Maire-info
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Édition du mardi 13 janvier 2026
Énergies renouvelables

La Cour des comptes fait le point sur le développement « décevant » de la géothermie

La Cour des comptes a publié ce matin un rapport sur « les soutiens publics au développement de la géothermie », où elle relève que malgré un soutien financier « significatif », la géothermie peine à se développer. Plus qu'une augmentation des aides, la Cour recommande une refonte de la réglementation.

Par Franck Lemarc

« Énergie locale, renouvelable et décarbonée, production stable, prévisible et largement disponible sur le territoire » … la géothermie semble bien avoir toutes les qualités. Pourtant, elle ne représente que 1 % de la consommation finale de chaleur en France, et ce malgré un soutien des pouvoirs publics qui s’est élevé en 2024, toutes technologies confondues, à 233 millions d’euros.

Rappelons qu’il existe trois types de techniques : la géothermie de surface, à faible profondeur, a généré 4,7 TWh de chaleur en 2023 ; la géothermie profonde calogène (production de chaleur) exploite les nappes d’eau chaude à grande profondeur (2,3 TWh en 2023) ; et enfin la géothermie profonde électrogène, qui permet de produire de l’électricité à partir de la chaleur captée en grande profondeur. Cette dernière technique, essentiellement utilisée outre-mer dans les zones volcaniques, reste encore marginale (0,1 TWh).

Il existe, relève la Cour, un contraste important entre le potentiel de la géothermie et son faible développement – en établissant en différence entre la géothermie de surface, qui s’adresse aux particuliers, et la géothermie profonde, qui s’adresse à des maîtres d’ouvrages institutionnels, au premier rang desquels les collectivités. 

Géothermie de surface : le frein financier

La géothermie de surface, malgré ses atouts, n’a « pas tenu ses promesses », relève la Cour. L’installation de pompes à chaleur géothermiques, si elle a connu un pic entre 2005 et 2010, s’est effondrée par la suite et « ne parvient pas à redécoller » : il se vend aujourd’hui environ 100 fois plus de pompes à chaleur (PAC) « aérothermiques »  que de PAC géothermiques. En cause : des coûts d’installation plus élevés, des travaux d’installation complexes car nécessitant des forages, une carence de professionnels et « une maturité industrielle et une notoriété faibles ». Les magistrats pointent également la grande complexité des aides financières. Le « plan d’action »  lancé en 2023 par le gouvernement n’a pour l’instant, selon la Cour, pas produit ses effets. 

Dans ces conditions, les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie semblent « inatteignables ». La Cour estime que, pour faire progresser l’usage de cette technologie, le « desserrement »  de certaines contraintes réglementaires, notamment sur les forages, seraient plus efficaces qu’une augmentation des aides publiques. Les magistrats financiers estiment également que l’accent doit être mis sur le développement de cette technologie dans le logement collectif, notamment social. 

Géothermie profonde : alléger les contraintes

Pour ce qui concerne la géothermie profonde, la Cour juge que les objectifs de la PPE sont « atteignables », mais « sous condition ». Cette technique, qui capte la chaleur des nappes d’eau chaude situées entre 200 et 2 000 m de profondeur, est essentiellement utilisée pour alimenter les réseaux de chaleur urbains. Mais elle est largement « sous-exploitée », en dehors de l’Île-de-France. 

L’utilisation de cette technique a réellement décollé à partir de 2009, après la création du Fonds chaleur. En Île-de-France, la région a apporté une aide financière très importante qui a conduit à une multiplication des projets (cette région concentre 36 des 43 projets subventionnés par le Fonds chaleur depuis 2015). 

L’un des principaux freins au développement de cette technologie est le coût des investissements initiaux, « très élevés », et « l’incertitude liée à la ressource géologique ». Parmi les recommandations de la Cour, on trouve donc celle d’une « amélioration de la connaissance du sous-sol », qui permettrait de réduire cette incertitude. Cet inventaire de la ressource géothermale a bien été lancé, en 2023… mais ses résultats ne peuvent être divulgués immédiatement : ils restent confidentiels pendant 10 ans, comme l’exige le Code minier. La Cour demande que ces dispositions soient revues. 

Elle souhaite également que les règles soient revues sur les permis – pour lesquels les délais sont longs et les procédures complexes. C’est selon elle le seul moyen de parvenir à atteindre l’objectif d’une production de 6 TWh en 2030. 

Accéder au rapport.  

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