Ne dites plus Ehpad, mais « Maisons France autonomie »
Par Emmanuelle Stroesser
C’est la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Camille Galliard-Minier, qui a lâché cette information dans un entretien accordé à La Voix du Nord, à l’occasion d’un déplacement dans le Pas-de-Calais samedi 24 avril. Ce nouveau nom « Maisons France Autonomie » serait déployé d’ici 2027. La ministre précise vouloir y travailler « d’ici septembre » . Elle souhaite « changer le regard sur le vieillissement » et « apporter des solutions concrètes » face au « défi de la transition démographique » . La ministre déléguée précise qu’il s’agira d’un label, et que parmi les conditions, il y aura celle de proposer « un accueil temporaire » . Pour plus de détail, il faudra attendre une communication plus officielle.
Opération de communication
Sur les réseaux sociaux, l’annonce du nouveau nom de baptême des Ehpad n’en finit pas de déchainer des commentaires critiques ou ironiques sur « le monde merveilleux de la litote », moquant l’opération d’ardoise magique qui voudrait qu’en changeant de nom, les Ehpad deviennent attractifs, voire redonnent leur vitalité aux personnes âgés qui y résident…
Les premiers concernés, les départements, chefs de file des politiques d’autonomie, n’apprécient guère d’avoir découvert cette proposition par voie de presse. Ils fustigent cette « opération de communication » jugée « insultante pour les départements » et qui surtout « ne règle pas le problème de fond ». « Ce n’est pas en ripolinant une activité et en mettant ''France'' devant que l’on va être plus efficace » , assène l’association dans son communiqué publié mardi 28 avril.
« Le changement de nom peut répondre à la volonté de faire évoluer des représentations parfois dégradées des Ehpad et s’inscrire dans les transformations engagées par le secteur », reconnait Olivier Richefou, président du département de la Mayenne et président du groupe de travail « grand âge » de Départements de France. « Mais changer les mots ne suffit pas à changer la réalité. Plus qu’un effet d’annonce, le secteur attend des réponses structurelles » , insiste-t-il. « Si cette nouvelle appellation devait s’apparenter à un label, il faudra être très attentif à ce qu’elle recouvre réellement : quels standards de qualité, quels moyens, et quelles garanties pour les résidents comme pour les professionnels ? » , prévient-il.
L’Unccas n’a pas encore réagit officiellement, mais le désarroi y est également patent. L’association réclame depuis longtemps de vrais engagements structurels et une véritable politique publique pour les aînés. Or l’une des premières annonces de la ministre déléguée à été justement l’abandon du Plan grand âge…
Du côté des professionnels du secteur, les premiers commentaires sont tout aussi circonspects. La FNAQPA (fédération qui réunit des établissements et services à but non lucratif) raille dans son communiqué de lundi 27 avril « une labellisation de plus qui sonne comme une norme, pas comme un lieu où habiter ». « Après la fin de l’exonération de la taxe d’apprentissage, le refus d’agréer l’avenant 72 sur la revalorisation des salaires des professionnels du domicile, le gel prudentiel des financements de l’autonomie qui efface les mesures nouvelles de la LFSS pour les personnes âgées, et le report de tout plan d’action pour le grand âge : l’annonce d’un changement de dénomination administrative assorti d’une labellisation incompréhensible, ne peut que renforcer l’inquiétude des associations engagées auprès des personnes âgées », ajoute-t-elle.
Tant le Synerpa (qui regroupe les principaux acteurs privés des Ehpad) que l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes Agées) soulignent également que ce dont le secteur a besoin aujourd’hui, ce sont « des réponses concrètes » : « Des financements adaptés à la réalité des besoins, des conditions d’exercice permettant aux professionnels de travailler correctement, ainsi qu’une vision claire et durable de l’accompagnement du grand âge », détaille le Synerpa. Autant de sujets clés sur lesquels les acteurs attendent des pistes concrètes… Chacun se raccroche à l’espoir que les choses puissent avancer lors de la « convention autonomie » promise pour l’automne.
Au sujet du rejet de l’avenant de la branche des aides à domicile, la ministre de la Santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, Stéphanie Rist, a reporté la faute sur les départements, expliquant que « le financement dépend à 50 % de État et 50 % des départements, l’État est favorable à ce que [l’avenant] aboutisse, nous travaillons avec les départements pour cela… », a-t-elle assuré mardi 28 avril après-midi lors de son audition par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Elle n’a en revanche pas dit un mot ni été interrogée sur le projet de Maisons France autonomie, cette audition étant centrée sur sa feuille de route sur la santé.
Rappelons que l'on compte aujourd'hui 7 500 Ehpad dont près de la moitié publics, hébergeant près de 615 000 personnes âgées, et dans lesquels travaillent 400 000 professionnels. Leur taux d’occupation avoisinait les 90 % en 2023. Malgré le vieillissement de la population, le taux d’équipement moyen en établissements pour personnes âgées en France s’établit à 109,7 places pour 1000 habitants de 75 ans et plus, soit une baisse continue depuis plusieurs années, de 15 points par rapport à 2018 (124,3 places) et de 5,1 points par rapport à 2021 (114,8 places) (chiffres du baromètre AMF/mutualité française de 2025).
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