Maire-info
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Édition du lundi 3 décembre 2018
Social

Gilets jaunes : des violences pas seulement à Paris

Le troisième week-end consécutif de mobilisation des gilets jaunes a été marqué par de nombreuses manifestations violentes, à Paris mais aussi dans de nombreuses villes de province – Saint-Étienne, Narbonne, Toulouse, Le Puy-en-Velay… Le Premier ministre reçoit aujourd’hui tous les responsables politiques pour tenter de trouver une issue à la crise.

Graves violences à Paris
À Paris, les affrontements se sont déroulés pendant toute la journée de samedi, de 8 h du matin jusqu’au soir. La présence de plus de 4000 forces de police n’a pas réussi à endiguer une vague de violence qui, de l’aveu du préfet de police de Paris, hier, n’avait « jamais été atteinte dans les dernières décennies ». Bilan : 133 blessés, 412 interpellations, 378 personnes placées en garde à vue – ce qui, selon le procureur de Paris, Rémy Heitz, est « le nombre le plus important »  de gardés à vue que le Parquet « ait jamais eu à gérer ».
Sur le plan matériel, le bilan est lourd : 249 incendies, dont « 112 feux de voiture », six bâtiments incendiés, du mobilier urbain et des magasins détruits, des portions entières de rues dépavées. L’Arc de triomphe, place de l’Étoile, a été dégradé. Anne Hidalgo, la maire de Paris, a parlé hier de scènes de violence « inouïe », d’un niveau « jamais vu depuis mai 1968 ». Si elle a déclaré qu’il était trop tôt hier pour faire le bilan des dégâts, elle a d’ores et déjà estimé qu’il serait beaucoup plus lourd que celui du samedi précédent – qui se chiffrait déjà en millions d’euros pour la ville. Elle a appelé le gouvernement, en prévision d’éventuelles nouvelles manifestations samedi prochain, à ne pas « décider seul »  des mesures à prendre : « Les élus locaux ont une expérience de terrain qu’il est utile de prendre en compte. » 

Nombreux heurts en province
Il n’y a pas qu’à Paris que des manifestations violentes se sont déroulées. Au Puy-en-Velay (Haute-Loire), la préfecture a été incendiée par les manifestants. À Saint-Étienne (Loire), des affrontements « extrêmement durs », selon les mots d’un communiqué du maire Gaël Perdriau, se sont déroulés et ont occasionné « d’importants dégâts tant sur l’espace public que dans les commerces ». À Toulouse, on compte pas moins de 57 blessés après la manifestation de samedi selon le préfet de la Haute-Garonne. Le marché de Noël a dû fermer et la municipalité a dû annuler le lancement des illuminations de Noël. On compte aussi 38 blessés et 9 interpellations à Tours, des incidents à Marseille et à Bordeaux. À Narbonne, une action des gilets jaunes au péage de Croix sud, sur l’autoroute A9, s’est transformée en bataille rangée dans la nuit de samedi à dimanche : les locaux du peloton de gendarmerie routière ont été incendiés ainsi que ceux de Vinci autoroute.
Au-delà de ces événements, la journée a également été marquée par des centaines de rassemblements pacifiques de gilets jaunes avec la poursuite d’actions de blocage de ronds-points, stations-services, centres commerciaux, centres des impôts…
Autre conséquence de la poursuite de ce mouvement : en Bretagne, de plus en plus de stations-services sont touchées par une pénurie de carburant, du fait des blocages de sites pétroliers à Brest et Lorient. La préfecture du Finistère a annoncé hier des mesures de restriction (30 € maximum de carburant par jour et par personne pour les particuliers).

Réponse politique
Face à cette situation, le président de la République a tenu hier une réunion de crise avec les ministres concernés. Le gouvernement semble écarter la remise en place de l’état d’urgence, un moment évoquée, et a « exclu »  toute dissolution de l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron a demandé au Premier ministre de recevoir, aujourd’hui, les principaux responsables politiques du pays. Après avoir reçu la maire de Paris, en début de matinée, le Premier ministre a déjà planifié 17 rendez-vous avec des responsables politiques de la totalité des partis représentés au Parlement. Il pourrait également recevoir des représentants des gilets jaunes, après une première tentative manquée, vendredi, lors de laquelle deux porte-parole du mouvement seulement ont accepté de se rendre à Matignon, dont un qui a quitté les lieux au bout de quelques minutes.
Le gouvernement a également fait savoir ce matin que des « mesures »  allaient être annoncées « avant les trois mois »  de concertation nationales organisées dans les régions ; et qu’un débat allait avoir lieu au Parlement sur la situation, mercredi à l’Assemblée nationale et jeudi au Sénat.
F.L.

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