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Édition du vendredi 29 mai 2026
Ecole

Adaptation des écoles face aux vagues de chaleur : les communes devront porter une grande partie de l'effort

Les vagues de chaleur sont plus fréquentes et sont appelées à l'avenir à s'étendre de mai à octobre. Pour y faire face, le ministère de l'Éducation nationale met en place un plan national pour gérer ces épisodes de fortes chaleurs dans les écoles. La majorité des mesures reposent sur les collectivités territoriales, et notamment les communes.

Par Lucile Bonnin

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© Image générée par IA

« Avec la mise en place d'un dôme de chaleur sur l'ouest de l'Europe depuis le week-end de la Pentecôte, la France connaît un épisode de très fortes chaleurs d’un niveau inédit en mai », peut-on lire dans un récent bulletin publié par Météo France. 

Dès mardi, le ministre de l’Éducation nationale Edouard Geffray a transmis à tous les directeurs d’écoles et chefs d’établissements un rappel des « consignes » : « On a un plan canicule à l'Éducation nationale depuis plusieurs années qui est fonctionnel et qui est connu de nos équipes. On rappelle à l'intérieur à la fois les règles relatives au bâtiment, évidemment, fermer les stores, aérer à la fraîche, et les consignes relatives aux élèves : vérifier qu'il n'y a pas de coups de chaleur, les faire hydrater régulièrement, distribuer de l'eau aussi souvent que nécessaire », a-t-il précisé sur France info. 

En complément, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé dans une circulaire datée du 27 mai le lancement d’un plan ministériel de gestion des vagues de chaleur. Le but : recenser « les mesures d’anticipation et de réaction à mettre en œuvre pour protéger les personnels et les usagers et garantir la continuité du service ».

Dans ce plan, l’État anticipe le fait que les vagues de chaleur vont devenir de plus en plus fréquentes et que les établissements scolaires sont pour l’heure largement inadaptés. Problème : il semblerait que ce sont les collectivités territoriales qui devront porter l’essentiel des efforts notamment dans l’adaptation du bâti, sans pour autant avoir accès à des moyens nouveaux. 

Plan ministériel de gestion des vagues de chaleur

Si auparavant la canicule était appréhendée comme une crise ponctuelle à gérer localement, le ministère de l’Éducation nationale entend changer d’échelle avec ce plan et acte le fait que la chaleur devienne un risque structurel du fonctionnement des écoles. 

Premièrement, le plan demande d’identifier les établissements scolaires les plus exposés aux fortes chaleurs pour anticiper les risques, d'éviter les fermetures et aussi de programmer des travaux d’adaptation. Le document publié mercredi précise que ce travail doit être réalisé « avec les collectivités territoriales concernées ».

Le ministère liste plusieurs éléments qui peuvent aggraver la chaleur dans les salles de classes comme ceux liés directement au bâtiment (mauvaise isolation ; toiture métallique ou zinc ; grandes surfaces vitrées ; bâtiments préfabriqués, etc.) ou les facteurs liés à l’environnement (îlots de chaleur urbains ; absence d’arbres ; cours minéralisées, etc.). Le plan créé une logique de « cartographie climatique »  des écoles. Ainsi les zones chaudes, les zones de repli, les points d’eau et les espaces frais devront être identifiés. La logique se rapproche de celle des plans de sécurité civile ou des plans incendie. Les inspecteurs de l’Éducation nationale, avec l’appui des directeurs d’école, peuvent réaliser une cartographie des zones à risque à l’échelle de l’école, et identifier les situations d’inconfort d’été en lien avec le bâti et les espaces extérieurs, en vue d’initier un dialogue sur l’adaptation du bâti avec la collectivité de rattachement. Des documents sont joints en annexe pour guider l’Education nationale dans ce travail. 

Une autre partie du plan vise à protéger les personnels. Le plan rappelle que l’employeur public doit évaluer les risques liés à la chaleur pour protéger les agents et intégrer ce risque dans le Document unique d'évaluation des risques professionnels (Duerp). Le document rappelle les mesures de prévention qui sont à prendre pour le personnel avec une demande de recensement des agents vulnérables. 

