Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux
Édition du lundi 6 juillet 2026
Canicule

Après la canicule, des incendies exceptionnellement graves et précoces

De graves incendies de forêt se sont déclenchés avec une précocité exceptionnelle, après les deux vagues de chaleur successives de mai et juin. C'est dans les Pyrénées-Orientales que la situation est la plus préoccupante. Des députés appellent à la création d'un « Fonds national d'anticipation des feux de forêt ».

Par Franck Lemarc

Sept départements sont classés en vigilance rouge sur la carte météo des forêts de Météo-France, aujourd’hui, tandis qu’une quarantaine d’autres sont en vigilance orange, jusque dans le nord-est du pays. En rouge, l’Ardèche, la Drôme, l’Aude, le Gard, l’Hérault, les Pyrénées-Orientales et le Vaucluse sont soumis à des conditions particulièrement défavorables : chaleur très élevée, taux d’humidité dans l’air très faible, sécheresse des sols et de la végétation et vents forts. Il s’agit, pour les pompiers, du pire cocktail possible – qui transforme la moindre étincelle en vecteur potentiel d’incendie grave. 

26 communes évacuées dans les Pyrénées-Orientales

Depuis la fin de la semaine dernière, des incendies plus ou moins importants se sont déclenchés dans le Gard, la Drôme, l’Aude, le Vaucluse. Certains secteurs sont particulièrement fragilisés du fait des séquelles de la tempête Nils de cet hiver, qui a abattu des milliers d’arbres : arbres et branches morts sont particulièrement propices à l’embrasement. C’est le cas notamment dans les hauts cantons de l’Hérault, où un incendie s’est déclaré hier soir. 

Mais c’est dans les Pyrénées-Orientales que la situation est la plus grave ce matin, où 4 600 hectares ont déjà été parcourus par un feu d’une extrême virulence. Parti de Trévillach, le feu s’est rapidement étendu dans le massif des Aspres, et la gravité de la situation a conduit le préfet à déclencher le dispositif FR-Alert en direction des habitants de 26 communes, dont Ille-sur-Têt (5 500 habitants) pour leur ordonner d’évacuer. Les personnes dans l’incapacité de se déplacer ont été invitées à contacter leur mairie pour être prises en charge. Des points de rassemblement pour les quelque 10 000 personnes évacuées ont été organisés dans les communes voisines de Thuir et de Canohès, et les personnes ont ensuite été dirigées vers des structures communales, dont des gymnases, notamment à Perpignan.

Ce matin, la préfecture a instamment demandé à la population de « ne pas retourner dans les villages évacués, même pour récupérer des objets personnels ou pour se rendre sur (leur) lieu de travail ». La direction départementale du travail a immédiatement déclenché le dispositif de mise en activité partielle pour les entreprises qui en font la demande, lorsque leurs salariés sont dans l’incapacité de se rendre sur leur site. « Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille et leur secteur d’activité, sont éligibles », indique la DDETS.

À l’heure où nous écrivons, le feu n’est toujours « ni fixé ni contenu », a indiqué ce matin le préfet du département, Pierre Regnault de la Mothe, lors d’un point presse, remerciant au passage « les habitants pour leur civisme et leur courage et les maires et leurs équipes pour leur mobilisation ». 

La préfecture a malgré tout décidé de maintenir l’étape du jour du Tour de France qui va précisément passer dans les Pyrénées-Orientales, en remontant depuis l’Espagne. La caravane publicitaire a néanmoins été annulée et l’étape se déroulera « sans public ». 

Travaux de fauche limités

Les conditions météorologiques très particulières de ces dernières semaines – chaleurs extrêmes et absence presque totale de pluie – laissaient présager une saison des incendies de forêt particulièrement tendue, avec une extension dans le temps – elle ne débute en général pas avant la mi-juillet – et dans l’espace : des départements comme la Meuse ou l’Oise ne sont pas vraiment habitués à se retrouver en vigilance orange. 

Dans ces conditions, les préfectures rappellent un peu partout les précautions élémentaires à marteler aux habitants : ne jamais jeter un mégot dans la nature, ne faire des barbecues que sur les terrasses (voire ne pas en faire du tout), éviter les travaux en extérieur (perçage, tronçonnage, soudure, etc.). Le respect des obligations légales de débroussaillement est déterminant pour protéger les habitations mais, dans les zones les plus à risque, il est trop tard pour y procéder : l’usage d’une débroussailleuse peut générer des étincelles.

Dans certains départements, comme la Haute-Loire, les préfectures ont pris des arrêtés pour limiter les travaux agricoles (moissonnage) ou réalisés par les services des collectivités (fauchage) : en fonction du niveau de menace, ces travaux peuvent être limités et assortis de précautions particulières (présence d’une tonne d’eau attelée utilisable en cas de départ de feu) ; voire interdits « de 12 h à 20 h ».

Un Fonds dédié

C’est dans ce contexte que des députés de plusieurs tendances (1), écologistes, socialistes, MoDem et Renaissance, annoncent le dépôt d’une proposition de loi transpartisane « portant modification de la politique forestière pour répondre aux enjeux d’adaptation des forêts au changement climatique » . Si la plupart des articles de ce texte concernent la politique forestière, l’article 1er est directement lié à la question des feux de forêt. Il est proposé d’instaurer « un fonds national d’adaptation des forêts au risque incendie » . Ce fonds aurait notamment pour objet de financer l’acquisition et la maintenance d’avions bombardiers d’eau ainsi que de moyens terrestres pour les Sdis, mais aussi « l’accompagnement des communes forestières (…) dans la mise en œuvre d’actions d’adaptation ».

Si l’idée semble intéressante, les auteurs du texte ne disent rien ni du montant ni de la source de financement de ce fonds – questions qu’ils renvoient à un décret. 

Le texte sera présenté le 8 juillet lors d’une conférence de presse. 

(1) Premiers signataires : Hendrik Davi (EcoS), Sophie Panonacle (EPR), Chantal Jourdan (SOC), Hubert Ott (MoDem), Marie Pochon (EcoS), Dominique Voynet (EcoS)

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