Les collectivités continuent d'investir, grâce à une « dépendance accrue » à l'endettement, prévient l'AFL
Par A.W.
« Les collectivités continuent d’investir massivement et d’assumer un rôle central dans l’économie territoriale, mais dans un cadre marqué par l’incertitude et une dépendance accrue à l’endettement. » C’est la conclusion du traditionnel baromètre de la santé financière des collectivités de l’Agence France locale (AFL), la seule banque française détenue entièrement par les collectivités.
Dans leur nouvelle édition, les auteurs de ce panorama des finances locales pour l’année 2025 préviennent : le « véritable enjeu » pour le mandat qui vient de débuter « n’est plus seulement le niveau d’investissement, mais sa soutenabilité dans la durée ». Et cela, dans un environnement budgétaire « durablement contraint ».
Capacité de résistance
Pourtant, dans leur ensemble, les collectivités ont connu une « amélioration globale » de leur santé financière en 2025, selon l’AFL qui nuance toutefois : les conclusions du baromètre mettent « moins en évidence un retour à la normale qu’une capacité de résistance sous contrainte ».
« Dans un contexte de ralentissement de l’inflation, la progression de l’épargne brute (+ 6,3 %) et la stabilisation des principaux indicateurs traduisent la capacité d’adaptation des élus locaux, malgré leur contribution accrue au redressement des comptes publics », résument ainsi les auteurs de l’étude.
Dans le détail, la situation financière du monde local apparaît plutôt « assez contrastée » en 2025. Avec « deux dynamiques » qui se confirment. D’un côté, « un bloc communal encore solide mais sous tension croissante ». De l’autre, « des départements et des régions engagés dans un redressement fragile ».
Au sein même des communes, la réalité des situations apparaît également « de plus en plus différenciée », alors que le niveau d’épargne brute a progressé de 3,1 % sur le dernier exercice, après une baisse de 3,2 % en 2024.
Dégradation pour les petites communes
En fait, deux dynamiques se dessinent aussi parmi les communes : « Celles de plus de 100 000 habitants voient leur situation s’améliorer, portées par une progression soutenue de leurs recettes et un redressement de leur épargne, tandis que la situation se dégrade pour la majorité des autres strates, en particulier les plus petites, dont les recettes sont moins dynamiques », observe l’AFL.
Plus précisément, « la dégradation la plus marquée concerne les plus petites communes (moins de 2 000 habitants) », la strate des moins de 500 habitants étant « celle qui voit sa situation financière évoluer le moins favorablement » du fait du recul de leur niveau d’épargne brute (- 8,7 %) causé principalement par la baisse des recettes des impôts et des taxes (- 1,1 %). Toutefois, les plus petites communes restent « structurellement les mieux notées ».
Selon l’AFL, plusieurs indicateurs confirment ce constat. D’abord, le pourcentage de communes présentant une situation financière dégradée est en hausse : il est passé de 4,6 % d’entre elles en 2024 à 5,3 % l’an passé. Ensuite, le nombre de communes ayant une épargne nette négative a progressé de 17 % en un an et concerne désormais 6 514 communes (contre 5 534 en 2024 et 4 816 en 2023), soit 18,5% des communes. Enfin, le recours à l’emprunt a lui aussi bondi de 15,8 %.
Autofinancement en recul
En effet, malgré le redressement de l’autofinancement de l’ensemble des collectivités observé en 2025, le recours à la dette poursuit sa progression, indiquent les auteurs du baromètre en pointant « une situation singulière » : « Les collectivités continuent d’investir massivement alors même que cet effort est financé de manière croissante par l’emprunt ».
Résultat, à la fin du mandat précédent, l’investissement local a atteint « un niveau historique » et « exceptionnel », selon l’AFL, qui l’établit à 84,5 milliards d’euros, dont 66,9 milliards d’euros d’équipement brut (+ 3,6 %). Cependant, note la banque des collectivités, « le modèle de financement évolue » puisque « la part de l’autofinancement recule (27 % en 2025 contre 34 % en 2019), tandis que l’emprunt représente désormais près d’un tiers du financement de l’investissement ». Sur ce point, l’exercice 2025 marque d’ailleurs « un nouveau record » avec 29,5 milliards d’euros d’emprunts nouveaux, après 27 milliards d’euros en 2024.
« Cette dynamique se traduit par une hausse de l’encours de dette, qui atteint désormais les 225,8 milliards d’euros (+ 4,6 %) », expliquent les auteurs du baromètre. « Au cours du mandat écoulé, l’endettement progresse d’ailleurs beaucoup plus vite que les dépenses d’investissement » avec une hausse de 57,1 % pour l’emprunt depuis 2019, contre une progression de 22,4 % pour l’investissement sur la même période.
Lors de la présentation de son pré-rapport il y a 15 jours, l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL) pointait également une dette locale en augmentation (+ 4,4 %) l'an passé, alors que l’investissement enregistrait « un coup de frein » (+ 1,7 %). Résultat, « depuis 2023, toutes les catégories de collectivités sont en situation de besoin de financement », expliquait-il.
Un endettement communal « maîtrisé »
Pour ce qui est des communes, la conservation des marges de manœuvre budgétaires leur a permis d'augmenter de 5,4 % leurs dépenses d’équipement et de 6,1 % les dépenses d'investissement dans leur ensemble, l’inflation n’étant responsable de cette hausse que de manière « très marginale ».
Et si le montant d’emprunt en 2025 a été « le plus important du mandat » pour l’échelon communal (en hausse de 15,8 % par rapport à 2024), l’endettement est « loin de dériver », assure l’Agence qui considère que la hausse de ce dernier « reste maîtrisée et finance l’effort d’équipement supplémentaire ». Dans ce contexte, « le taux d’endettement est en légère hausse, mais reste en deçà de 2023 ».
De la même manière, l’investissement des intercommunalités reste « dynamique », avec des dépenses d’équipement en hausse de 10,8 %, « sans dégrader significativement les équilibres financiers ». Le stock de dette atteint, lui, 56,5 milliards d’euros (+ 6,5 %), « mais dans un cadre globalement maîtrisé sur la durée ».
Du côté des départements et des régions, en revanche, l’investissement a reculé, tandis que le recours à l’emprunt est resté « élevé ».
Le baromètre met ainsi en évidence « une évolution de fond » : « un recours croissant à l’endettement à un niveau record » qui pose la question de « la soutenabilité dans la durée » de l’investissement local à un rythme « soutenu ». Interrogée dans le cadre de l’étude, l’AMF prévient elle aussi : malgré la solidité globale du bloc communal en 2025, sa « résilience ne pourra se poursuivre si de nouveaux textes continuent de réduire leurs marges de manœuvre et leur capacité d’investissement ».
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