Maire-info
Le quotidien d’information des élus locaux

Édition du vendredi 5 janvier 2024
Catastrophes

Inondations : l'AMF demande à l'État une mobilisation au-delà du court terme

Le Pas-de-Calais, à peine un mois et demi après les graves inondations de novembre, a été de nouveau frappé par la montée des eaux. Dans ce contexte, le président de l'AMF, David Lisnard, appelle à la mobilisation conjointe des maires, des présidents d'intercommunalité et de l'État pour faire face à un risque de plus en plus fréquent. 

Par Franck Lemarc

Même si la vigilance rouge a été enfin levée tôt ce matin pour le Pas-de-Calais, et si le fleuve Aa a entamé une lente décrue, des dizaines de communes restent encore inondées. Alors que les conséquences des inondations de novembre, dans le département, n’ont pas encore été entièrement estimées, les habitants ont dû renouer cette semaine avec les évacuations, les interventions des pompiers et de la Sécurité civile, les nuits passées dans des gymnases… et les habitations, commerces, entreprises gravement endommagées. Hier, 500 foyers étaient encore privés d’électricité et 2 000 privés d’eau potable, selon la préfecture. Comme en novembre dernier, des pompes géantes venues des Pays-Bas, de Tchéquie et de Slovaquie ont été acheminées sur place. 

Le nombre de communes touchées par ces nouvelles inondations, dans le département, a un peu diminué par rapport à novembre : elles sont 169, contre 282. 

Ce matin, quatre départements restent en vigilance orange crues : le Pas-de-Calais, le Nord, les Ardennes et la Meuse. 

Réponses de court et de long terme

Hier, le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu, s’est rendu dans le Pas-de-Calais pour annoncer « des réponses exceptionnelles »  à cette situation inhabituelle d’une même catastrophe qui se répète deux fois en quelques semaines. Avouant qu’une telle situation « n’est pas dans le manuel », le ministre a laissé entendre qu’il pourrait être possible, pour les habitants déjà sinistrés en novembre, de ne pas avoir à refaire une deuxième déclaration, « en considérant que c’est le même épisode qui se poursuit ». 

Le ministre s’est également engagé à « rehausser (le) niveau de soutien »  de l’État, en plus du fonds de 50 millions débloqué en novembre. 

Ce qui constitue autant de mesures nécessaires, certes, mais de court terme. De nombreux élus du département, et le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, appellent maintenant à des investissements conséquents pour éviter que ces catastrophes se reproduisent – retenues d’eau, endiguement, entretien des canaux… 

C’est également à une action à bien plus long terme qu’ont appelé hier l’AMF et son président, David Lisnard, dans un communiqué.  Au-delà de son soutien immédiat – l’AMF a lancé en novembre, avec la Sécurité civile, un appel à la solidarité et aux dons – l’association estime qu’il faut maintenant « prendre pleinement conscience de la gravité et du caractère durable de la situation climatique que nous vivons et qui doit être traitée avec l’acuité qu’exigent les conséquences majeures que vivent les Français sur leur vie quotidienne et leur sécurité ». Elle rappelle qu’un quart des Français et plus de la moitié des communes sont exposés à un risque inondation. « Il y a urgence à en tirer les conséquences ». 

Digues

La question des digues est évidemment au cœur de cette problématique. L’AMF rappelle que l’État « s’est progressivement retiré »  depuis la création de la Gemapi en 2018, laissant aux communes et intercommunalités l’entière responsabilité des digues. Mais « sans garantir la capacité des collectivités locales à financer les travaux nécessaires au bon fonctionnement de ces systèmes de protection ». 

L’AMF n’a pas cessé d’alerter l’État sur les risques induits par cette situation – encore récemment avec la parution du décret mettant en œuvre le transfert, comme l’expliquait Maire info le 23 novembre et le 19 décembre. « La situation dramatique des communes du nord de la France rend plus légitime que jamais »  ces alertes, écrit aujourd’hui l’AMF. 

L’association demande par ailleurs « la mise en place d’un dispositif permanent de concertation avec l’ensemble des parties prenantes sur les moyens techniques et budgétaires nécessaires pour gérer au mieux ces catastrophes et pour réduire la vulnérabilité de nos communes en levant les freins administratifs aux aménagements urgents nécessaires », estimant « fondamental »  que les élus « soient mieux informés des risques sur leur commune, avec des études hydrologiques à jour intégrant les effets du changement climatique ». 

Pour David Lisnard, « cette concertation devra aboutir à des actions sur la gestion des phénomènes d’inondation, sur le confortement des systèmes de protection, sur l’aménagement du territoire, sur les politiques d’habitat, l’accompagnement budgétaire de l’exécutif au titre de la solidarité nationale et l’accompagnement humain et technique des maires dans la constitution de dossiers de catastrophe naturelle et d’indemnisation assurantielle ». 

Rappelons que pendant la période des fêtes, Bercy a annoncé par communiqué l'augmentation de 12 à 20 % de la cotisation catastrophes naturelles dans les contrats d'assurance. 

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