Crise de l'énergie : le gouvernement se défend de constituer une « cagnotte » et s'oppose toujours à des aides généralisées
Par Franck Lemarc

Le gouvernement a communiqué, vendredi 3 avril, pour répondre aux accusations – notamment venues du Rassemblement national – selon lesquelles il se « remplirait les poches » aux dépens des automobilistes grâce à l’augmentation exponentielle des prix des carburants. Plusieurs mouvements politiques demandent au gouvernement, eu égard aux recettes supplémentaires générées par cette crise, une diminution des taxes pour faire baisser la facture des consommateurs.
Recettes supplémentaires et hausse des taux d’intérêt
Dans sa communication, le ministère de l’Action et des Comptes publics ne nie pas l’État a encaissé des recettes supplémentaires du fait de la hausse des prix. C’est un phénomène mécanique : les taxes sur le carburant s’appliquant en pourcentage calculé sur le prix du litre, leur produit augmente automatiquement quand le prix du carburant augmente. Ces taxes sont essentiellement l’accise sur les énergies (ex-TICPE), qui s’élève à environ 40 %, et la TVA (20 %) qui s’applique sur le prix global, accise comprise.
Au mois de mars, les recettes liées à ces taxes ont été en hausse de 270 millions d’euros par rapport au mois de mars 2025, indique le gouvernement (120 millions sur la TVA et 150 millions d’accise). Cette hausse a surtout été constatée au début du mois de mars : il semble qu’il y ait eu un phénomène de ruée sur les stations essence en prévision d’une hausse des prix dès l’éclatement de la guerre. Par la suite, la consommation a au contraire fortement baissé (« - 22 % sur les dix derniers jours de mars » ). Le gouvernement estime que cette baisse de la consommation pourrait se poursuivre en avril, du fait du niveau très élevé des prix, ce qui induirait une diminution des recettes fiscales.
Ces 270 millions supplémentaires ne signifient pas que l’État s’enrichit sur le dos des consommateurs, plaide le gouvernement. D’abord parce que 130 millions d’euros, soit la moitié de cette somme, vont immédiatement repartir dans les mesures de soutien aux agriculteurs, pêcheurs et transporteurs. Ensuite, parce que l’État s’attend à une nette augmentation de la charge de la dette dans les mois à venir, à des niveaux bien supérieurs aux recettes nouvelles : le taux des obligations à dix ans a « nettement augmenté depuis le début de la crise » , ce qui devrait entraîner une hausse de la charge de la dette de l’État d’environ « 3,6 milliards d’euros dès 2026, soit 300 millions d’euros par mois ».
C’est une très mauvaise nouvelle pour le gouvernement, qui n’avait pas prévu cette charge supplémentaire dans le budget pour 2026. Et le pire est sans doute à venir, car la crise, si elle continue, risque de lourdement affecter la croissance et donc les recettes, ce qui pourrait largement alourdir le déficit public de 2026.
Le gouvernement présentera le 21 avril prochain une communication sur l’impact de la crise sur les finances publiques.
Augmentation brutale
Pas question donc, pour Bercy, de prendre des mesures d’aides générales vis-à-vis des automobilistes notamment. Seule nouveauté annoncée en fin de semaine dernière : le « prêt flash carburant » , ouvert aux PME et TPE dont les dépenses de carburant représentent plus de 5 % du chiffre d’affaires et exerçant dans les transports, l’agriculture ou la pêche. Ce prêt sera opéré par BPI France, sur 36 mois, pour un montant de 5 000 à 50 000 euros et avec un taux d’intérêt de 3,8 %.
Reste que pour les automobilistes, les entreprises des secteurs non aidés, les collectivités, la situation devient de plus en plus tendue. En dehors de la chaîne Total, qui a décidé de plafonner ses prix et dont les stations ont, en conséquence, été dévalisées et sont de plus en plus souvent à sec, les autres distributeurs ne se sont pas privés d’augmenter les prix de façon brutale – a fortiori lorsque la station Total voisine était vide. Le gazole à 2,30 euros devient quasiment la norme, et il est de moins en moins rare de voir des stations afficher 2,50, voire 2,70 euros.
De nombreux experts estiment désormais que la question n’est plus de savoir si le litre de gazole va passer la barre des 3 euros… mais quand. Au rythme où vont les choses – certaines stations augmentent le prix du litre de 20 centimes en une seule journée –, cela devrait hélas être rapide.
Sombres perspectives
Et ce pourrait n’être que le début. Plusieurs économistes du pétrole envisagent déjà que le prix du baril pourrait grimper jusqu’à 300 dollars dans les semaines ou les mois qui viennent, ce qui signifierait un gazole à 4 euros le litre.
Les conséquences d’une telle situation seraient incalculables : une énergie – carburant et gaz – qui se maintiendrait durablement à ces niveaux impliquerait mécaniquement une explosion de l’inflation et un ralentissement économique majeur, qui pourrait être encore amplifié par le fait qu’une part importante de la matière première industrielle (aluminium, hélium…) est produite dans le golfe Persique et est, aujourd’hui, à l’arrêt.
La perspective, extrêmement incertaine, d’une réouverture du détroit d’Ormuz ne suffirait pas, affirment les experts, à assurer un retour à la normale : un certain nombre d’infrastructures de production d’hydrocarbures sont déjà détruites et mettront des mois, si ce n’est des années, à être remises en état. Ce qui n’est pour l’instant – du fait de l’existence des réserves – qu’une crise du transport d’hydrocarbures, pourrait rapidement se transformer en crise de production.
Dans cette situation, il apparaît que le gouvernement est pour l'instant dans une forme de gestion coup par coup. Il sera sans doute nécessaire, probablement avec ses partenaires européens, d'envisager à l'avenir des mesures à la hauteur de la crise qui s’annonce.
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