Le troisième axe du plan : adapter le fonctionnement d’une école ou d’un établissement solaire. Le ministère veut lancer une évaluation locale des risques et prévoit, dans le premier degré, que les inspecteurs évaluent les écoles avec les communes afin d’éventuellement identifier « les aménagements possibles et, le cas échéant, les solutions de relocalisation d’enseignement dans d’autres sites communaux, sous réserve des capacités communales ».

Le ministère rappelle qu’aucune température réglementaire de fermeture d’une école n’existe mais qu’une fatigue des élèves et du personnel est possible dès 30 °C et qu’il y a un risque important au-delà de 33 °C dans un salle sans ventilation. Enfin, là encore rien de nouveau, le plan insiste sur les mesures d’adaptation possibles en période de fortes chaleurs : modification des horaires, rééducation des activités, adaptation des transports scolaires, etc… Surtout, si les conditions de sécurité ne sont plus garanties, une fermeture temporaire de l’école peut être décidée par le maire, à l’issue d’un dialogue avec le préfet et les autorités académiques pour évaluer la réalité des circonstances locales. Cette mesure doit rester exceptionnelle et proportionnelle pour préserver la continuité du service et la continuité pédagogique. 

Sur ce point, l’AMF a obtenu le retrait, dans le Plan, d’une disposition prévoyant la mise en place par les communes d’un dispositif d’accueil exceptionnel des élèves en cas de fermeture d’école, en fonction du droit de retrait pouvant être exercé par les enseignants et des dispositifs d’enseignement à distance prévus. 

Les deux derniers pans du plan concernent davantage l’organisation des programmes scolaires. D’un côté, le plan prévoit que chaque établissement dispose bien d’un plan de continuité pédagogique actualisé comprenant des scénarios de fonctionnement dégradé (ouverture seulement le matin, possibilité de distanciel, accueil partiel de certains élèves, etc.). De l’autre, le plan précise que les académies ne peuvent pas modifier les dates nationales des examens.

Des objectifs sans moyens : vers une nouvelle charge pour les communes ? 

Diagnostics thermiques, travaux d’adaptation, cartographie des écoles à risque : à plus ou moins long terme il sera attendu des collectivités, notamment des communes, qu’elles connaissent l’état de leurs écoles, qu’elles aient identifié les risques et qu’elles programment des améliorations. 

Mais avec quels moyens ? Le plan met surtout en avant des projets de rénovation « passive »   avec par exemple des solutions de végétalisation, des ombrières, des brasseurs d’air, une isolation adaptée ou encore la désimperméabilisation des cours. Le ministre précise que le Fonds vert peut financer certains travaux en dehors de la climatisation classique qui n’est pas financée dans ce cadre. Des financements spécifiques existent aussi comme le programme « ÉduRénov »   piloté par la Banque des Territoires, qui élargit son offre pour tenir compte de l’évolution climatique, ou les fonds de soutien locaux, qui sont rappelés sur la plateforme nationale www.renovation-bati-scolaire.fr.

Malheureusement cet appel à investir dans la rénovation n’est pas accompagné d’un déblocage de nouveaux fonds et s’inscrit dans un contexte de baisse des dotations de l'État aux collectivités, en particulier le Fonds vert qui était l'outil le plus simple et le plus adapté pour financer ce type de travaux. Il sera difficile, dans le contexte de disette budgétaire que connaissent aujourd’hui les collectivités, de rénover efficacement et rapidement le bâti scolaire avec les seuls investissements de ces dernières… 

L’AMF a rappelé au ministre de l’Éducation nationale, dans un courrier daté du 1er avril 2026, que les collectivités doivent disposer de dispositifs d’accompagnement financier solides et pérennes pour pouvoir rénover efficacement les écoles maternelles et élémentaires publiques sur les plans énergétique et thermique, comme le prévoit le protocole d’accord signé le 8 avril 2025 entre le ministère et l’association. 

Consulter le plan du ministère de l'Éducation nationale

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