Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du jeudi 29 juin 2023
Société

Mairies brûlées, équipements publics incendiés : une nuit marquée par de violentes émeutes dans de nombreuses communes

Mardi dernier, un jeune homme de 17 ans a été tué par un policier après un refus d'obtempérer. Depuis, des incendies et des émeutes se sont multipliées un peu partout en France. Plusieurs mairies ont d'ailleurs été prises pour cible et ont été ravagées par le feu.

Par Lucile Bonnin

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© Clément Lanot

Après la mort de Nahel, jeune homme âgé de 17 ans, à la suite d’un tir d’un policier après un refus d’obtempérer mardi matin à Nanterre, les tensions ont explosé en France. Des émeutes ont d’abord eu lieu dans la nuit du mardi au mercredi à Nanterre. Puis hier soir, la situation a pris une autre ampleur dans plusieurs territoires. 150 interpellations ont eu lieu.

Ce matin, Emmanuel Macron s’est exprimé en amont de la tenue d’une cellule interministérielle de crise : « Les dernières heures ont été marquées par des scènes de violences (…) contre les institutions, a-t-il déclaré à la presse. Les prochaines heures doivent d’abord conduire au recueillement, au respect ». 

De son côté, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a dénoncé « une nuit de violences insupportables contre des symboles de la République : mairies, écoles et commissariats incendiés ou attaqués. »  Violences, tirs de mortiers, départs de feux… Le nuit a été marquée par de vives tensions dans de nombreuses communes. Plusieurs mairies, commissariats et infrastructures ont été incendiés. 

Des mairies en feu 

Tôt ce matin, on apprend que la mairie de Garges-Lès-Gonesse (Val d'Oise) a été incendiée dans la nuit aux alentours de 1h30 du matin, selon France Inter. L'intérieur du bâtiment au niveau du rez-de-chaussée est notamment complètement détruit. Et le bilan s’alourdit d’heure en heure. La mairie de Mons-en-Barœul (Nord) a aussi été prise pour cible. Interrogé au micro de RTL ce matin, le maire Rudy Elegeest, élu depuis 23 ans, dit ne jamais avoir vu ça et déplore de nombreuses destructions matérielles à la mairie ainsi que l’incendie de deux salles polyvalentes de la commune. « On a échappé au pire car trois agents étaient à l'intérieur de la mairie pendant l’incendie » , ajoute-t-il. 

À Mantes-la-Jolie (Yvelines) c’est la mairie de quartier du Val-Fourré qui a été ravagée par les flammes. Les images sont impressionnantes, il ne reste plus rien. À Montreuil (Seine-Saint-Denis) aussi des mortiers d'artifice ont été tirés en direction de la mairie. La façade de la mairie de L’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a été touchée par les flammes. Du côté d’Amiens aussi les dégâts sont conséquents notamment pour la mairie de quartier l'Atrium et la médiathèque. L'école primaire et l'hôtel de ville de Bezons (Val-d'Oise) ont été incendiés. Selon Le Parisien, à Romainville (Seine-Saint-Denis), « la mairie a aussi été dégradée, et la crèche départementale située dans le quartier Youri-Gagarine ».

Le nombre de mairies attaquées et dégradées est impressionnant et la liste ci-dessus est non-exhaustive. Cette nuit-là, le chaos a été total et surtout général. Selon l’AFP, un bus a également été incendié à Grigny (Essonne), un incendie a eu lieu dans une école à Tourcoing (Nord) et à Evreux (Eure). La bibliothèque de Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle) a aussi été incendiée. Des commissariats ont été attaqués notamment à Trappes (Yvelines) ou encore à Rouen (Seine-Maritime). Plusieurs véhicules ont été incendiés dans le quartier de la Reynerie à Toulouse tout comme à Bordeaux, Lyon, Lille et Nantes.

Symbole républicain 

Le bilan de ces scènes de guerre est lourd. Il est d’autant plus lourd que ces attaques marquées par une violence inouïe ont été perpétrées à l’encontre d’institutions publiques. Pour le maire de Mons-en-Barœul, « la mairie est la maison commune des Monsois, c’est un temple du service public, un symbole républicain » . Il évoque aussi avec émotion le fait que, avec cet incendie, c’est le travail de toute une équipe municipale qui œuvre pour la commune qui a été détruit. 

Raphaël Cognet, maire de Mantes-la-Jolie, explique dans un communiqué de presse diffusé sur Twitter que « ceux qui sont encore une fois pénalisés, ce sont les habitants qui désapprouvent très massivement cet acte mais devront en payer les conséquences puisque la mairie sera sans doute fermée pendant de longs mois. » 

Olivier Véran, porte-parole du gouvernement a déclaré ce matin sur BFMTV que ces émeutes visaient à « attaquer la République ». « Mais ce n’est pas la République qui est en garde à vue, ce n’est pas la République qui a tué, ce n’est pas non plus la police de la République qui est responsable, c’est un homme qui doit être jugé si la justice l’estime nécessaire ».

Il faut souligner que ces attaques – au-delà de mettre à mal un symbole- touchent directement les maires dans leur rôle et dans leur travail. Ces incendies s’inscrivent dans un contexte déjà extrêmement difficile pour les maires. La démission du maire de Saint-Brevin (lire article ci-dessous) met en lumière partout en France la multiplication des violences, physiques et morales, subies de façon croissante par les maires : des agressions physiques aux menaces, au harcèlement et au dénigrement sur les réseaux sociaux comme dans leur vie privée ou professionnelle. L’AMF ne cesse d’alerter à ce sujet et plaide pour une meilleure prise en considération de cette violence qui augmente d'années en années à l’encontre des élus. 

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