Maire-info
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Édition du mercredi 29 avril 2026
Logement

Crise du logement : malgré un bond des permis de construire, les professionnels du secteur restent prudents

Avec une « forte hausse » des permis de construire et des mises en chantier au mois de mars, le gouvernement se réjouit de ce qu'il perçoit comme une « relance » du logement. Les promoteurs, eux, restent prudents face à ces « variations mensuelles » et aux conséquences du conflit au Moyen-Orient sur leur secteur.

Par A.W.

La production de logements va-t-elle faire son grand retour, après des années de vaches maigres ? Alors que la construction neuve est confrontée à une grave crise depuis plus de trois ans, le nombre de permis de construire accordés en mars a bondi de 33 % par rapport au mois précédent, selon les données provisoires publiées hier par le ministère de la Ville et du Logement. 

Avec un peu plus de 43 000 autorisations accordées le mois dernier, cette « forte hausse »  survient après deux hausses successives en janvier (+ 3,8 %) et en décembre (+ 5,5 %), malgré une légère baisse au mois de février (- 1 %). Si le gouvernement s'en réjouit, certains professionnels relativisent ces chiffres.

Une « relance manifeste », mais « fragile » 

Reste que le niveau d’autorisations du mois de mars renoue avec la période d’avant-crise puisqu’il est « proche de celui observé au premier semestre 2022, après un second semestre 2025 en très légère hausse », constate le Service des données et études statistiques (SDES) du gouvernement, à l’origine de la publication. 

« L’augmentation en mars s’explique par une progression très marquée des logements collectifs accompagnée d'une hausse des logements individuels », détaille le SDES avec une hausse de 49 % pour les premiers – avec quelque 30 000 unités – et de 6,7 % pour les seconds, avec un total de 13 131 logements. La situation semble ainsi s’embellir depuis le début de l’année puisque ce sont près de 285 000 permis de construire qui ont été délivrés, soit 21 % de plus qu'au premier trimestre de 2025. 

Du côté des mises en chantier, le marché a aussi connu une « forte hausse »  en mars, après deux mois de repli, grâce à une progression de 19,2 % par rapport à février. Un résultat qui s’expliquerait, là aussi, par « un net rebond des mises en chantier de logements collectifs », ainsi que par « une légère hausse de celles des logements individuels ». 

« Il y a une relance manifeste »  qui reste toutefois « ténue »  et « fragile », a estimé, ce matin, sur Public Sénat, le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. « Ce n’est pas un épiphénomène, c’est une tendance, mais qui reste évidemment faible et ce qui se passe au Moyen-Orient peut avoir des conséquences importantes », a indiqué l’ancien maire de L'Haÿ-les-Roses, en rappelant que les prix des matériaux ont déjà « pris en moyenne 30 % ».

Face aux impacts de la guerre sur le secteur, la Fédération française du bâtiment (FFB) réclame d’ailleurs « d’ajuster les dispositifs existants et de mettre en place un plan d'aide pour le bâtiment (GNR, gasoil et demande de création d’un observatoire de l’établissement des prix des matériaux du BTP) ».

Sur un an, des chiffres toujours en retrait 

Estimant lui aussi que « le contexte géopolitique […], s'il persiste, ne laisse pas espérer une reprise à court terme », le président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) de France, Pascal Boulanger, juge que « la relance de la production de logements collectifs neufs n'est pas au rendez-vous ». Bien qu’il se réjouisse lui aussi de ce rebond printanier, il a rappelé que « les variations mensuelles sont erratiques et ne disent rien de la réalité du marché ».  

Ces bons chiffres du début d’année sont, en effet, à nuancer et à remettre en perspective sur l’année (d'avril 2025 à mars 2026) puisque les « 395 427 logements »  qui ont été autorisés à la construction durant cette période représentent encore « 2 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes ». Sur 12 mois, les autorisations de logements individuels restent ainsi inférieures de 15,8 % à la moyenne des cinq années précédentes.

De la même manière, le nombre de logements mis en chantier est toujours 17,5 % en deçà des dernières années, avec un peu moins de 280 000 logements qui sont sortis de terre d'avril 2025 à mars 2026. Comme pour les permis de construire, le cumul des mises en chantier de logements individuels demeure en retrait de 27,1 % par rapport à la moyenne observée sur les cinq années précédentes. Elles restent également inférieures de 10,9 % pour les logements collectifs.

