Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 9 mars 2026
Guerre au Moyen-Orient

Carburant, fioul, engrais : les prix s'envolent

Le gouvernement avait promis qu'il ne laisserait pas faire, mais la réalité est là : la guerre au Moyen-Orient provoque une flambée des prix des carburants, tant pour les particuliers que pour les professionnels. Pour le gaz, l'exécutif promet que les conséquences de la crise seraient relativement indolores pour les particuliers.

Par Franck Lemarc

« Ceux qui augmentent les prix auront affaire à moi ! ». La semaine dernière, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, se montrait martial face à la crainte d’une augmentation irraisonnée des prix à la pompe. Ces déclarations n’ont manifestement pas eu l’effet escompté : les carburants ont augmenté, en moyenne, de 15 % en une semaine, augmentation qualifiée de « vertigineuse »  par Frédéric Plan, conseiller national de la Fédération française des combustibles, qui dit n’avoir « jamais vu une augmentation aussi forte en si peu de temps ». 

« Pratiques abusives » 

L’essence sans plomb 95-E10 a augmenté en moyenne de 12 centimes par litre depuis le début de la guerre en Iran, le 28 février, tandis que le diesel a pris presque 30 centimes, passant dans de nombreuses stations au-delà de 2 euros le litre. Le prix du gazole est en effet beaucoup plus réactif aux crises, tout simplement parce que la demande mondiale de ce carburant est nettement plus importante que celle de l’essence – dans la mesure où les flottes de camions et de navires, qui consomment un volume infiniment plus important que les voitures individuelles, fonctionnent au gazole. Ainsi, en période de tension, les mouvements spéculatifs sur le gazole sont plus importants que ceux qui touchent l’essence.

Ces hausses de prix relèvent pourtant davantage d’une anticipation de la part des distributeurs plutôt que des conséquences réelles de la hausse des prix du pétrole. En effet, il s’écoule en moyenne 45 jours entre l’achat de pétrole par les compagnies et la distribution de l’essence dans les stations-service. L’essence vendue en ce moment dans les stations a donc été achetée plus d’un mois avant le déclenchement de la guerre. 

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a donc dénoncé hier ce qu’il appelle « des pratiques abusives »  et annoncé un plan de contrôle exceptionnels de « 500 »  stations-service (qui sont au nombre de 10 000 dans le pays). 

Tout laisse pourtant à penser que la hausse ne fait que commencer et qu’elle sera durable : c’est en effet maintenant que le prix du baril de pétrole est en train de flamber, du fait du blocage du détroit d’Ormuz et des attaques contre des installations de traitement des hydrocarbures, tant en Iran que dans les monarchies du Golfe. La courbe des prix du baril est littéralement exponentielle depuis une semaine : le 26 février, il était coté à 70 dollars ; ce matin, il dépasse les 106 dollars, et on ne voit pas ce qui pourrait ralentir cette hausse dans les jours, voire les semaines à venir. Cette hausse du prix du brut va, elle, se répercuter sur les prix à la pompe dans plusieurs semaines, dans la mesure où de très gros exportateurs de pétrole voient leur production s’effondrer : incapables d’acheminer leur production par bateau, et voyant leurs capacités de stockage saturées, des pays comme l’Irak ont annoncé ce week-end une baisse de leur production de 70 %.

Les niveaux du prix du pétrole n’atteignent pas encore les records de 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie (150 dollars le baril), mais les experts craignent que ce niveau soit atteint rapidement.

Impact plus « modéré »  pour le gaz 

Autre carburant dont le prix s’envole, avec des répercussions qui pourraient être graves pour les particuliers : le fioul. Entre le 1er mars dernier et hier, le prix moyen des 1000 litres de fioul est passé de 1 181 à 1 634 euros, soit une hausse de 27 % ! 

Quant au prix du gaz, s’il augmente aussi rapidement sur les marchés, Bercy a affirmé, en fin de semaine dernière, que les conséquences de cette hausse ne se feraient pas sentir pour les particuliers avant le mois de mai, et seulement pour les consommateurs qui n’ont pas souscrit à une offre à prix fixe, soit environ 7 millions de ménages. Pour ceux-là, une hausse «  de 5 à 10 % »  de la facture est à craindre à partir du mois de mai, ce que le ministère relativise en expliquant qu’il s’agit d’une période où l’on éteint les chauffages. L’impact ne serait donc de « quelques euros par mois », espère Bercy.  Il n’en ira pas de même pour les collectivités qui ne bénéficient pas de prix fixes (c’est-à-dire notamment les plus grandes d’entre elles), pour qui une hausse de 10 % du prix du gaz représenterait un coût supplémentaire très important. 

Le gouvernement n’envisage aucunement, pour l’instant, la mise en place d’un « bouclier tarifaire »  comme cela avait été le cas lors de la crise énergétique de 2022, disant ne pas avoir de visibilité sur la durée du conflit. Il est « trop tôt »  pour aborder cette question, a déclaré ce matin la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Énergie, Maud Bregeon.

L’agriculture frappée de plein fouet

Cette crise est également un nouveau coup dur pour les agriculteurs, dans la mesure où elle intervient à une période de sortie d’hiver, où les tracteurs tournent à plein régime. Le GNR (gasoil non routier) a augmenté la semaine dernière de 30 % en 48 heures, ce qui grève les coûts de production notamment pour les céréaliers. Vendredi, la FNSEA a demandé au gouvernement de mettre en place d’urgence des mesures de soutien, proposant la remise en œuvre d’un bouclier tarifaire « carburant »  et la création d’un crédit d’impôt exceptionnel « énergie ». Sans réponse pour l’instant de la ministre.

Autre motif d’inquiétude pour les agriculteurs : l’explosion des prix des engrais, elle aussi liée à la guerre au Moyen-Orient. En dehors du pétrole et du gaz en effet, cette région est également le siège de la production d’environ un tiers des engrais azotés fabriqués dans le monde. Or dans plusieurs pays du Golfe, la production de soufre, d’ammoniac et d’urée, ingrédients indispensables à la fabrication de ces engrais, est interrompue – sans compter que le transport, comme celui des hydrocarbures, est impossible. Conséquence mécanique : dans ce secteur aussi, les prix s’envolent, au pire moment puisque la période des semis est en cours. Les marchés, qui anticipent une production qui pourrait diminuer par manque d’engrais, ont déjà réagi : les prix des céréales, notamment le blé et le maïs, sont déjà en hausse depuis quelques jours. Cette situation, outre ses conséquences sur le budget des agriculteurs, fait craindre à bien plus grande échelle de graves difficultés alimentaires notamment dans les pays les plus pauvres, dans les mois à venir.

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