des taxes permettant de faire baisser rapidement le prix des produits énergétiques.
« Agir » sur le plan diplomatique et militaire
Sur ce sujet, le président de la République a clairement indiqué que son souhait était de traiter le problème « à la source » , si l’on peut dire, c’est-à-dire d’agir sur le plan diplomatique pour aider au déblocage du détroit d’Ormuz. « Le cœur de notre action, ça va être d’essayer de faire baisser la tension » . Mais pas seulement sur le plan diplomatique : la France va également agir militairement, en envoyant « des soldats » pour aider à sécuriser le port de Yanbu, en Arabie saoudite, située sur la mer Rouge.
Pour comprendre cette décision, il faut avoir en tête les données géopolitiques du moment : le pétrole produit dans les pays du golfe Persique, pour être acheminé vers l’Europe, doit emprunter le détroit d’Ormuz, partiellement bloqué par l’Iran et les États-Unis. Puis, les pétroliers contournent les côtes du Yémen et remontent vers le nord et le canal de Suez en empruntant le détroit de Bab el-Mandeb. Or ce détroit est à ce jour menacé de blocage par les rebelles Houthis du Yémen… ce qui va rendre encore un peu plus difficiles les approvisionnements de l’Europe en pétrole et a amené le nouveau renchérissement du prix du pétrole.
Mais il existe un autre passage, terrestre, celui-ci : un immense oléoduc qui traverse toute l’Arabie saoudite d’est en ouest, reliant les zones de production pétrolière, au bord du golfe Persique, au port de Yanbu en mer Rouge, proche du canal de Suez. Les installations de ce port ont été « très abîmées » par les récentes attaques houthistes, a précisé hier Emmanuel Macron. Le chef de l’État a donc décidé que la France allait s’engager militairement pour protéger ce point de passage. Ce qui représente une annonce majeure, puisque c’est la première fois que le pays s’engage militairement dans l’actuel conflit au Moyen-Orient.
Emmanuel Macron entend également s’engager diplomatiquement, avec les autres chefs d’État européens, pour convaincre le président américain Trump de ne pas interrompre ses exportations de gazole vers l’Europe, comme celui-ci semble l’envisager. Cette décision serait catastrophique pour le portefeuille des Français : des experts ont calculé hier qu’une telle décision porterait probablement le prix du litre de diesel à… 3,90 euros.
« Baisser les prix plutôt que les taxes »
Reconnaissant que la situation actuelle est déjà « terrible pour beaucoup de familles », le chef de l’État a nié tout risque de « pénurie » à court terme sur « le diesel, le gaz et le fioul » , indiquant que les réserves seront suffisantes au moins pour les trois mois à venir. Ce qui n’empêche pas, soit dit en passant, que des pénuries locales se fassent déjà sentir, un certain nombre de stations-service étant à sec dans le pays. Notons que ce matin, au Journal officiel, un arrêté a été publié pour lever, jusqu’au 12 octobre, l’interdiction de circulation des camions-citernes les samedis et dimanches, « afin de sécuriser la continuité des approvisionnements en carburants depuis les dépôts pétroliers vers les points de distribution et les clients finaux » . Preuve, s’il en fallait, que les difficultés d’approvisionnement sont bien réelles, malgré la baisse de la consommation due à l’explosion des prix.
Le chef de l’État a naturellement été interrogé sur les baisses de taxe réclamées par plusieurs partis politiques. Sa politique est claire : « Faire baisser les prix avant de faire baisser les taxes ». Même s’il affirme qu’il ne faut « rien exclure », si la situation devait se poursuivre pendant des mois, il a justifié son refus de diminuer les taxes par plusieurs arguments : d’abord le caractère insuffisamment ciblé à ses yeux de cette mesure (« Quand vous baissez les taxes, vous aidez tout le monde, y compris (ceux) qui auraient les moyens de se payer le plein » ). Ensuite, Emmanuel Macron a pointé le coût d’une mesure de diminution des taxes : « Sur un mois, baisser (les taxes sur le carburant) de 20 centimes, c’est un milliard d’euros », a-t-il expliqué. « Ces taxes-là, elles servent à financer les dépenses de l’État (mais aussi) les dépenses des collectivités locales, des régions, des départements et des communes ».
Cette déclaration est pour le moins imprécise. De quelles « taxes » parle le chef de l’État ? S’il s’agit de l’accise sur les carburants (l’ex-TICPE), elle ne revient ni aux communes, ni aux départements : seules les régions en bénéficient d’une fraction. Si Emmanuel Macron parle de la TVA, c’est un autre débat. En effet, aujourd’hui, toute la fiscalité locale qui a été supprimée par le même Emmanuel Macron et ses prédécesseurs (de la taxe professionnelle à la taxe d’habitation en passant par la CVAE) a été remplacée par une compensation par l’État sous forme de part de TVA. Et ce qui se passe en ce moment justifie pleinement les critiques virulentes des associations d’élus contre ce dispositif : au lieu de disposer d’une ressource propre, assise sur la fiscalité locale, elle-même décidée sous la responsabilité des élus locaux, le financement des communes dépend de plus en plus de facteurs qui leur sont entièrement extérieurs. Résultat : aujourd’hui le chef de l’État peut refuser une baisse de la TVA, dans une situation qui affecte profondément le pouvoir d’achat des Français… en expliquant qu’une telle baisse serait mauvaise pour les collectivités locales. C’est le serpent qui se mord la queue.
Pas de dissolution
Sur le plan politique, Emmanuel Macron a comme toujours assumé ses décisions passées, qu’il s’agisse du « quoi qu’il en coûte » ou de la dissolution de 2024 (« j’ai remis le pouvoir aux Français, les Français ont fait leur choix » ), ne regrettant qu’une chose : n’avoir « pas su » convaincre sur la nécessité d’une réforme des retraites. Il a mis en garde contre d’éventuels mouvements sociaux, estimant, d’une part, que ceux-ci ne serviraient à rien puisqu’ils ne résoudraient pas la situation géopolitique ; et, d’autre part, que de tels mouvements « ne nous aideraient pas collectivement ».
Il a enfin exclu la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée nationale avant la présidentielle, en cas de blocage sur le budget. « Ce ne serait pas bon pour le pays », a-t-il expliqué, cela « rajouterait de l’instabilité politique » et empêcherait « le prochain président ou la prochaine présidente » de pouvoir dissoudre à nouveau en arrivant à l’Élysée – puisque la Constitution interdit toute dissolution dans un délai de 12 mois après la précédente, même si le président de la République a changé.
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