Finalement, seul le nombre d’autorisations de permis de construire pour les logements collectifs a augmenté – de 7,5 % – au cours des 12 derniers mois par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.

Encadrement des loyers : appel à sa pérennisation 

Reste que « ces résultats confirment que les premières mesures portent leurs fruits, même si le niveau reste encore insuffisant au regard des besoins des Français », a estimé le ministre, qui compte « aller plus loin ». En début d’année, le gouvernement avait déjà annoncé la création de « zones à bâtir d’urgence »  et dit vouloir construire 2 millions de logements d’ici à 2030 (soit 400 000 logements par an). La semaine dernière, il a promis un projet de loi de « relance du logement »  qui prévoit de confier aux maires la part d'attribution de HLM allouée aux préfets, la remise en location sous conditions des passoires thermiques, ainsi que le lancement d'un nouveau programme de rénovation urbaine.

Dans ce contexte, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a appelé l’exécutif à « maintenir l'encadrement des loyers »  alors que l'expérimentation, mise en œuvre dans environ 70 communes (dont Paris, Lille, Lyon, Grenoble, Strasbourg et Montpellier), est censée prendre fin en novembre. 

Le vote de la proposition de loi visant à la pérenniser pourrait être compromis étant donné l'embouteillage législatif actuel. Pour l’heure, le gouvernement n’envisage pas de l’intégrer à son projet de loi de relance du logement, mais attend les résultats des différentes études d'impact commandées, pour savoir notamment si le dispositif contribue à réduire l'offre locative comme l'affirment ses détracteurs.

Si une étude de l’Atelier parisien d'urbanisme (Apur) vient de confirmer l’« efficacité »  du dispositif à Paris avec des loyers en moyenne « inférieurs de 5 % à ce qu’ils auraient été sans encadrement », l'observatoire Clameur – proche du secteur de l'immobilier – estime, pour sa part, que l'encadrement des loyers ne produit globalement pas d'effet concret et conteste la méthodologie de l’agence d'urbanisme de la métropole du Grand Paris.

Logement social : baisse des crédits en Outre-mer

Le front du logement a connu une actualité chargée cette semaine puisque le mouvement HLM a lui mis le doigt, hier, sur une baisse « sans précédent »  des crédits du logement social en Outre-mer pour 2026.

L’Union sociale pour l’habitat (USH) a ainsi alerté sur les conséquences de la diminution des enveloppes dans les départements et régions d’Outre-mer de la « Ligne budgétaire unique »  (LBU). Cette spécificité du logement social ultramarin permet un financement direct par l'exécutif, alors que les subventions des organismes HLM sont attribuées par le Fonds national d'aide à la pierre (Fnap).

Les montants envisagés en 2026 traduisent « un recul significatif des moyens consacrés au logement social dans des territoires où les besoins demeurent particulièrement élevés », s’inquiète la fédération des bailleurs sociaux qui rappelle qu’avec « près de 104 000 demandes de logements sociaux recensées en 2025 et 64 % de la population éligible, les Outre-mer font face à une forte tension dans l’accès au logement social ».

Alors que la LBU dépasse habituellement les 200 millions d'euros en autorisations d'engagement, les montants envisagés en 2026 seraient ainsi réduits à « 127 millions d'euros »  répartis entre Mayotte (46 millions d’euros), La Réunion (27 millions), la Guyane (24 millions), ainsi que la Guadeloupe et la Martinique (15 millions d'euros chacune).

« Cette baisse, qui intervient dans un contexte déjà marqué par une diminution des autorisations d’engagement (- 20 % sur les deux dernières lois de finances), entraînera l’abandon ou le report de nombreuses opérations, tant en construction qu’en réhabilitation, y compris pour des projets prêts à être engagés, contribuant à l’allongement des délais d’attente pour les ménages et l’aggravation du mal-logement », se désole l’USH.

« Le logement ne peut pas être la variable d'ajustement », a dénoncé Emmanuelle Cosse, présidente de l'USH, qui réclame donc « une réévaluation urgente »  des crédits. Interrogée hier sur ce sujet par le député LFI de La Réunion Jean-Hugues Ratenon, lors des questions au gouvernement, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a pourtant assuré que « l'État ne recul[ait] pas », reconnaissant simplement la prise de « mesures de gestion classiques »  qui « ne sont pas des renoncements, mais des mesures de pilotage ».

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